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Dire le climat en trente mots

Christian de Perthuis est un économiste. Il enseigne depuis 20 ans l’université Paris-Dauphine où il dirige la chaire Economie du Climat. Il vient de publier aux Editions De Boeck supérieur, Climat, 30 mots pour comprendre et agir. Il y entreprend une démarche très pédagogique, très grand public, autour de notions dont on entend tous parler, mais qu’on maîtrise mal, voire pas du tout. Il entreprend surtout de montrer combien sont enchevêtrées les questions climatiques. Avis aux amateurs.

Quatre thèmes

Comme son titre l’indique, le livre présente 30 mots-clés, mais non pas par ordre alphabétique comme dans un dictionnaire. L’auteur opère un classement par thèmes qui donne une vue immédiate des différentes approches. Ces thèmes sont au nombre de quatre. Le scientifique campe des bases de compréhension de ce qui structure le climat et ses évolutions. Le politique évoque les actions conduites par les Etats. Le technique montre des pistes de solutions pour mener la transition. L’économique mentionne les impacts sociétaux dans une perspective de croissance ou de décroissance (les deux hypothèses sont présentées).

Chaque thème est composé d’articles d’environ 5 pages qui commencent par une définition du concept considéré et se poursuivent par une sorte d’état des lieux des réflexions en cours. Evidemment, c’est condensé, le livre ne fait que 173 pages et c’est justement son intérêt. Les références ne manquent pas qui renvoient à des sources très documentées. Des illustrations permettent de visualiser rapidement des problématiques et des tendances.

Un scoubidou de concepts

Avec les bases scientifiques, ce sont des notions comme le climat, le réchauffement climatique, qui sont traitées. Qu’entend-on précisément par là. N’y a-t-il pas des idées reçues ? Les gaz à effet de serre, quels sont-ils ? Quelles en sont les émissions ? Quels sont les scénarios d’évolution climatique ? Il y a également des notions peu connues comme le forçage radiatif. Pour ma part, je ne connaissais pas. Je vous laisse le soin de découvrir.

La deuxième partie, l’action climatique, présente les décisions, les stratégies, que les Etats prennent et entreprennent pour conjurer le réchauffement qui menace la planète. Ceux qui ont reculé devant l’entrée du dédale documentaire des accords de Paris, également connus sous le plaisant sobriquet de CCNUCC (Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques), ceux qui hésitent devant la somme de rapports du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) trouveront un grand intérêt au défrichage fait par Christian de Perthuis.

Des associations non gouvernementales sont présentées, ce qui se comprend. On reste cependant réservé sur la sympathie qu’éprouve l’auteur à l’égard de Greta Thunberg. Si on ne conteste pas l’intelligence médiatique de son staff, la suffisance, la fatuité sans frais qu’elle a montrées dans ses dénonciations rappellent plus les provocations adolescentes qu’une pensée de l’action.

La troisième partie, Options techniques, est consacrée aux sources d’énergie et à leur rôle dans la transition bas carbone. On ne s’étonnera pas de la place dans le propos des énergies renouvelables comme alternatives aux énergies fossiles. Elles sont présentées une à une. « Dans le meilleur des cas, le nucléaire jouera un rôle d’appoint dans la transition bas carbone. » Personnellement, ce n’est pas ce que j’ai retenu de mes lectures. Pas les bonnes ?

Un accent particulier est mis sur l’utilisation (en l’occurrence la surexploitation) des terres. Ce qui donne du relief à l’idée centrale de la partie : il faut passer d’une logique additive (chaque nouvelle source d’énergie s’ajoute aux précédentes) à une logique de substitution.

Enfin, la partie sur les implications économiques met en évidence quelques fondamentaux. Les taxes et les normes, les quotas, jouent un rôle d’aiguillon dont on comprend le côté essentiel dans la transformation des productions et de la consommation. On connaît les émotions auxquelles conduisent les taxes en question. Raison de plus pour savoir ce qui est attendu d’elles.

Un raisonnement convaincant : les énergies fossiles ont été longtemps critiquées, car non renouvelables (avec un pic de production qui s’avançait à grands pas). Or, explique l’auteur, le problème n’est pas là. Au contraire, il y a trop de pétrole. Le réchauffement climatique est une crise de l’abondance et non du risque de pénurie.

On touche dès lors à la question croissance versus décroissance dont on sait combien elle est sensible. L’auteur reste d’une grande prudence, conscient que l’acceptabilité sociale est assez imprévisible. Aussi place-t-il des espoirs dans une baisse de la population mondiale. Moins d’habitants, moins d’empreinte carbone. Mais il associe à la transition démographique à « recul de la pauvreté, accélération du développement ». D’où la question : comment définir l’aisance (la non-pauvreté), le développement économique pour ne pas neutraliser la baisse de la population ? Peut-être un autre livre.

On l’aura compris, Climat, 30 mots pour comprendre et agir sont une introduction à des questions complexes écrite avec une volonté de clarté et de simplicité. Elle dégage des pistes de compréhension et de réflexion, elle fournit des liens pour approfondir. Remercions Florence Presson, élue scéenne en charge des Transitions, qui nous a envoyé le livre.

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