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Dernière ligne droite ou virage dangereux?

Ce mardi 3 novembre sera le jour officiel du vote pour cette édition 2020 de la présidentielle US. A l’ouverture des bureaux de vote, environ 100 millions d’Américains auront déjà voté. Soit en se rendant dans l’un des bureaux de vote déjà ouvert depuis plusieurs semaines (vote « en personne », plus de 35 millions) soit par correspondance (plus de 60 millions).

Du jamais vu

Dans certains États, le nombre de votes anticipés enregistrés à la date de lundi 2 novembre approche voire dépasse le nombre total de votes observés en 2016. Le ratio entre le vote anticipé de 2020 et le vote total de 2016 est ainsi supérieur à 90% dans l’Etat de Washington, le Montana, la Caroline du Nord, le Nevada, la Géorgie, la Floride. Il est même nettement au-dessus des 100% au Texas et des 110% à Hawaï.

La très grande diversité des ratios observés (10% en Alabama !) s’explique avant tout par la très grande diversité des règles appliquées selon les États à propos de ce vote anticipé. Mais soulignons que son usage massif n’est pas une habitude aux USA. Si on remonte dans le temps, on trouve le nombre de votes anticipés suivant (en millions) :

  • 2008 : 31,7
  • 2010 : 19,1
  • 2012 : 32,3
  • 2014 : 20,5
  • 2016 : 47,2
  • 2018 : 39,1

Si le vote anticipé est plus faible les années intermédiaires (renouvellement du Congrès et d’une partie des sénateurs mais pas du Président), on constate une augmentation particulièrement depuis 4 ans. Il faut dire que certains États ont rendu progressivement plus facile cette anticipation.

Le phénomène cette année s’inscrit dans cette logique mais est aussi fortement accéléré par l’épidémie de la Covid qui pousse une partie des électeurs à privilégier le vote par correspondance.

Une indication pour le résultat ?

Cependant, le niveau est tel qu’on ne peut que présager que la participation sera d’un niveau nettement supérieur à celui atteint lors des scrutins précédents. Michael Mac Donald, universitaire spécialiste de ces questions, s’attend à 160 millions de votants au total, soit 67 % des électeurs potentiels.

Il a publié dimanche soir une analyse de toutes les données disponibles sur le vote anticipé. Il a notamment regardé le vote de ceux qui sont inscrits comme Démocrates ou comme Républicains (mais qui ne votent pas forcément pour le candidat de leur parti, du moins pas tous), toujours en comparant avec les mêmes données en 2016.

On lira avec intérêt cette analyse, mais on en retiendra la conclusion suivante : elle ne permet pas de conclure du vainqueur, mais elle semble très cohérente avec le résultat des sondages. Elle confirme donc plutôt ceux-ci.

Des sondages confirmés

Le résultat de 2016 a été une surprise, car les sondeurs donnaient H. Clinton comme favorite. Ils ont identifié ce qui avait cloché (une sous-représentation des Blancs non diplômés, nombreux dans certains États clés) et ont modifié leur méthodologie en conséquence. On trouvera dans cette vidéo une analyse détaillée du scrutin et des sondages ainsi qu’une analyse de la position des deux principaux candidats par Thomas Snegaroff.

FivesThirtyEight, site qui agrège les sondages et en publie la moyenne, analyse ici les possibilités pour Trump de gagner. Il les estime faibles (autour de 10%), mais encore dans la zone « plausible ».

Dans le seul scénario qui donne la victoire à D. Trump, son concurrent garde tous les États gagnés par H. Clinton et prend le Wisconsin et le Michigan. Dans ces deux États, la moyenne des sondages lui donne la veille du vote 8,2 et 8,1% d’avance respectivement. Mais il n’arrive pas à l’emporter en Pennsylvanie, où la moyenne des sondages lui donne pour l’instant 5,3% d’avance.

D’autres scénarios plus favorables à J. Biden lui accordent, outre la Pennsylvanie, des États supplémentaires :

  • Des États où il apparaît pour l’instant devant : Arizona, Floride, Géorgie, Caroline du Nord
  • Des États où D. Trump apparaît légèrement devant : Iowa, Ohio, Texas

La moyenne des sondages ne donne que 1% d’avance à D. Trump au Texas, où le vote anticipé a été massif. Une victoire de J. Biden dans cet État signifierait que l’élection a tourné au désastre pour le président sortant.

On conclura en rappelant que si J. Biden gagne, il a besoin que les Démocrates gagnent le Sénat, très disputé(les sondeurs donnent aux Démocrates, 3/4 chances de l’emporter). La nuit de mardi à mercredi sera longue pour les observateurs ! Peut-être même les suivantes aussi.

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  2. Gérard Bardier Gérard Bardier Post author | 2 novembre 2020

    Oui, les lecteurs de sondage ont toujours du mal à prendre en compte la notion de marge d’erreur.
    Oui, il suffit d’un tout petit écart dans un État pour changer le vote de 10, 15 ou 20 délégués. Dans les trois États qui lui ont permis de l’emporter (Michigan, Pennsylvanie et Wisconsin) Trump avait moins de 1 % d’avance
    Pour le reste pas du tout convaincu. Où est l’analyse politique ? H. Clinton avait une très mauvaise image à la fin, ce qui a pu mener des démocrates à l’abstention. Aujourd’hui les adversaires de D. Trump sont très remontés contre lui. Le vote anticipé massif en est une bonne preuve. Très peu d’indécis, énormément de gens très motivés pour voter (d’un coté comme de l’autre): on pourrait avoir la surprise d’avoir cette fois des sondages particulièrement justes.

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