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D’où viendra notre électricité demain ?

RTE (le « gestionnaire » du réseau de transport électrique) a publié ce lundi 25 octobre le résultat de ses études prospectives sur les futurs électriques à l’horizon 2050. Elles s’inscrivent dans un cadre affiché : la neutralité carbone pour la France à cet horizon.

La question du 100% renouvelable

Parmi les 6 hypothèses envisagées (et déjà connues) figuraient 3 scénarios sans construction de nouveau réacteur nucléaire, dont un scénario 100 % renouvelable. Le 27 janvier 2021, une première étude avait montré qu’un scénario avec une très forte proportion de renouvelables était envisageable à condition de respecter strictement quatre objectifs techniques :

  • Assurer la stabilité du système (maintenir la fréquence de 50 Hz)
  • Assurer l’adéquation besoin/ressources grâce à d’importantes solutions de flexibilité (pilotage de la demande, stockage…)
  • Améliorer les prévisions de la production (à court terme)
  • Construire un réseau de transport électrique suffisant

Les énergies renouvelables en développement (éolien et solaire) se caractérisent en effet par une forte variabilité subie en fonction des conditions météorologiques. Cette variabilité est aujourd’hui compensée par les autres sources du mix, mais cela devient de plus en plus difficile si la part du renouvelable augmente. Il faut donc investir, en complément du renouvelable, et se doter de moyens pouvant faire face à cette difficulté.

La question était donc pour beaucoup d’observateurs : dans quelle mesure les coûts de ces compléments vont-ils affecter la rentabilité du renouvelable par rapport au nucléaire ? 

L’étude s’est faite autour de 6 scénarios :

  • M0 : 100 % renouvelables
  • M1 : solde de nucléaire du parc actuel (16 GW) et implantation diffuse des renouvelables
  • M3 : solde de nucléaire du parc actuel (16 GW) et grands parcs éoliens
  • N1 : nouveau nucléaire : 8 EPR en 2050
  • N2 : nouveau nucléaire : 14 EPR en 2050
  • NO3 : 50 % de nucléaire avec 14 EPR et prolongement + important du parc actuel

Principaux résultats

Le rapport complet fait 650 pages, et sa synthèse 64 : on ne reprendra ici que quelques résultats clés :

  • Forte baisse de la consommation d’énergie en parvenant à -40 % d’ici 2050 ET augmentation importante de la consommation électrique.
  • Nécessité à court terme (2030) d’investir fortement dans le renouvelable ET de prolonger les réacteurs nucléaires existants.
  • Pour 2050, les scénarios les plus économiques et réalistes conjuguent investissements importants dans le nucléaire, le renouvelable, le stockage, l’hydrogène, le réseau de transport français et les réseaux permettant d’exporter et importer l’électricité.

Évolution de la consommation

Sur les 1600 TWh d’énergie consommés annuellement en France aujourd’hui, seuls 460 TWh sont sous une forme électrique, produits de manière à peu près décarbonée. Les énergies fossiles sont nettement majoritaires.

Pour ramener les énergies fossiles à une part proche de zéro, le scénario de base conjugue une forte baisse de la consommation totale et une électrification de cette consommation. Par exemple par l’isolation des logements ou le passage à des voitures électriques.

(*) SNBC : Stratégie nationale bas carbone

Le court terme

La Gazette a expliqué récemment la nécessité de prendre des décisions pour le nucléaire. Il s’agit d’abord de poursuivre les opérations en cours pour prolonger les réacteurs actuels (grand carénage), mais aussi de lancer la construction d’une nouvelle génération. On notera que plusieurs candidats à la présidentielle ne veulent ni du prolongement du parc actuel, ni du lancement de nouveaux outils.

Mais prolonger le parc actuel ne suffit pas pour faire face aux besoins d’ici 2030, car :

  • Il est prévu de fermer rapidement les dernières centrales à charbon,
  • Les quatrièmes visites décennales par l’ASN correspondent à des arrêts longs (de l’ordre de 6 mois !) : elles vont diminuer la disponibilité du parc,
  • Les électrifications en cours, dans les transports notamment, vont augmenter les besoins).

Le contexte européen est aussi celui d’une fermeture progressive d’outils de production, augmentant le risque de défaut du système (black out) :

Même en lançant la construction de nouveaux EPR cette année, ils ne seront pas opérationnels en 2030. Dans une perspective d’augmentation des besoins, il faut donc installer de nouveaux renouvelables, en particulier réaliser les opérations déjà prévues. La solution alternative, installer des centrales à gaz, ne correspond pas vraiment à l’objectif de réduction des émissions de GES.

