Les villes peuvent agir pour diminuer une partie des émissions locales de gaz à effet de serre. Lors de la campagne des Municipales, La Gazette a demandé aux candidats ce qu’ils prévoyaient de faire dans ce domaine. L’occasion de réfléchir sur les leviers d’action possibles.
Le point de vue des candidats
On trouvera plus bas la réponse de chaque candidat à la question de la Gazette. Attention, certains font allusion à ce qu’ils ont déjà dit sur leur programme en réponse aux questions précédentes, qu’il faut donc aller voir l’article mis en lien pour avoir une vue complète de leur avis sur le sujet.
Assez naturellement, les maires sortants soulignent ce qu’ils font déjà sur le sujet (par exemple la rénovation thermique du parc de logements de Sceaux-Bourg-la-Reine Habitat) et évoquent le projet géothermie.
Plusieurs candidats élargissent leur réponse à d’autres aspects du PCAET, notamment la question de la fraîcheur des écoles en temps de canicule. Philippe Laurent alerte sur le coût élevé des opérations d’isolation et tandis que pour Flavien Poupinel la ville n’a pas les moyens de rénover thermiquement son parc de bâtiments anciens.
L’évolution des émissions de 2005 à 2022
ROSE, réseau d’observation statistique de l’énergie en Île-de-France, fournit les données des émissions de gaz à effet de serre (en équivalent CO²) par secteurs et par commune ou regroupement de communes. Il y a des données pour les années 2005, 2010, 2015, 2019 et 2022. La Gazette a publié les résultats par ville en 2022.
Sur le territoire Vallée Sud Grand Paris (VSGP), les émissions sont passées de 969,5 kteq CO² en 2005 à 630 kteq CO² en 2022, soit une baisse de 35% (plus d’un tiers). Dans le détail, les émissions dans le résidentiel sont passées de 505 kteq CO² à 261(- 48%), dans le tertiaire de 236 kteq CO² à 161 (-32%), dans les transports routiers de 186 kteq CO² à 167 (-10%).
C’est donc dans le résidentiel que la baisse a été la plus forte et dans les transports qu’elle a été la plus faible.
Efficacité énergétique
C’est le levier qui est évoqué le plus souvent, à propos de l’isolation des bâtiments. L’utilisation de LED pour l’éclairage est un autre exemple (en l’occurrence comme c’est à base d’électricité et que celle-ci est fortement décarbonée en France, l’effet sur les émissions de CO² est faible).
Si les émissions de GES (gaz à effet de serre) dans le résidentiel de VSGP ont quasiment été divisées par deux, c’est d’abord parce que le neuf a remplacé une petite partie de l’ancien, et parce que beaucoup de propriétaires ont fait les travaux d’isolation les plus faciles /rentables (par exemple pour le toit). Plus le temps passe, plus le reste à faire par tonne de CO² économisée est coûteux.
Une note du conseil d’analyse économique datant de juin 2024 montre que « seul 5% du parc des logements est rentable à rénover pour les particuliers. La note propose le ciblage des aides sur les passoires thermiques et les ménages à bas revenu ».
Un des maires rencontrés estimait qu’il fallait 100 ans pour amortir la rénovation énergétique des bâtiments publics.
Un moyen de baisser le coût, c’est de réaliser la rénovation énergétique en même temps que la rénovation globale d’un bâtiment qui en a besoin. C’est par exemple ce qu’a fait un propriétaire scéen dont un mur aveugle était à réparer et qui en a profité pour faire mettre une isolation thermique extérieure.
Conclusion : le plus raisonnable est de coupler rénovation globale et rénovation thermique. Ce qui évidemment étale le planning de rénovation thermique. Mais n’oublions pas que si un bâtiment est mal isolé, c’est généralement qu’il est ancien.
Il y a cependant une opération d’efficacité énergétique facile à faire et peu coûteuse : elle consiste à automatiser la baisse du chauffage des bâtiments quand ils sont inoccupés (et pour les logements pendant le sommeil), par exemple la nuit et le week-end. Mais si ce dispositif reste minoritaire dans les logements, il est probablement très répandu dans les bâtiments publics.
Substitution
Un autre moyen de réduire les émissions de GES est de remplacer une source d’énergie carbonée par une source décarbonée (ou très peu carbonée). C’est le choix fait par la ville de Sceaux pour tout son outillage et son parc de véhicules (au fur et à mesure des remplacements). Le parc départemental de Sceaux a fait le même choix.
Majoritairement, le parc immobilier est chauffé au gaz (y compris le neuf, ce qui est incompréhensible). Utiliser le gaz génère moins de GES que l’utilisation du fuel, mais les émissions sont élevées. Il est donc aujourd’hui conseillé d’utiliser des pompes à chaleur qui fonctionnent à l’électricité. D’autant plus qu’il y a en France surproduction d’électricité et qu’on cherche à augmenter la consommation.
