CINE-CONCERT Mercredi 20 mai à 14h, les Musicales de la Vallée-aux-Loups présentent le Charlot Festival, au cinéma le REX de Châtenay-Malabry. Ce seront 3 courts métrages de Chaplin : Charlot Patine, Charlot Policeman et Charlot émigrant, qu’accompagnera en direct le Back Light Trio.
Avant le cinéma parlant, il était courant qu’un pianiste fût dépêché par le propriétaire d’une salle des Grands Boulevards, pour une étrange discipline qui consistait à improviser sur les images muettes qui défilaient à l’écran.
Jouer un film en direct n’était pas chose aisé. Cela imposait à l‘artiste une mise en condition particulière. Il fallait savoir recréer les émotions des acteurs, leurs facéties, accompagner leurs cabrioles, improviser athlétiquement et esthétiquement leurs prestations.
Loin du compositeur immobile penché sur sa partition, le ciné-concert était une discipline baroque qui imposait au pianiste une tension permanente, un corps-à-corps avec l’image et l’anticipation des ruptures de rythmes.
Jamais la même musique
Le Back Light Trio est une formation de jazz composée de Karim Gherbi, Jean Baptiste Laya et Abdesslem Gherbi. Depuis plusieurs années, elle s’est spécialisée dans la composition pour le cinéma muet.
En partenariat avec l’ADRC (Agence pour le Développement Régional du Cinéma), ils ont déjà fait revivre la bande son des grands classiques du 7ème art qui, d’Ascenseur pour l’échafaud de Louis Malle, de Shadows de John Cassavetes, d’Autour de minuit de Bertrand Tavernier ou encore de Bird de Clint Eastwood, restent à jamais gravés dans la mémoire de tous les cinéphiles.
Et lorsqu’ils ne reprennent pas les grands standards, ils improvisent eux-mêmes.
Cette approche donne au Back Light Trio une place singulière dans le paysage musical contemporain.
Lorsqu’il improvise, Karim Gherbi (le bassiste) revendique une lecture vivante, moderne, des films anciens. D’ailleurs, le nom même du groupe, « Back Light », évoque cet “éclairage indirect” apporté aux œuvres du passé.
Ici, pas de piano mais une guitare. L’instrument central de leur identité sonore. La guitare manouche utilisée sur Chaplin devient alors une sorte de révélateur émotionnel : moins massive qu’un piano, mais plus nerveuse, plus tactile.
Très souvent, à la sortie d’une séance, le public aimerait conserver la mémoire sonore du court métrage. Déception. La musique existe uniquement dans la salle. Aucun enregistrement, nulle captation d’aucune sorte. Chaque gag, chaque chute, chaque silence est habillé d’un accord improvisé par le trio. Aux séances à venir, vingt fois sur le métier ils remettront l’ouvrage.
Dans une époque saturée d’images instantanées et de contenus consommés à grande vitesse, cette démarche possède quelque chose de profondément artisanal. Le spectateur ne regarde plus seulement un film : il assiste à une fabrication en direct de l’émotion.


