La Gazette a publié plusieurs contributions sur la question de l’association des habitants à la vie de la cité. Trois questions méritent d’être approfondies : Qui associer, quand associer, comment s’appuyer sur la réalité ?
Dans cet article, Gérard Bardier exprime son opinion personnelle qu’il appuie sur son expérience de la conduite participative de projets.
Qui associer ?
La plupart des contributions estiment, explicitement ou non, qu’il s’agit d’associer tous les citoyens, alors que seuls les élus sont généralement associés au projet (avec des différences notables entre ceux de la majorité et ceux de l’opposition). Grégory Isabelli, dans un texte publié par les Nouvelles de Fontenay, semble même regretter que seuls les citoyens directement concernés se mobilisent.
Mon point de vue est inverse : ce sont prioritairement les citoyens directement concernés à qui il faut donner la parole. Dit autrement, j’estime que le fait de laisser la parole à tout le monde conduit à laisser les plus mobilisés monopoliser la parole, trop souvent aux dépens des plus concernés. Alors, bien sûr, il ne s’agit pas d’empêcher ces plus mobilisés de s’exprimer (cela parait bien difficile de toute manière !), mais de s’assurer que les plus concernés sont vraiment écoutés.
Pour prendre un exemple professionnel, j’estime que tout salarié devrait pouvoir s’exprimer et être entendu sur son travail et l’organisation de celui-ci. L’expérience montre que les salariés ont souvent des choses intéressantes à dire et que les associer peut-être efficace. Mais ces mêmes salariés n’ont a priori pas de légitimité particulière pour donner un avis sur l’organisation de l’atelier d’à côté.
La première chose à faire quand on veut associer les citoyens ou les usagers à une réflexion sur un projet, c’est analyser qui sont les acteurs concernés.
Au passage, précisons ce que j’appelle (après d’autres !) un acteur (au singulier) : un ensemble de personnes ayant la même logique d’intérêt dans le projet. Si l’on reprend l’exemple de la Faïencerie, les parents d’élèves sont un acteur.
Quand il s’agit d’informer ou de consulter, on s’adresse à toutes les personnes. Quand il s’agit d’un travail collectif, cela n’est généralement plus possible. La question est alors d’associer un nombre limité de représentants de chaque acteur. Dans le cas du projet de la Faïencerie à Bourg-la-Reine, il y avait trois associations de parents dans l’école, mais elles ont accepté de n’être représentées que par une personne pour les trois associations, parce qu’elles se savaient en accord (et que des parents n’ont pas que cela à faire…).
Quand associer ?
Trop souvent, l’association des habitants se fait quand un projet est largement avancé. C’est notamment le cas lorsqu’une enquête publique est lancée. Tenir compte des avis exprimés alors ne peut se faire qu’à la marge ou en remettant complètement en cause le projet avec ce que cela signifie comme impact sur les coûts et les délais.
Ceux qui, dans les années 70-80, ont construit les méthodes pour associer les acteurs dans un projet d’entreprise, ont défini les étapes suivantes : 1) définition des objectifs du projet par les décideurs, 2) sur cette base, définition d’un cahier des charges en associant les acteurs concernés 3) construction des solutions par les experts techniques, à partir du cahier des charges, 4) choix par les décideurs, 5) mise en œuvre, associant également les acteurs.
Partir du réel
Associer les acteurs concernés à la définition du cahier des charges (on parlera aussi d’enrichissement du projet) ne consiste pas à demander des opinions mais des faits.
En entreprise, on partira chaque fois que possible du travail observé, mesuré, raconté. L’idée est de s’assurer que le projet n’aggrave pas les conditions de ce travail, mais soit au contraire l’occasion d’améliorer le contenu du travail et la diffusion des informations, et de diminuer les aléas et les incidents.
Cette méthode a généralement permis d’améliorer nettement les performances, en particulier parce que la question de la maintenance des futures installations a été mieux prise en charge.
Appliquer cette méthode aux projets et actions municipales, cela devrait conduire d’abord à mieux décrire l’existant.
A cet égard, l’idée de diagnostic en marchant qui a été pratiquée (avec plus ou moins de bonheur) par la municipalité de Fontenay-aux-Roses part d’une bonne idée : se confronter sur le terrain avec la réalité.
On peut le voir dans de nombreuses polémiques sur des projets publics : il y a souvent désaccord sur la réalité elle-même. Pour éviter au maximum ce risque (il est difficile de lutter contre la mauvaise foi…), il est utile de passer du temps en début de projet sur la description de la situation. Dans mon expérience personnelle, non seulement nous observions le travail, mais nous faisions valider le résultat par plusieurs représentants de l’acteur concerné.