C’est une autre substitution que préparent les 4 villes, avec la mise en place d’un réseau de géothermie à Châtenay-Malabry et d’un autre commun à Fontenay-aux-Roses, Sceaux et Bourg-la-Reine. L’investissement est de 90M€ environ dans le premier cas et de 70M€ environ dans le deuxième cas. C’est dire si l’impact attendu sur les émissions de GES est important.
Cette géothermie touchera à la fois des résidences (et notamment des logements sociaux) et des établissements publics : écoles, gymnases, piscine… et en particulier, les lycées Marie-Curie et Lakanal qui sont des passoires thermiques qu’on ne peut isoler car ils sont classés.
Sobriété
L’idée est d’éviter les activités émettrices de GES, par exemple en utilisant le train plutôt que l’avion ou en limitant le chauffage de son logement à 19°C.
La question se pose pour les municipalités partout où elles ont des agents qui travaillent. Certaines villes ont affiché la volonté de limiter à 19°C au moment où les prix de l’énergie étaient élevés. On présumera que la consigne n’a guère était appliquée.
Bien sûr, il n’est pas inconvenant de demander de se couvrir plus quand il fait froid. Mais une des difficultés est que tout le monde n’a pas la même réaction au froid. On sait (en particulier quand il y a un chauffage collectif dans un immeuble) que les personnes âgées ont tendance à chauffer plus que les autres. Pour une raison simple : le rythme cardiaque diminue avec l’âge (et pas seulement entre les enfants et les adultes) et on parle ici du système de chauffage personnel de chaque humain !
Bref, mettre en œuvre la sobriété, ce n’est pas forcément simple !
Les réponses des candidats
Les réponses faites à La Gazette sont classées par ordre alphabétique des villes et pour chaque ville par ordre alphabétique des noms des candidats.
Bourg-la-Reine
Nous avons intégré le PCAET dans notre programme : géothermie, accompagnement à la rénovation énergétique, conversion des bâtiments vers 0% de CO2 (y compris les écoles). Personnellement, je participe au Défi zéro déchet proposé par VSGP. La préservation de l’environnement, c’est très important pour moi, ce n’est ni de gauche ni de droite, mais universel.
Nous voulons que tous les bâtiments gagnent en performance énergétique, les bâtiments publics et les logements. Une action d’isolation des logements a déjà été menée par Sceaux Bourg-la-Reine Habitat. Il n’y a malheureusement pas de transparence sur le bilan énergétique de l’opération. Mais nous voulons continuer dans ce sens. Il y a aussi une aide sur les pavillons, mais rien sur les copropriétés où la ville ou le Territoire pourrait accompagner les décisions collectives en fléchant des compétences et en identifiant des cas de réussites. Notons qu’en matière d’environnement, le PCAET passe à côté de sujets comme l’eau, la biodiversité, les déchets ou l’alimentation…
Nous faisons de l’écologie concrète. Lors du pic de chaleur en juin dernier, il a fallu fermer une école, mais pas celle de la Faïencerie qui a été construite en haute qualité énergétique. Nous allons continuer l’isolation des bâtiments publics, en particulier les écoles. Nous avons mis en place une exonération de la taxe foncière pour les particuliers qui font des travaux d’isolation importants.
Les logements gérés par Sceaux-Bourg-la-Reine Habitat, dans leur quasi-totalité, ont été rénovés thermiquement.
Également, il va y avoir la mise en œuvre du projet de géothermie venant de Fontenay-aux-Roses, mais aussi celui venant d’Antony, au sud de la ville.
Nous devons être exemplaires sur les bâtiments publics. Pour les logements sociaux à réhabiliter, envisager la mise en place de panneaux solaires. Nous voulons végétaliser là où c’est possible, par exemple le square Carnot ou certaines cours d’école.
Châtenay-Malabry
Sur ce point, nous avons prévu de commencer par un état des lieux des bâtiments publics, et par revoir les liens entre la ville et Haut-de-Bièvre Habitat. Il en résultera une charge de travaux que nous pensons réaliser sur deux mandats.
De manière plus générale, la transition environnementale ne doit pas être une option, mais doit irriguer chacune des décisions politiques locales pour qu’ensemble, nous puissions enfin inverser en particulier la courbe du réchauffement climatique et garantir à nos enfants un avenir désirable.
Cette dimension est prise en compte depuis longtemps dans nos projets. Par exemple, dans l’écoquartier de LaVallée, on a réutilisé 100% du béton récupéré sur place. L’école Voltaire est un modèle de développement durable. Pour la rénovation de la Cité jardin, nous voulons un bilan carbone neutre. Nous pensons à créer des filières de recyclage de matériaux, par exemple pour le polystyrène.
