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Le complotisme : plongée dans les profondeurs

Les analyses du complotisme sont en général très insuffisantes, mais discuter cette question est important, car le terme est devenu largement employé, c’est même une arme de choix pour disqualifier quelqu’un ou une analyse. Il est donc important de réfléchir à question pour mieux résister au pouvoir qu’a cette anathème de clore le débat au bénéfice de celui qui la lance. Mais avant toute chose quels en sont les contours ? Cette contribution, très immodeste, essaye d’apporter quelques éléments au débat.

Qu’est-ce que c’est ?

Au sens premier, il s’agit d’une vision du monde qui prétend distinguer ce qui serait la surface des choses, les apparences, et un sens caché, un ordre indiscernable au premier regard, un arrière-plan qui, tant qu’on ne le révèle pas, ne permet pas de regarder et de comprendre le monde dans toute sa profondeur. C’est un savoir qui, du chaos fait émerger du sens. Décelez cet arrière-plan et vous atteindrez la vérité des choses, vous serez initié. Cette disposition d’esprit a donc très nettement à voir avec l’ésotérisme et ce n’est évidemment pas une chose nouvelle.

L’ésotérisme est consubstantiel à toutes les religions puisque leur pouvoir s’établit sur la possession par quelques-uns de l’ultime savoir, celui du divin. L’ésotérisme n’est cependant pas le complotisme. Ce qui le distingue est sans doute qu’il ne cherche pas l’horizon du sens dans le divin. En schématisant, le discours complotiste c’est : l’explication et la justification de l’ordre du monde sont fausses, c’est un rideau de fumée qui est destiné à cacher des causes et des acteurs sociaux agissant secrètement et qui profitent concrètement de cette méconnaissance.

D’où vient-il ?

Le complotisme naît du savoir intuitif que tous ceux qui sont soumis à un pouvoir quelconque devinent intuitivement, un pouvoir ne s’impose totalement qu’en cachant d’une part les mécanismes par lesquels il s’exerce et se maintient et d’autre part les bénéfices qu’en tirent ceux qui le détiennent. Les religions ont créé des institutions qui ont partout et toujours institué un périmètre secret, accessible aux seuls hiérarques, les détenteurs d’un pouvoir sanctifié. Dévoiler ce secret c’est affaiblir les mécanismes de ce pouvoir.

La lutte des anticléricaux contre le pouvoir catholique en France a ainsi conduit à l’éclosion d’innombrables théories du complot qui prospéraient sur la réalité de la puissance économique et politique des ordres religieux. Les théories complotistes antijuives qui se sont épanouies à la fin du XIXe siècle s’expliquent à la fois par le confinement très ancien des juifs dans les activités de commerce et financières sur un fond de persécution religieuse par les catholiques, par l’explosion de l’importance économique prise par ces mêmes activités au même moment et par la rébellion des classes travailleuses contre l’emprise capitaliste qui s’étend alors radicalement.

Si la lutte contre l’oppression prend aussi facilement la forme d’une lutte contre un «empire du mal» c’est sans doute parce que, il ne faut pas l’oublier, dans l’eschatologie chrétienne, jusqu’au Jugement dernier, le faible, l’humain, doit lutter contre l’emprise du mal, le démoniaque, celui-ci se cachant, se dissimulant, pouvant même prendre l’apparence du bien pour mieux séduire, etc… Le penchant vers cette sophistique par laquelle la vérité ne peut émaner du sens commun, mais au contraire doit faire l’objet d’un travail de mise au jour est d’évidence un puissant facteur intellectuel favorisant une vision complotiste du monde. Les structures psychologiques qui expliquent sa capacité de séduction sont très profondément ancrées dans le fond culturel qui nous façonne. 

Qui vise-t-il ?

Le complotisme a des variantes qui n’ont pas pour objet de subvertir le pouvoir de puissants, il peut également être un ressort et une justification pour opprimer des minorités. Il suffit alors pour les viser de leur attribuer un pouvoir caché. On touche là d’ailleurs la subtilité qui caractérise bien le complotisme.

