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Quelle place faire à « Charles de Gaulle » ?

Le sort de la place Charles de Gaulle occupe les esprits municipaux depuis plus de 25 ans. Située en plein centre, elle accueille, hors un petit monument en hommage au Général, un grand parking de surface et un non moins grand carrefour. La transformer semble assez naturel et ne fait guère débat. Mais la transformer en quoi ? C’est ici que la polémique commence ou plutôt continue.

Le dernier conseil municipal, tenu fin d’année dernière, le 16 décembre, a traité de l’avancement du projet initié lors de la précédente mandature. La majorité ayant été reconduite en juin 2020, elle poursuit sa démarche. Les conseillers des listes minoritaires ont exprimé bien des désaccords et bien des protestations. La joute fut éclairante à double titre. Elle fut d’abord une illustration de la relation parfois rigide entre la majorité et les minorités, relation qui donne le ton de la réunion, le niveau de tension entre les personnes, d’agacement.

Ensuite, les échanges montrent des visions très différentes de la place. Son rôle, sa place, les attentes placées en elle. Personnellement, je préfère ce niveau de désaccord. Non que les questions d’épiderme, de formulation, de politesse ou inversement d’acrimonie et d’agressivité soient négligeables. Mais elles sont difficiles à transcrire quand on n’est pas dedans. Vues de l’extérieur, elles ressemblent à des conflits de sensibilités dont on ne sait quoi dire, faute de les comprendre tout à fait. Commençons cependant par elles.

Tranchées

L’expression des positions majoritaires et minoritaires semble suivre un trajet invariable. Mon expérience est récente, elle est plus qu’imparfaite. La majorité s’exprime tout uniment. Un rapporteur rapporte, parfois un soutien le soutient, le maire complète ; il a le dernier mot. S’il y a un singulier de la majorité, la minorité s’exprime au pluriel. Les élus d’opposition s’opposent, mais selon des points de vue fort différents et, plus encore, avec des niveaux d’hostilité parfois opposés. La diversité des individualités est évidente.

La troupe majoritaire avance, harcelée d’objections des francs-tireurs. Mais elle avance, en général imperturbable, mais pas toujours. Le ton monte parfois. On blesse. Côté opposition, on se sent insulté. Les mots dépassent la pensée. Y a-t-il de la pensée ? Il est certain qu’il y a du ressentiment (pour en rester à cet euphémisme).

La majorité attend que la minorité la contredise quoiqu’elle dise. Les minorités se sentent exclues de la conduite des affaires et des décisions qui se prennent sans elles. La majorité s’agace d’interventions longues qu’elle juge plus agressives qu’utiles puisque le vote lui est acquis.

Les minorités veulent exister, protestent de ne pas être entendues. Certains élus d’opposition recherchent le dialogue, quand d’autres n’y verraient que de la complicité. Les premiers qui ne cherchent pas l’obstruction réclament mieux que les documents disponibles. Ils attendent des plans, des descriptions qui permettent de se représenter le projet dans sa globalité.

Fossés

Sur le fond, qu’ils soient négociables ou non, les différends sont réels. Essayons d’en rendre compte. On évitera de personnaliser les idées pour retenir le contour de ce qui fait débat (ce qu’on en a compris).

De quel espace parle-t-on ? Pour la majorité, la place est considérée comme un moment intermédiaire entre l’église Saint-Jean-Baptiste et Robinson. Les critiques qui lui sont faites considèrent, en revanche, la place pour elle-même dans son périmètre. Pour certains de ceux-là, elle devrait devenir un espace vert ou, du moins, le végétal devrait y prendre une large part. Cette position est associée à un refus de bétonisation qui revient grosso modo à refuser tout bâti. Dans l’opposition se trouvent pourtant des avis pour qui le besoin en logements est un vrai sujet. Le projet en cours n’est pas par nature à récuser mais à amender.

