Appuyez sur “Entrée” pour passer au contenu

La gravité et la dérision de Liz Van Deuq

La nouvelle tournée Liz van Deuq passe par le CAEL de Bourg-la-Reine. Son concert a lieu le vendredi 29 mai à 20h30. Elle a répondu à nos questions.

Pierre Bozzonne. Vous êtes actuellement en tournée pour défendre votre troisième et dernier album Traits de caractères, avec plusieurs dates annoncées ce printemps et cet été. Qu’est-ce que la scène apporte aux chansons que le disque ne vous apporte pas quand vous êtes en studio ?

Liz Van Deu. Ce n’est pas le même métier, ça ne fait pas appel aux mêmes compétences. La scène est le lieu où je fais découvrir mon l’album au public. C’est aussi un moment théâtral, un moment de partage, une respiration. Le public est présent tout le long du concert, pendant une heure trente.  Et pour moi c’est un peu comme jouer une pièce de théâtre, donc il y a quelque chose de l’ordre de l’adrénaline en plus.

On vous décrit comme assez joueuse sur scène : vous passez sans cesse du sérieux à la dérision. Vous inventez un personnage ou est-ce un trait de votre caractère ?

Le côté sérieux, on le trouve dans les textes de mes chansons. Des textes qui peuvent être, soit profonds, soit légers, mais en tous les cas qui essaient de parler de quelque chose de l’ordre de l’intime (et donc qui peuvent sembler porter ce côté sérieux).
Parallèlement, le côté joueur, c’est peut-être ce côté plus scénique. Cet échange avec le public qui est un moment formidable, génial. Je ressens comme une nécessité d’ajouter une originalité qui apporte un plus au tour de chant. Ça peut prendre les traits d’un One Woman Show.

Vos chansons donnent l’impression d’être des conversations intérieures, mises en musique en quelque sorte. Comment naît le texte chez vous ?

C’est marrant que ça vous évoque ça ?

Les banlieues pavillonnaires, le wifi ou dieu, deux textes où vous partez souvent d’un objet ou d’une situation assez quotidienne qui vous font glisser vers une réflexion un peu plus intérieure, presque intellectuelle en quelque sorte.

Oui, c’est ça. J’ai l’impression de philosopher à la petite semaine avec mes chansons, De balancer mes petites philosophies de comptoir et puis d’en être très satisfaite.
Qu’est-ce que vous en pensez, vous ?

Je trouve ça original. Ça ponctue l’enchainement des chansons, ces petites pauses en fait. Ça ne me dérange pas du tout, je trouve ça assez drôle d’ailleurs.

J’aime la surprise que cela produit. On est même quelquefois sur des choses assez intimes.

Ça vous vient au dernier moment ou c’est préparé en amont du spectacle ?

C’est très travaillé.  Pour Les banlieues pavillonnaires, l’écriture est venue assez spontanément.  Le texte permet de s’autoriser des digressions sur scène je trouve. Toutes les chansons ne sont pas comme ça.

Quand vous écrivez, est-ce que vous cherchez d’abord la justesse émotionnelle ou le rythme des mots s’impose naturellement ? Comment ça se passe pour vous, l’écriture ?

A force de revenir sur le texte, la chanson finit par me dire quelque chose qui va me toucher, m’intéresser. Quelques fois, c’est une gestation longue et compliquée. C’est une progression sinueuse, parce que j’y reviens : « non ça ne va pas, oui j’ai dit ça, mais est-ce que je suis vraiment sûre ? » Je creuse. Je peux passer beaucoup de temps à écrire certains textes, comme Le cœur est un muscle.

Je pose cette question, car dans votre dernier album, Traits de caractères, certaines paroles de vos chansons sont construites autour de leur impact rythmique, plus que pour leur sens.

Sur les chansons Quand je tombe et Les pas on est clairement sur une rythmique rebondissante en ce qui concerne la première et plus joyeuse pour la seconde. Je m’étais imposé un super cahier des charges. C’est toujours très dur pour moi d’écrire une chanson. Je me pose beaucoup de questions. Il me faut une idée de départ, avant de développer le texte. La mélodie, quant à elle, vient après.

Dans Le Wifi ou Dieu par exemple, vous juxtaposez une question quasi métaphysique, avec un objet trivial du quotidien numérique. Il y a un contraste qui crée un effet comique, mais le fond reste existentiel.

Ça m’intéresse beaucoup ce genre de question, parce que Je pense que je ne suis pas la seule à m’être posé cette question-là. Vous avez bien écouté l’album.
Je me pose beaucoup de questions existentielles dans la vie. Et donc ça ressort à un moment donné dans les textes de mes chansons.