Pour un complotiste, les puissances instituées, qui se donnent à voir dans toute leur évidence, ne sont pas le lieu du pouvoir réel. Celui qui le détient reste caché. Qui porte bien en évidence les attributs du pouvoir, de fait connus de tous, n’est qu’un pantin manipulé par d’autres mains. Le détenteur du pouvoir réel se préserve en se dissimulant. Il prendra facilement les apparences de l’ordinaire ou dissimulera les évènements qui témoigneront de la réalité de son pouvoir, éventuellement les travestira.

C’est par cette primauté donnée à la dissimulation que le complotisme peut viser dans toutes les directions pourvu qu’un dispositif explicatif adéquat établisse dans les faits ordinaires un système d’indices qui fasse apparaître les mécanismes de ce pouvoir occulte.

Quels sont les ressorts de son dynamisme actuel ?

Le champ du discours public s’est récemment profondément transformé et cet article en témoigne. Il y a vingt ans de ça, n’étant pas produit par quelqu’un de reconnu et détenteur d’un accès à un média, il n’aurait pas trouvé de lieu pour se publier ainsi. La médiatisation est devenue accessible à tout un chacun. Toute parole qui sait capter l’attention dispose, à travers les réseaux sociaux, d’une capacité à se diffuser qui est sans commune mesure avec ce qui était possible par le passé. Les mass médias subsistent pourtant. Il y a une concurrence entre eux et ce que permet aujourd’hui la publication sur internet. Le discours complotiste, dont on analysera plus loin le pouvoir de séduction, en profite largement.

Quels discours sont tenus pour complotistes ?

Le complotisme s’épanouit sur les réseaux sociaux et c’est beaucoup plus rarement qu’un discours même fallacieux, mais diffusé sur un mass média sera qualifié de complotiste. Ce n’est pas le critère de vérité qui départagera médias sociaux et mass médias. Bien des faits exacts sont révélés sur les réseaux sociaux, bien des fausses nouvelles sont diffusées dans les journaux. La propagande, aussi éhontément fallacieuse soit-elle, qui émane de puissances reconnues, légitimes, n’entrera pas dans le champ du complotisme, tout au plus parlera-t-on de désinformation. Pourquoi ? Sans doute parce qu’on perçoit qu’il y a, dans le champ des discours produits par les États une lutte d’influence dont on reconnaît peu ou prou la légitimité.

Qu’est-ce qui caractérise l’argumentation complotiste ?

Il y a de nombreux caractères par lesquels on serait tenté de définir le discours complotiste qui ne lui sont pas exclusifs. Taire la réalité de son positionnement pour séduire le chaland est une technique vielle comme le monde. Diffuser des informations fausses n’est pas non plus l’exclusivité du complotisme. Non, ce qui distingue le complotisme du « bullshit » ordinaire, c’est sa volonté et son ambition de faire système, de s’ériger sur une base factuelle réduite en système explicatif général.

L’argumentation complotiste se caractérise par sa capacité à étendre une théorie à l’ensemble du réel. Comme le monde physique, fait système, il est tentant par analogie d’étendre cette lecture systémique à l’ensemble des faits sociaux qu’il serait sans doute plus avisé de regarder à travers la théorie du chaos. Une explication unique donnant la compréhension du tout est toujours séduisante. Par ses tropismes logiques, le complotisme mime d’autres grandes théories totalisantes. Le marxisme, par exemple, tend lui aussi à vouloir à tout expliquer par un mécanisme unique, la lutte des classes. Le complotiste est donc dans la position de voir dans l’ensemble des faits d’actualité la manifestation du dessein secret d’un aréopage funeste.

La dernière caractéristique du discours complotiste est qu’il n’isole pas le discours scientifique du reste de la production médiatique. Ce discours est, de son point de vue, un champ de discussion comme un autre. Aucune barrière à l’entrée dans la discussion n’est justifiable.

Qu’est-ce qui a permis l’épanouissement actuel du discours complotiste ?