Le réseau de géothermie sera en service en mai avec deux quartiers prêts à le recevoir : LaVallée et la Cité jardin.
Enfin, les travaux d’isolation et de modernisation de nos bâtiments municipaux engagés sur cette mandature ont permis de générer 45% d’économies d’énergie. Nous allons continuer en ce sens.
Fontenay-aux-Roses
La liste associative écologique citoyenne Pour Fontenay lancera un plan d’isolation thermique des bâtiments publics (écoles, gymnases, équipements municipaux) pour réduire fortement les émissions de gaz à effet de serre, mais aussi pour en améliorer le confort été comme hiver et simultanément un plan de sécurisation incendie de ces bâtiments. L’objectif final est d’obtenir des bâtiments « zéro énergie » voire à énergie positive.
C’est un sujet très important. On a vu l’été dernier des températures non tenables, et on sait que cela va s’aggraver. Il faut anticiper les canicules, dans les écoles ou pour les personnes âgées. Nous avons aussi un programme de décarbonation (voir plus haut le programme).
L’élan citoyen pour Fontenay ! lancera un plan d’isolation thermique des bâtiments publics (écoles, gymnases, équipements municipaux) afin de réduire durablement les dépenses énergiques et améliorer le confort des usagers. Ce plan sera construit avec l’aide d’un ingénieur thermicien. Les travaux seront réalisés en recherchant activement des subventions et des dispositifs de financement adaptés.
Le PCAET est un bon outil stratégique. La municipalité doit être exemplaire en réduisant ses propres émissions, notamment par l’isolation des bâtiments publics. Nous déploierons des mesures concrètes : passage aux LED, création d’îlots de fraîcheur dans les écoles et recherche d’efficacité énergétique partout où la ville a la main.
C’est l’une de nos priorités, comme expliqué plus haut. Au-delà de la géothermie, il y a le projet hydrogène de Vallée Sud Mobilités qui va permettre de décarboner les bus et les bennes à ordures.
Sceaux
C’est vrai. C’est une des missions des municipalités. Commençons par ne pas abattre nos arbres. Aujourd’hui, à Sceaux, les bâtiments publics, les écoles en particulier, sont de vraies passoires thermiques. La ville, actuellement, ne remplit pas son rôle. Je veux reprendre ce dossier.
Dans une mairie écologique, on ne peut pas avoir des bâtiments pollueurs. Mais c’est aussi vrai au niveau des nouvelles constructions qu’il faut concevoir en évitant la minéralisation et en végétalisant.
Une écologie responsable et mesurable : Nous soutenons les objectifs du PCAET de Vallée Sud Grand Paris, mais l’écologie doit être concrète et évaluée.
Nous avons prévu un plan pluriannuel de rénovation climatique des bâtiments publics avec des objectifs (réduction des GES, économies) que nous rendrons publics. Chaque euro investi devra générer des économies mesurables et des baisses de GES. Les projets et leurs résultats seront présentés en toute transparence, afin que chacun puisse en mesurer l’impact et s’en inspirer.
L’écologie ne doit pas être un label : elle doit produire des résultats et améliorer le quotidien de chacun.
Sceaux Bourg-la-Reine Habitat a déjà rénové thermiquement 58% de ses logements. On est très en avance. On s’appuie sur un système de financement grâce à l’écrêtement de taxes foncières que l’Etat compense (il n’est pas sûr que cela dure).
Concernant les écoles et les bâtiments municipaux, l’investissement coûte très cher (avec un temps de retour sur investissement qui peut aller jusqu’à 100 ans). Il n’est donc fait que dans le cadre d’une opération globale de rénovation, ainsi qu’il est prévu par exemple pour le gymnase du petit Chambord ou la rénovation de l’ensemble sportif des Clos-Saint-Marcel. A noter la grande réussite aussi de ce point de vue de la Halle, espace Sport et santé, des Blagis.
Nous devons être responsables. La transition écologique est nécessaire, mais elle doit être réaliste financièrement. Notre priorité sera d’optimiser l’existant avant d’engager des investissements très coûteux que la ville ne peut supporter aujourd’hui.
La politique gouvernementale conduit à réduire les moyens des outils existants : ceux du Fond Vert ou de Ma Prim’Rénov par exemple. La Ville doit donner l’exemple et accélérer le programme isolation de ce qui dépend d’elle. Elle peut aussi aider les particuliers qui le souhaitent.
Il n’y a pas que l’isolation, il y a aussi les pistes cyclables. Et sur les aménagements urbains (comme la place Charles de Gaulle), il faut être très exigeant sur les normes environnementales, intransigeant sur le cahier des charges pour les promoteurs.

