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Avec Eric de Gavini, nouveau proviseur de Lakanal

Il ne cache pas qu’en prenant la fonction de proviseur de la cité scolaire Lakanal, sa première impression fut donnée par la « majesté » des bâtiments et le cadre de verdure. Il n’en avait pas l’habitude. Eric de Gavini connaissait la réputation de l’établissement, mais tout de même  !

Mobilité, mobilité

Il remplace depuis septembre Corinne Raguideau après avoir dirigé pendant huit ans le lycée Jules-Ferry de Versailles. Cette affectation n’obéit pas à un jeu de chaises musicales, mais à un principe de mobilité qui structure les carrières des proviseurs. Un poste dure au minimum 3 ans et au maximum 9 ans. On en connaît les raisons. En changeant d’établissement, les proviseurs apportent de nouvelles idées et renouvèlent les pratiques. Ils enrichissent leur propre expérience et développent de nouvelles compétences en travaillant dans différents contextes. Et puis, il y a la volonté de répartir équitablement les compétences et les talents des proviseurs entre les différents établissements par souci d’homogénéité sur l’ensemble du territoire.

S’il faut ajouter aux avantages de la mobilité une parade aux effets de routine, la précédente expérience offre des garanties. Parce que si Jules-Ferry, d’où vient Éric de Gavini, inclut des classes préparatoires, il est dans son ensemble d’une orientation générale nettement technologique. Il compte, à côté de l’enseignement général, une filière professionnelle d’environ 200 élèves. Plus, sur 1900 élèves, ce sont seulement quelque 20% de filles ! Dans la voie générale, elles représentent la moitié, mais la filière STI2D (Sciences et technologies de l’industrie et du développement durable) les attire peu, de même que les BTS. On y retrouve l’allergie nationale des filles aux formations technologiques et industrielles, pourtant porteuses d’emploi.

La mémoire de Jules-Ferry

Pour de nombreux lycéens, Jules-Ferry n’est pas leur premier vœu. C’est une réalité qu’un proviseur doit prendre en compte et correctement interpréter. Ainsi, elle n’est pas vraiment sociologique.. La grande majorité vient de Versailles et des communes limitrophes. Mais les résultats scolaires ne dépendent pas que de la naissance. Des élèves d’un milieu populaire réussissent quand d’autres d’un milieu aisé échouent. A Jules-Ferry, ce sont des élèves auxquels il faut donner confiance, reconnaissance et envie. Ce n’est pas original mais, dans sa dimension, assez différent de la réalité de Lakanal. De même que trouver dans un même établissement « des cathos tradis et des jeunes de Trappes ou du reste de la ville nouvelle de Saint-Quentin ».

Le lycée aura été une expérience de coopération. Il se trouve qu’il y a plusieurs années un des professeurs d’électrotechnique, d’origine togolaise, avait monté un partenariat avec l’établissement près de Lomé où, enfant, il avait commencé sa scolarité. Soutenu par le département des Yvelines, un partenariat a développé un cursus d’électrotechnique avec un effort particulier sur les travaux pratiques. Effort difficile au Togo, car il demande des moyens, à commencer par des composants. Qu’à cela ne tienne, des activités de reconditionnement et d’envoi de matériel ont été lancées dans les Yvelines. Une formation des enseignants locaux a été menée. Pendant huit ans, Eric de Gavini a suivi les progrès du partenariat, a été reçu par les édiles locaux, les a reçus à Versailles, et témoigne encore de la formidable énergie qu’il a trouvé dans un pays, à bien des égards, assez démuni.

Dans la brousse

L’itinéraire du nouveau proviseur voyage encore. En Nouvelle-Calédonie, à Poindimié, non loin de Touho où Eric de Gavini fut principal de Raymond Vauthier, un collège de 600 élèves. On est à quatre heures de route de Nouméa, autant dire loin des yeux académiques. « On était dans la brousse. » Entendez par brousse, non une végétation luxuriante peuplée de fauves, mais « tout ce qui n’est pas la capitale, Nouméa. » C’est vaste.  