Si on prend comme exemple la médecine qui s’est révélée être un champ fertile pour l’épanouissement du discours complotiste, le fait est que des institutions qu’on se plaît à imaginer comme incontestables comme l’Académie de médecine, n’ont pas hésité à assumer le remboursement de l’homéopathie, médication dont l’efficacité n’a jamais pu être prouvée selon les standards bien établis des essais thérapeutiques. Après l’homéopathie, l’ensemble des médecines «alternatives» ont pu trouver pignon sur rue.

N’a-t-on pas ouvert avec ça la voie à toutes les vérités alternatives qui encombrent maintenant le champ de la santé ? N’était-ce pas là une ouverture dans laquelle ont pu s’engouffrer les tenants actuels des théories antivax ? Pour en rajouter une couche, les agissements antiscientifiques de grosses compagnies pharmaceutiques nous ont également été mis sous les yeux. Pour que l’appât du gain passe par-dessus la rigueur scientifique qui aurait dû limiter l’emploi d’un médicament à son domaine d’autorisation, ne fallait-il pas, pour les personnes qui en ont décidé, que la perception de ce qu’est la fonction de la science se soit singulièrement affaiblie ?

Ce qui est grave, c’est que la suspicion, qui s’est alors légitimement installée du fait des liens très étroits que cette industrie a avec le monde académique, a débordé sur celui-ci, quand il ne voyait pas son image abîmée par des histoires d’essais faussés ou de plagiats. Bref, les institutions qui auraient dû constituer un socle de confiance sont aujourd’hui singulièrement affaiblies.

L’éducation humaniste rend-elle perméable au discours complotiste ?

L’éducation humaniste dont les principes irriguent la pédagogie de nos maîtres et professeurs est structurée par la critique. Se faire sa propre opinion soi-même en observant et étudiant les faits est tout à la fois un des fondements de la culture humaniste et un leitmotiv du discours complotiste. A l’appui de cette injonction, celui-ci propose toujours de regarder telle courbe, telle argument, telle analyse faite par untel, ou un autre et on peut dire que dans leur plus grande part, les complotistes suivent cette règle de conduite. Le grand argument est : cessez d’écouter ce qu’on vous dit, ce ne sont que des opinions comme d’autres, faites-vous votre propre opinion en regardant les faits, rien que les faits, et pour commencer, regardez ceci…! Il est intéressant, à ce sujet, de regarder comment se sont élaborées et déployées les théories complotistes sur les assauts terroristes qui ont visé les Etats-Unis en 2001.

L’examen des faits, c’est justement ce à quoi se sont attelés, dès les premiers jours qui ont suivi l’attaque, des sites comme Architects & Engineers for 9/11 Truth. Au début il ne s’agissait que de récolter un maximum d’informations fournies par mille et une sources, toutes plus diverses les unes que les autres avec énormément de sources provenant de la société civile, donc informations non contrôlées par les agences étatiques US. Les gens qui se sont passionnés pour ces analyses étaient des gens avec un bon bagage intellectuel, des gens qui connaissaient l’aviation, des pilotes d’avion, des ingénieurs, des anciens militaires, des passionnés de toutes origines. Les contributions s’ajoutaient les unes aux autres sur un mode collaboratif, un peu comme Wikipédia a construit sa base de connaissance. De fait, regarder ces gens réfléchir, travailler même, car certaines de ces contributions étaient des reconstitutions des vols à partir des données publiques qui demandaient expertise et travail, était réellement intéressant pour un esprit curieux. Je ne me suis pas repenché depuis sur cette question, mais ce dont je me souviens c’est qu’au début ça n’était pas clairement complotiste.

Comment se fait-il que ce travail n’ait pas trouvé d’autres voies de sortie que celle due au complotisme ? Plusieurs raisons l’expliquent à mon avis. Bien sûr, ces Américains qui voulaient enquêter de manière indépendante se sont heurtés très vite à l’hermétisme des agences de sécurité intérieure qui ne communiquaient pas ce qu’elles savaient.  Ils ont dû également trouver une explication à cette invraisemblance apparente qu’a pu constituer l’inertie des renseignements US devant des signaux alarmants, etc. La suspicion et la vision complotiste de cet évènement se sont imposées parce que cette conviction était partagée d’une totale capacité et efficience des services de sécurité US. Ils ne pouvaient avoir failli.