Mais vous avez plus le sentiment d’écrire sur votre époque ou sur vous-même ?

Un peu les deux. Mes textes rejoignent des questionnements que beaucoup de personnes se posent, enfin je suppose.

Quelles sont vos références musicales, ce que vous écoutez en ce moment ?

Je vais voir beaucoup d’artistes sur scène, La nouvelle scène musicale me passionne. Le festival de Barjac par exemple dans le Gard j’y ai découvert Nicolas Jules, ClariKa.

Votre dernier album a reçu un très bel accueil : Le coup de cœur de l’Académie Charles Cros. Qu’est-ce que vous avez voulu raconter avec ce troisième opus ?

Tout et rien. Je l’ai écrit de façon chronologique. Le titre de l’album :  Traits de caractère, est un jeu de mots. Je suis ancrée dans une chanson française « à texte ». Mais c’est conçu avec humour. Je veux, qu’à l’écoute, les gens passent un moment agréable. Que cela ne soit pas trop « une prise de tête ».

© Photo Michel Piedallu

J’ai senti dans cet album quelque chose de plus affirmé musicalement, presque plus groovy parfois.

Il y avait un format groove que j’avais envie de développer et du coup je l’ai délégué à des personnes qui m’ont aidé sur la réalisation de cet album : notamment Bertille Fraisse, la réal et Marie Daviet, la technicienne son : lois Eichelbrenner qui a pris en charge les arrangements.

Quand vous entrez en studio, vous aimez garder un cadre intime ou au contraire confronter vos chansons à d’autres regards justement ?

Au moment de l’écriture, je ne les montre à personne, c’est intime. Quand le texte est définitif, je le montre à des gens en qui j’ai confiance. Et en studio, à quelques personnes proches de moi, qui ont l’habitude de mon travail. A ce moment-là, c’est un peu dénudé, mal emmailloté et on finit les arrangements ensemble : on échange, on en discute et ça se finalise.
Sur cet album, j’ai travaillé avec beaucoup de femmes. J’avais envie d’un regard humble, constructif. M’entourer de personnes de confiance, presque des amis.
J’aime prendre mon temps, avoir l’espace et la réflexion nécessaire. Avoir envisagé un peu toutes les possibilités en amont. Mais j’aime être entouré d’assez peu de monde en règle générale.

Sur cette tournée-ci, êtes-vous toujours accompagné de Floriane Montigny, de Cédric Thomas, ou bien ce sont d’autres personnes ?

Oui. Ça sera le cas au CAEL de Bourg-la-Reine. Mais je prépare un nouveau trio que j’ai monté début janvier autour de Marie Tournemouly violoncelliste et de Bertille Fraisse, violoniste, avec qui j’ai travaillé sur l’album. J’ai envie de revenir vers quelque chose de plus acoustique avec une connotation classique.

Vous travaillez aussi avec votre cousine Maëlle Dequiedt pour la mise en scène. Est-ce que cette proximité familiale change votre manière de créer?

Elle avait une formation initiale de violoncelliste, avant de s’être tournée vers la mise en scène. On avait travaillé ensemble il y a plus de 10 ans. Donc elle me connaît bien. Elle est méthodique, a de l’aplomb et a bonne vision artistique et technique.
Ma proposition l’a intéressé et finalement, elle nous a donné un sacré coup de main à Floriane, Cédric et moi. C’est toujours important d’avoir un regard extérieur comme celui-ci.

Vous avez comme projet un nouvel album ?

Pas pour le moment. Je suis sur un autre projet qui me passionne : je dirige un spectacle avec quatre classes d’une école primaire dans le Sud de la France, à Aujargues, dans le Gard. Un projet de podcast autour d’un récit imaginé par les élèves. Chacune des classes a une mission particulière par rapport au projet. Il y a une classe qui ne s’occupe que des bruitages, par exemple. Je coordonne l’ensemble. Presque un temps plein qui me laisse peu de place pour créer un nouvel album. Ça me prend pas mal d’énergie, beaucoup de temps.
Les enfants sont réceptifs, très contents, notamment de concevoir les bruitages. Ils ont le sentiment de créer quelque chose de complètement inédit, et c’est vrai, c’est inédit. Beaucoup d’élèves ont été ravis d’écrire leur première chanson.
Ecrire avec un public jeune, ça crée souvent des surprises. C’est riche. On travaille la mémoire, on travaille le vocabulaire, on travaille les rimes. Le spectacle est prévu pour le 19 juin.

(c) Michel Piedallu

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *