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Le plaisir éducatif du Café histoire

Ferventes et fervents d’histoire, ceci s’adresse à vous. Le Patio, aux Blagis, n’est pas seulement un bar, tabac, loto. Le vendredi à 15h, du côté restaurant, on se réunit pour une leçon d’histoire. Imaginez un cours. Les participants sortent les cahiers ; ils prennent des notes. Il conviendrait de dire : elles prennent des notes, tant l’assistance dans son évidente majorité est féminine.

Vendredi dernier, ce sont près de 20 personnes qui ont écouté une conférence sur, devinez quoi, l’unité italienne, telle qu’elle s’est réalisée entre 1815 et 1915. Un siècle de soubresauts militaires et politiques, de révoltes et de répressions, de coalitions et de chausse-trappes. Avis aux amateurs, non pas seulement de l’histoire de l’Italie, mais de l’histoire en général à la fois complexe et expliquée, nuancée et articulée.

C’est un public de retraités, quel autre en milieu d’après-midi pourrait s’attabler autour de thés, d’infusions, de jus de fruits. On comprend le choix du café. On s’attendrait à ce qu’une rencontre de cette sorte se déroule au CSCB. Mais la convivialité, la fantaisie de l’esprit troquet impriment une décontraction et une détente à une réunion qui ne manque pourtant pas de sérieux. Le choix paraît alors tout à la fois original et fondé.

Comme un souvenir d’école

Françoise Pineau, présidente de Sceaux Les Blagis, association organisatrice des « Café » accueille les participants. Ce jour-là, sur ce sujet-là, Geneviève Papin est maître de cérémonie. Elle a une expérience manifeste de l’enseignement. Elle fait cesser les brouhahas, a la voix forte, le verbe facile et imagé. Mieux. Elle a préparé une chronologie du siècle concerné et photocopié des cartes d’Italie à différentes périodes. Si ça vous rappelle l’école, c’est normal. Personnellement, j’ai eu un professeur d’histoire en première que j’aimais beaucoup et qui illustrait aussi ses cours de cartes et de calendriers. Les grands événements apparaissent dans des enchaînements d’une clarté qui met à l’aise.

J’ai retrouvé quelque chose de ce souvenir. Cavour, Garibaldi, Victor Emmanuel, Ferdinand II roi des Deux-Siciles, je n’irai pas prétendre que j’en avais conservé un souvenir précis. Mais je peux affirmer que le cours, appelons-le comme ça, avait le côté intéressant, facile à suivre, attrayant : Geneviève Papin a l’histoire en elle. « Le passé doit être entendu, le présent doit être lu avec, en mémoire, le passé, le temps long, les grands mouvements. » Quand elle dit que l’Italie au début du XIXe siècle était dans le même état qu’au Moyen-âge, majestueuse et morcelée d’une multitude de petits états, de grandes villes, de gouvernements. Sa voix augmente et sa conviction s’impose.

Histoire vivante

L’histoire se fait vivante. En 1815, le Congrès de Vienne agence la victoire sur Napoléon pour le plus grand déshonneur de la France. Elle s’anime : c’est le triomphe des rois et des empereurs (on sent à sa voix que Geneviève Papin a la fibre démocrate). L’Autriche met la main sur un gros morceau de l’Italie qui avait été conquise et organisée en « républiques sœurs » par Napoléon. Aussi, pendant le XIXe siècle le problème de l’Italie, c’est l’Autriche-Hongrie, la grande puissance de l’Europe centrale. Son unité se réalisera lentement dans ce contexte bien différent de celui de la France.

Les stylos de ces dames courent sur les cahiers. Elle parle de l’entrevue de Plombières entre Napoléon III et Cavour en 1859. La France soutient le Piémont contre l’Autriche. Elle envoie des troupes qui seront victorieuses à Magenta et à Solferino, ces batailles qui ont donné des noms aux stations de métro et à des boulevards. Géneviève Papin au Patio s’attendrit un peu quand elle rappelle que Solferino, c’est la fondation de la Croix-Rouge.

Napoléon III soutient aussi Garibaldi qui, par la mer, part de Gènes pour soutenir le soulèvement des Siciliens. Le Guépard de Visconti évoque la période. Plusieurs dans la salle se souviennent du film et les dames partagent le souvenir ému des deux magnifiques : Alain Delon et Burt Lancaster. On n’est pas obligé de forcer sur le sérieux. Avec ses chemises rouges, le révolutionnaire provoque la chute du royaume des Deux-Siciles, qui est annexé au nouveau royaume d’Italie.

Histoire présente

« A vos enfants, à vos petits-enfants, il faut rappeler, raconter, redire que le sort de l’Europe s’est noué à Sadowa. La victoire de la Prusse sur l’Autriche-Hongrie sonne la fin de la domination des Habsbourg sur l’Europe centrale. » Nous sommes en 1866. L’Europe se construit à ce moment-là.

— L’Allemagne triomphe.
— La Prusse ! reprend un homme dans l’assistance (ce qui prouve qu’on suit)
— Oui bien sûr, corrige-t-elle en souriant. La Prusse.

Mais on sent qu’il y a un « quand même ». Elle semble croire que l’Allemagne n’est pas loin, qu’elle arrive. Un effet Bismarck peut-être. L’homme s’est imposé très tôt.

On passe par maints moments, maints jeux d’alliance. Rome en 1871 devient capitale contre Florence, la ville du nord et du Piémont. Et quand elle le dit, on comprend que ce fut énorme. La France vient de subir Sedan, elle a l’esprit ailleurs.

On ne va pas refaire le cours. Le mieux, c’est d’y assister. Le prochain, vendredi qui vient, le 26, c’est sur la mafia, la semaine suivante sur Mussolini ; celle qui suit encore, le 10/12, pause culturelle, place aux plaisirs de bouche. Un importateur de produits italiens présentera fromages, vins, charcuteries. On connaît les talents transalpins dans le domaine. Cela nous rappellera cette Italie qu’on aime, celle de la tour penchée, des places fabuleuses de Sienne, du tombeau des Médicis, du Colisée et du Trastevere, celle des dédales de Palerme et des ponts de Florence, l’Italie qui nous manque et qui dit que la splendeur fut européenne avant d’être américaine à supposer qu’elle le fût devenue.

On le voit, le Café Histoire aime à faire voyager. Il peut compter sur la participation de nombreux enseignants, de voyageurs, de gens d’expérience tout simplement qui préparent un sujet. « Et c’est du temps, précise Chantal Pascual, vice-présidente de Sceaux Les Blagis.  Les participants sont exigeants.» Bientôt, en janvier prochain, c’est elle qui sera à la manoeuvre avec une série sur l’Amérique Latine. Pendant les cinq d’existence du Café, on est passé par le Liban, l’Iran, l’Algérie, l’Espagne, pour ne citer que quelques exemples. La seule limite est la qualité des interventions. Visiblement, ce n’est pas un problème. Qu’elles viennent de Sceaux, de Bourg-la-Reine, de Paris ou d’ailleurs, les compétences sont au rendez-vous. Il faut y voir sans doute la marque du travail de préparation, d’organisation, souterrain par nature, que mènent les chevilles ouvrières de l’association : Françoise Pineau et Chantal Pascual, déjà citées, mais aussi, Nora Tinard et Patricia Massot.

Cette rayonnante compagnie se retrouve le vendredi après-midi de 3 à 4 à peu près (mais arrivez plutôt à moins le quart) au café Le Patio. Pour toute information, s’adresser par mail à Françoise Pineau (francoisebergerpineau@gmail.com) .

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