Cette conviction établie, par un retournement paradigmatique, un tel échec étant du domaine de l’impensable, ce qui s’est passé ne pouvait être autre chose que le succès d’une action inconcevable au commun des mortels. C’était le résultat de l’action de ces services mêmes avec pour but caché d’imposer des mesures attentatoires aux libertés des citoyens. Et l’analyse était jour après jour confirmée par les mesures effectivement attentatoires aux libertés qui ont été prises et ont culminé avec le Patriot Act. Dès lors que ce prisme s’installait, vu qu’aucune « preuve » n’était en première analyse décisive, tout pouvait alimenter cette thèse. L’autre raison est à chercher dans la tradition politique très bien installée aux États-Unis d’une défiance vis-à-vis de l’État, et plus spécifiquement devant l’État fédéral, défiance qui a affecté toutes les institutions fédérales qui ont commencé à enquêter sur ces attaques.

En 2001, des temps maintenant lointains, il fallait ce terreau politique et intellectuel pour faire prospérer ces théories aux États-Unis. Le fait est que c’est à ce moment qu’elles ont commencé à prendre de l’ampleur et à se répandre en dehors du territoire américain et notamment en France.

Comment peut-on rester capable « d’autonomie de pensée » et résister au vertiges complotistes ?

Boris Cyrulnik, dans une émission récente, a expliqué les thèses qu’il a développées dans son dernier livre, Le Laboureur et les Mangeurs de vent. Liberté intérieure et confortable servitude les conditions qui permettent d’échapper à la pensée unique et oppressive du groupe. Il vante l’autonomie de pensée en exposant les vertus d’une pensée autonome. Echapper à la doxa nécessite d’accepter de perdre ses amis. « C’est très difficile d’apprendre à négocier entre garder ses amis en récitant la convention, on est en fraternité, on est tous ensemble, ou penser par soi-même et alors prendre le risque de penser contre ses amis. »

Cyrulnik pose cette réflexion dans le contexte d’un récit collectif oppressif et précisément, pour ce qui l’a concerné, le récit anti-juif qui a permis l’extermination des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Il suffit, pour que le vertige naisse de se dire que toute époque a sa doxa et que toutes les doxas ne sont pas d’une nature aussi évidemment odieuse que ne l’a été l’antisémitisme des fascistes. En fait, à tout moment il y a une doxa, car, par définition, on réfléchit sur un corpus d’idées qui sont des a priori sur lesquels il n’est pas besoin de se questionner. Il y a par exemple, partagée par presque tous, une doxa démocratique, l’idée que la seule chose à discuter en cette matière c’est comment atteindre la réalité de la démocratie. Ça n’a pas été toujours aussi évident. Il y a bien d’autres doxas. Les complotistes s’insurgent eux aussi contre les doxas ou, et la nuance est importante, ce qu’ils perçoivent comme étant des doxas.

C’est donc dans cette perception des limites de ce qui constitue une doxa oppressive que se situe le problème. Comment est-ce que se structure cette perception ? Quelqu’un qui n’est pas contraint dans sa vie quotidienne, vit avec un sentiment de liberté. Les discours qui l’assaillent, lui comme tout autre, en l’absence d’oppression ne se constituent pas en doxa. Il y a une adhésion spontanée et justement irréfléchie aux discours dominants. On devient un bien-pensant.

A l’inverse, en vivant sans ce sentiment de liberté mais au contraire dans un champ de contraintes multidimensionnelles, on est incité à se rebeller à la fois contre les contraintes et contre les discours qui les accompagnent sinon les justifient. C’est ce qui explique que les Gilets jaunes, qui se sont rebellés contre les contraintes économiques qui les assaillaient, se sont pour une partie d’entre-eux également rebellé contre l’injonction vaccinale qui était pourtant rationnellement explicable. Refusant ce qu’ils ont perçu comme une doxa, ils ont pensé pouvoir édifier un contre-discours témoignant de leur autonomie de pensée, de leur capacité de rébellion intacte et systématique.