On sait par la lecture des Nouvelles calédoniennes de juillet 2007, qu’au moment d’en partir, il accompagnait son au revoir d’un bilan ému sur son agréable séjour sur le territoire : « Au-delà des paysages, ce sont les gens, le contact avec les enfants, très polis, toujours souriants que je retiens. » Il garde le souvenir d’un pays magnifique et d’une région fascinante. Avec sa famille, il visite les hauts lieux du Pacifique, l’Australie, La Nouvelle-Zélande (« plus européenne »), le Japon, les Fidji, Bali et bien d’autres encore. L’émerveillement devant l’opéra de Sidney et de la ville tout entière. Quand on revient en Métropole, on retrouve les amis et les anciens collègues dans la situation que l’on avait laissée. Oubliée presque. « Tandis qu’on a vécu tant de choses. C’est un décalage étrange. » Différent toutefois du décalage horaire qui obligeait à « organiser le soir les examens et les réunions avec la métropole. » 

« L’interministériel, c’est compliqué »

Tirons un petit lien vers Lakanal, côté collège, avec un court détour sur son expérience de principal de Romain Rolland, à Sartrouville. Certes, les populations et le contexte urbain n’ont rien à voir. Encore que. Il fut en même temps délégué d’État (aujourd’hui Délégué du préfet) en lien avec un projet de développement local. C’était une mission de coordination entre les collectivités territoriales, région, département, mairies. De coordination aussi entre les interventions de ministères pour la gestion des infrastructures, le financement des projets. « Dès qu’il y a de l’interministériel, c’est compliqué » dit-il en souriant. Chacun a sa logique. La conciliation demande le sens du compromis. Il faut aussi savoir capter les besoins réels à travers le dialogue avec les associations et les habitants.

L’expérience présentera sans doute un intérêt pour suivre le projet de la Cité éducative. C’est un projet de développement du quartier prioritaire intercommunal des Blagis, qui s’inscrit dans un contrat de type Quartier engagement 2030. Lakanal est concerné en tant qu’il scolarise des enfants des Blagis. Le projet vient juste de démarrer avec, comme pilote, le collège des Ormeaux à Fontenay-aux-Roses.

Bienvenue

Voilà un aperçu à (très) gros traits de celui qui arrive dans ce lieu rare qu’est Lakanal. Il aime à évoquer son goût pour le dialogue (une trace de ses liens familiaux à Avignon et Nîmes ?). Il aura de quoi l’investir avec les enseignants, les personnels, les CPE, les élèves, les parents (dont on connait les nombreuses préoccupations). Avec l’Inspection, l’Académie et d’autres établissements scolaires. On sait combien les politiques éducatives ont tendance à changer (beaucoup trop, pour certains), et le sens du dialogue est en effet des plus utiles.

A cela s’ajoute l’évolution des exigences sociales. Il y a 25 ans déjà, le rapport Blanchet, du nom d’un des coauteurs faisait une observation dont l’entretien avec Eric de Gavini confirme l’actualité : « La nécessité de mener au succès des élèves dont l’hétérogénéité est à la mesure de la démocratisation de l’enseignement impose de recourir à des formes d’accueil, de pédagogie et de parcours scolaires plus individualisées qu’autrefois et complexifie par là même le fonctionnement des établissements. »

Vaste défi aux profondes résonances (contradictions ?) sociétales. Tous les établissements scolaires ont à le relever. Mais pour tenir les voiles du paquebot Lakanal, il n’est pas seul. Comme l’était Corinne Raguideau, il est entouré de Thierry Orcière comme adjoint gestionnaire, d’Emmanuelle Martin, proviseure adjointe de l’annexe à la clinique Dupré, d’Annie Horvath, proviseure adjointe des CPGE, Manuel Jack, principal adjoint du collège et Sandra Pinaud, proviseure adjointe du lycée.

Bienvenue.

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