Pour la majorité donc, la place s’inscrit dans une continuité, comme une « couture urbaine ». Elle devait prolonger le piétonnier commerçant, le rendre plus visible et le tirer vers Robinson. Les logements visent à peupler le centre pour y développer la chalandise. L’attractivité, qu’une opposition focalise sur le vert, privilégie ici l’offre et la demande commerciales ; elle est vue à travers un centre-ville étendu. Quels aménagements urbains, végétaux, commerciaux sont alors imaginés sur la partie non piétonne de la rue Houdan ? Un projet serait-il à l’étude ? A suivre.

Dans le débat, personne n’a contesté par principe le besoin de loger. Le problème est de savoir où. On évoque Châtenay ou Fontenay, leurs programmes énormes et qui, tout monstrueux que certains les voient, auraient la vocation à satisfaire la demande. La contestation du projet repose sur l’idée que Sceaux ne doit pas imiter les politiques de ses voisins. Ce qui semble dire : loger oui, mais ailleurs, là où le béton est roi.

Des alternatives réelles se font pourtant face. Sceaux la discrète, la retirée, la villageoise ou Sceaux, la concurrente, la volontaire dans la compétition urbaine.

Auprès de nos arbres, vivions-nous heureux ?

58 arbres doivent être abattus pour les besoins de la construction des immeubles et du parking sous-terrain, perspective insupportable aux yeux de certains de l’opposition. Inversement, la majorité considère que le parc public, qui sera aménagé à l’Amiral, rééquilibrera la situation. Or il n’arrivera qu’en remplacement du parking construit pour la période des travaux sur la place, donc dans 4 ou 5 ans. Comment s’assurer, s’insurge-t-on, que la décision ne sera pas annulée ? Le PLU le prévoit, rétorque-t-on. Autant dire qu’il faudrait avoir confiance. On n’est pas dans cet esprit-là. Impasse.

Une autre divergence : les mobilités. La loi LOM oblige à la réalisation d’aménagements cyclables lors de la construction ou le réaménagement de voies. En même temps, elle oblige à maintenir les continuités piétonnes. Selon qu’on privilégie le point de vue cycliste ou piéton (les deux procèdent des mobilités actives), les conceptions changent. Le projet de la municipalité prévoit l’ouverture de deux rues piétonnes. On réclame dans l’opposition des pistes cyclables isolées.

Est-ce incompatible ? On pourrait penser que non et qu’une rénovation de taille permet de ménager les deux. Je dois avouer ne pas saisir pourquoi l’alignement des bâtiments n’a pas été prévu à cet effet et que ceux-ci ne puissent être reculés. Il semble qu’il revienne au département de délibérer. A suivre. Information bienvenue. La Gazette transmettra.

Dynamiser le centre-ville ou, au contraire, l’apaiser. On est entre construire et verdir, entre le logement et la promenade. Entre attirer le chaland jusqu’aux Quatre-chemins et déployer un îlot de fraîcheur tout en repoussant les voitures. Une continuité entre Robinson et l’église pour développer des services tout au long est-elle une trahison de l’esprit de la ville (l’expression a été utilisée) ? Vu sous cet angle, les positions ne peuvent être qu’irréconciliables.

La transformation de la place est un sujet structurant. Il porte en lui des incompatibilités fatales. La présentation qui en fut faite n’en faisait pas la synthèse pour n’énoncer que les évolutions par rapport à un projet conçu pendant la précédente mandature. Il n’aurait pas été d’une pédagogie inutile que de rappeler, dans un exposé général, la logique d’ensemble, les causes des évolutions et les points ouverts. Elle s’est dessinée au cours du débat, mais en passant par une case de belligérance.

La majorité a le pouvoir. Elle en use pour décider ; c’est son rôle. Elle peut aussi en user pour associer des compétences constructives venues de l’opposition. Elles existent.

Sans aller jusqu’au vœu pieux d’un accord sur ce que pourrait être la place dans la ville de la place Charles de Gaulle, appelons nos élus à en montrer les véritables lignes. Des lignes qui dessinent ce que devrait être, selon eux, Sceaux demain. Avec un peu de pédagogie pour pouvoir se la représenter.

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