Ce qui cependant peut apparaître comme mystérieux est le fait qu’il y a de larges portions du milieu médical qui ont été antivax. D’où viennent-ils, comment cela s’explique-t-il ? Je reste curieux d’enquêtes sociologiques capables de donner des pistes d’explication. Je ferai ici quelques hypothèses. D’abord constatons que le milieu médical est depuis assez longtemps perméables aux théories et aux pratiques « alternatives ». Pourquoi ? Peut-être parce que le corps humain est infiniment complexe et que la rationalité scientifique a du mal à expliquer toutes les manifestations du réel le concernant. Si la complexité des théories expliquant l’univers matériel dans lequel nous vivons reste vérifiable quand elle est confrontée à des mesures et des expériences concrètes, les manifestations du corps humain sont difficilement réductibles à des mécanismes calculables et prévisibles. Autre facteur déstabilisant, l’augmentation exponentielle du champ des menaces potentielles auxquelles il doit faire face. Si au début du XXe siècle il s’agissait de bactéries et de virus, aujourd’hui s’y ajoutent les facteurs environnementaux, les maladies auto-immunes, les effets mieux connus des différentes molécules chimiques sur les fonctions vitales.

Comment se protéger de la séduction des explications « alternatives » du monde ? Quelques propositions.

Après avoir décrit les conditions, qui ont permis l’éclosion de ces théories, peut-on trouver une réponse plus générale à cette question que je formulerais ainsi :  qu’est-ce qui, dans une demande d’autonomie de pensée, de libre examen, dans un monde où les sources d’information sont infinies et les données accessibles non moins infinies, peut prémunir d’une dérive complotiste ou, pour le dire autrement, d’un acquiescement aux théories « alternatives » expliquant le monde en tel qu’il se manifeste autour de soi ?

Quelques propositions. La première voie serait sans doute de maintenir une barrière aussi étanche que possible entre le monde académique et les intérêts économiques ou financiers dont la capacité d’influence est devenue immense. Le moins qu’on puisse dire est que ça n’est pas la tendance actuelle. Il est nécessaire de diminuer l’écart sans commune mesure entre le pouvoir des plus grandes firmes, notamment celles œuvrant dans la sphère de l’information, et celui des citoyens et leurs organisations collectives. La disproportion entre les unes et les autres alimente une suspicion systémique sur la réalité de la nature démocratique du monde dans lequel nous évoluons. La lutte contre la concentration des médias entre des mains de moins en moins nombreuses est nécessaire.

La seconde voie serait de maintenir une administration, un appareil d’État ayant une autorité dans sa parole. Il lui faudrait lui permettre de conserver pour ça une pleine liberté d’expertise, notamment vis-à-vis des objectifs politiques contingents des autorités du moment.

La troisième voie serait d’organiser la participation de la société civile à l’élaboration de la parole publique en lui donnant des moyens d’investigation et d’expression reconnus par la loi.

La quatrième serait de considérer que les corps académiques ont désormais une responsabilité sociale vis-à-vis de ce qui se dit et s’écrit au sein des réseaux sociaux et qu’ils doivent être présents pour éclaircir les débats, pour faire un travail de régulation permettant de distinguer les ressources fiables de celles qui ne le sont pas. Je considère que ce n’est pas à la presse de le faire. Participer aux débats qui agitent les réseaux sociaux c’est dialoguer avec tous et là se pose la question de la régulation algorithmique des réseaux sociaux qui crée les « bulles informationnelles » bien identifiées aujourd’hui.

La dernière voie est plus générale et plus globale. Elle tient à la perception du corps social par les citoyens. S’il est perçu comme globalement favorable aux « insiders », ceux qui ont, à tous les niveaux, des privilèges vus comme irrattrapables, si le corps social est perçu comme excluant, ceux qui se vivent comme subissant une exclusion sans retour ne verront dans leur situation que la confirmation de l’existence d’un système imparable que le discours dominant cache soigneusement à l’ensemble de la société.

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