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Territoires multiples des Blagis, suite

Un peu de sociologie

Souvent, la question de la mixité sociale aux Blagis est évoquée, que ce soit pour se féliciter de son existence ou pour se demander comment la faire vivre au quotidien. Le quartier mêle en effet des zones pavillonnaires généralement occupées par des propriétaires et des zones plus concentrées, généralement occupées par des locataires. Cette situation est conforme à l’esprit de la loi ELAN qui prévoit que chaque commune accueille une part minimum de logements sociaux. Les habitants peuvent avoir des situations professionnelles et économiques diverses. On a compris pendant les rencontres qu’il y a eu une partie notable des habitants se considérant comme faisant partie de la classe moyenne, qu’ils soient propriétaires ou locataires.

Cette situation a-t-elle changé ? Sans éléments statistiques, impossible de l’affirmer. Une enquête de la SCIC au début des années 90 sur la résidence des Bas-Coudrais constatait une grande stabilité des résidents (et le vieillissement induit) ainsi qu’une diminution de la part de ceux ayant des revenus élevés. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Ce qui est probable, d’après différentes sources, c’est qu’il subsiste encore une partie notable de la population qui se considère comme participant à la classe moyenne, mais qu’il y a des éléments qui participent à une disparité entre les habitants : d’un côté, la gestion des attributions par l’OPH 92 pourrait augmenter la proportion de personnes en situation difficile, de l’autre côté, les prix élevés de l’immobilier à Sceaux depuis maintenant au moins 15 ans font que les nouveaux propriétaires sont des personnes à revenus élevés.

A défaut de statistiques sur les Blagis, on peut regarder les statistiques sur l’ensemble de la ville de Sceaux. Les cadres et professions intellectuelles supérieures étaient comptés au nombre de 4458 en 2017, pour 1895 personnes dans les « professions intermédiaires » et 1955 parmi les employés et ouvriers. On comptait aussi (parmi les plus de 15 ans), 3880 retraités et 3340 personnes sans activité professionnelle (dont beaucoup de lycéens et étudiants).

En dix ans, de 2007 à 2017, le nombre d’actifs de 15 à 64 ans en emploi baisse de 8103 à 7984 (-1,5 %). Mais cette légère baisse cache des évolutions contrastées :

  • une augmentation de 156 artisans, commerçants ou chefs d’entreprises, soit + 44 %
  • une augmentation de 22 cadres et professions intellectuelles supérieures, soit + 0,5 %
  • une diminution de 283 personnes de professions intermédiaires, soit – 14 %
  • une diminution de 6 employés et ouvriers, soit -0,4 %

Il y a bien diminution des classes socio-professionnelles intermédiaires (le cœur des classes moyennes) sur l’ensemble de la ville.

Par ailleurs, le nombre de chômeurs a augmenté de 210 personnes sur 10 ans. En 2017, le chômage touche à Sceaux 4 % des cadres et professions intellectuelles supérieures, il est de 10 % dans les professions intermédiaires, de 14 % chez les employés et de 16 % chez les ouvriers.

Une autre évolution notable est celle des familles monoparentales, passées en 10 ans de 666 à 855. 3,4 % des ménages sont des hommes seuls avec enfant(s), 13,8 % des femmes seules avec enfant(s).

La moitié des ménages scéens habite depuis au moins 10 ans leur résidence principale actuelle… ce qui signifie que l’autre moitié y réside depuis moins longtemps ! On peut supposer que la forte stabilité notée par la SCIC il y a près de 30 ans ne concerne qu’une partie de la population.

On notera que ce renouvellement régulier des résidents touche différemment l’école primaire et la maternelle des Blagis : la part des enfants habitant la résidence des Bas-Coudrais est nettement plus élevée en maternelle. L’explication serait la suivante : pour acquérir un logement sur Sceaux, il faut déjà avoir un revenu suffisant. En pratique, peu parmi les nouveaux propriétaires ont des enfants d’âge maternel. Ils ont pu réaliser des économies et sont donc un peu plus vieux, avec des enfants d’âge primaire. Ce n’est pas le cas pour les locataires.

Devant cette situation, la bonne question consiste à rechercher les moyens de faire vivre tout ce monde ensemble de manière harmonieuse. La cohabitation entre milieux sociaux différents demande un volontarisme partagé. Un processus est en cours, souhaitons-lui bonne chance.

  1. Pennec Simone Pennec Simone 17 juin 2021

    Articles toujours très intéressants
    Faut il être abonné pour les recevoir par mail ? Car très difficile à lire sur FB.

  2. Gérard Bardier Gérard Bardier Post author | 17 juin 2021

    Vous pouvez vous abonner à la newsletter https://sceaux-lagazette.fr/index.php/newsletter/
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  3. Ajzenberg Ajzenberg 22 juin 2021

    Merci pour cette analyse qui permet de comprendre l’évolution de la sociologie d’un quartier.
    Pour renforcer l’équilibre que l’on souhaiterai obtenir, je vois 2 points fondamentaux:
    -un quartier et à fortiori une ville ne devrait pas dépasser 40% de logements sociaux. Ce serait structurant pour l’équilibre sociologique du quartier ou de la ville. Or certaines villes en font un commerce… électoral 🙂
    -les logements sociaux devraient être intégrés au sein de résidences en faible proportion, ce qui a l’avantage de créer une dynamique positive du vivre ensemble. En effet, les gens se voient, discutent et trouvent souvent des solutions. C’est ce qu’expérimente la ville de Montreuil au sein d’ensembles neufs.

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