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Une expérience cambodgienne

Marc a 21 ans, deux frères et une sœur. Il fut élève à Lakanal, au collège et au lycée, suivit les classes prépa à Ginette, le sobriquet affectueux de Sainte-Geneviève à Versailles, il est en 2e année de Centrale Supelec, doit bientôt faire son choix entre les filières énergie et génie civil, pratique le volley et la voile. On n’insistera pas, plus curieux d’un autre volet de son CV. Il a reçu un prix de la ville de Sceaux pour un projet humanitaire au Cambodge. Il revient d’un séjour de sept semaines. Il en parle.

Voyage voyage

L’organisation de ce qu’il faut appeler une mission s’est faite dans le cadre de Centrale Supelec. Comme dans toutes les écoles d’ingénieur, la 1ère année se termine par un stage ouvrier et en général le lieu d’exercice n’est pas forcément une usine ; il peut être une association humanitaire. Parmi les 800 élèves d’une promotion, ceux qui sont intéressés par ce type de stage, passent des entretiens de motivation conduits par les 2e années. (La sensibilisation au management ne souffre aucun retard à Centrale).

Ce sont soixante élèves qui sont sélectionnés à raison de 12 pour chacune des cinq sections humanitaires. Marc a été pris dans la section Cambodge, dans laquelle l’école est présente depuis vingt ans en partenariat avec Caritas. Cette année, il s’agissait de construire une serre et le côté pratique l’a attiré. Auparavant, de France, il a fallu trouver le financement des matériaux. Ils vendent des plantes au étudiants, assurent des cours auprès des écoles, plein de trucs, bref ils trouvent 22.000 euros. De quoi faire pas mal de choses.

Les douze de sa section se répartissent en trois groupes de quatre. Deux iront en province, un ira à Phnom-Penh. Ils prennent l’avion, on est en juillet. Ils arrivent impatients d’agir. Evidemment, ça ne se passe pas comme prévu. Deux semaines de quarantaine. Covid. Hôtel. Chacun est seul dans sa chambre. Visios. C’est rageant. A vingt ans, on n’est pas fait pour ça. Autant de kilomètres. Il attend. C’est un garçon calme, semble-t-il, il a dû prendre son mal en patience.

Et puis c’est Battambang. Les rives du Sangker, les rizières, une architecture coloniale, des temples antiques, un artisanat tout aussi antique. Il comprend qu’il est vraiment loin de France. La ville est au nord-ouest de Phnom-Penh, à 280km, la région est fermée aux touristes depuis un an au moins.

La serre

La serre à construire se trouve dans un village à une dizaine de kilomètres de Battambang. Trois garçons et une fille pour le côté école, un technicien khmer dirigeant les travaux, cinq ouvriers cambodgiens, ce sont dix personnes qui en un mois vont effectuer les travaux. Les dimensions de la serre sont de 10m sur 20m et 5m de hauteur. Elle est destinée à la culture de mangues et de salades.

Ils ont financé le béton, les parpaings, les barres métalliques, les bâches transparentes. Maintenant ils maçonnent. Pas de bétonneuse, tout est fait à la main. D’une certaine façon, comme stage ouvrier, il ne pouvait pas espérer mieux.

Dans ce village, Caritas gère un centre (on devrait dire un refuge) qui accueille des femmes victimes de mauvais traitements. Elles sont couturières, tisserandes, agricultrices, cuisinières, le métier les remet à flot. On devine à écouter Marc, la quantité de souffrance qu’il y a chez elles.

Il se lève à 6h30, part de Battambang à 7h (on apprécie la célérité de la préparation) arrive au village à 8h (un tuk tuk sur un chemin cahoteux ne saurait aller plus vite), travaille jusqu’à midi, déjeune dans le centre, reprend à 14h jusqu’à 17h30, retourne à Battambang, une heure encore ; à 19h30 il dîne au centre catholique avec des prêtres venus du monde entier, il en parle avec émotion, ils ont une telle culture, une telle expérience. Il dit en souriant que l’évêque qui gère le centre depuis 30 ans connaît tout du pays. Il dort dans un dortoir.

Le weekend, il découvre la région, sa ruralité, ses ruines, son habitat pauvre et les volailles courant autour des maisons. La bande des quatre est guidée par les prêtres.

La dernière semaine, une fois la serre construite, l’équipe est passée à la distribution de nourriture dans les villages. Ce sont des tournées en tuk tuk au milieu de nulle part, où les gens vivent au jour le jour, où l’électricité est coupée souvent et que Caritas accompagne autant que faire se peut.

Marc se souvient d’un jour de grosse pluie (ce qui pour nous veut dire torrentielle), le pick-up s’était embourbé, impossible de le sortir de là, les pieds nus, ils s’enfonçaient dans la boue; ils poussent comme des bêtes, rien n’y fait, ils trouvent des branches d’arbres, réussissent à les mettre sous les roues, on les imagine trempés jusqu’aux os. Ils parviennent à sortir l’engin. Tout ça pour dire que, dès qu’on sort de Phnom-Penh, il ne faut pas s’attendre à trouver des voies bitumées. On est, par gros grain, tout de suite dans la gadoue.

Leçon

Que retient-il de ce périple ? Beaucoup d’humilité d’abord, et puis la conscience de vivre dans un pays béni et peu reconnaissant de la chance qu’il a. Il y a quelque chose du cœur qui l’a touché, quelque chose d’intime, une prise de conscience concrète, tangible, visuelle de la pauvre vie de ceux qui n’ont rien ou du moins très peu, sauf leur travail, même le plus simple, celui qui permet de subsister. Marc dit avec des mots pudiques qu’il a appris au Cambodge quelque chose de la vie.

Un message de sa part, pour ceux d’entre vous soucieux de briller en société, Choumripsour veut dire bonjour. A utiliser sans modération. On s’en voudrait de ne pas transmettre.

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