L’horizon 2050

Les solutions sans nouveaux équipements nucléaires se révèlent plus coûteuses et impliquent des paris technologiques lourds, pour respecter les quatre objectifs évoqués en début de cet article. Ils nécessitent un effort de R& conséquent et soutenu.

Les causes de ces surcoûts sont liées à la nécessité d’assurer la flexibilité du système : il faut raisonner en coût complet.

En conclusion, il faut à la fois la réduction forte de la consommation de fossiles ; le prolongement et le renouvèlement du parc nucléaire ; le développement des renouvelables.

Une telle conclusion ne satisfera ni les opposants au nucléaire, ni les opposants à l’éolien. Elle laisse des marges de manœuvre aux élus : par exemple, 40 % ou 60 % de nucléaire paraissent possible à l’horizon envisagé.  Cet horizon est lointain mais des décisions sont à prendre dès maintenant, avec un programme d’investissement important, ne serait-ce que pour répondre aux besoins attendus en 2025, 2030 et 2035

  1. François François 29 octobre 2021

    Il y a 2 autres enseignements majeurs avec cette étude très complète de RTE :

    1) Nous avons le choix ! Tous les scénarios sont faisables techniquement, avec les technologies actuelles et d’un coût du même ordre de grandeur. La différence est dans l’épaisseur du trait (18 milliards, c’est à peu près le surcoût de Flamanville).

    2) RTE dit qu’il serait très difficile pour EDF d’atteindre 50% de nucléaire en 2050 : il faudrait 14 nouveaux EPR + 4 GW de SMR (qui n’existent pas encore…) + prolonger certains réacteurs au delà de 60 ans.
    Qu’EDF arrive à les construire avant 2050 est loin d’être acquis (Les premiers EPR 2 ne seront pas construits avant 2040, voire 2043, à cause d’un problème sur le circuit primaire et l’IRSN oblige EDF à revoir leur conception)1.
    Par ailleurs, EDF reconnaît qu’il est impossible de dépasser 50% (hypothèse même pas testée…).

    RTE conclut qu’un tel système avec 50% de nucléaire et 50% ENR (Énergie Renouvelable) coûterait 18 milliards €/an moins cher qu’un système 100 % ENR (initialement, RTE n’avait même pas prévu d’étudier un scénario 100 % ENR, c’est Pompili qui l’a imposé)

    Mais l’Ademe disait, au contraire, que le 100% ENR coûterait 40 milliards de moins ??

    Qu’est ce qui peut expliquer ce résultat complètement opposé ?

    Le diable se cache dans les détails : pour arriver à ce résultat, il y a 2 postulats très incertains :

    1) que le prix du kWh des futurs EPR soit environ moitié moins cher que celui de Flamanville : 67 €/MWh au lieu de 110 à 120 € (d’après la cour des comptes)2.
    RTE compte à la fois sur l’expérience accumulée (le coût de Flamanville serait très cher car c’est une tête de série) et sur la simplification de l’EPR 2 (au détriment de la sécurité : pas de double enceinte, etc…).
    Or, ce n’est pas ce qu’on observe sur les EPR anglais : ce sont les 5e et 6e EPR construits, et là aussi, le budget dérape (EDF a déjà annoncé 2 fois une augmentation du budget) tout comme le calendrier, avec 3 ans de retard, pour l’instant.
    Le coût initialement prévu à 106 €/MWh sera donc revu à la hausse
    Avec un coût à 67 €/ MWh, RTE est donc hyper optimiste !
    Par ailleurs, dans le scenario N03, ce coût sera encore plus cher, à cause des SMR dont le coût devrait être de l’ordre du double des EPR : Small is Beautiful… but inefficient ! 3

    2) que les réacteurs nucléaires bénéficient, via des subventions publiques, des mêmes taux d’intérêt que les ENR pour être financés (3%, alors qu’aujourd’hui c’est plutôt 6 à 8%, d’ailleurs EDF a obtenu 7% à Hinkley Point)4.

    Or, ce taux dépend du risque des projets, et par exemple, il est plus élevé pour l’éolien offshore que l’éolien terrestre.
    Il faudrait donc trouver des investisseurs qui acceptent de financer un EPR très risqué (en termes de coûts, délais, risque d’accident, voire qui risque de ne jamais fonctionner comme en Finlande…) au même tarif que les ENR, qui, elles, sont sans aucun risque !?

    Par ailleurs, même avec ces hypothèses très favorables au nucléaire, 18 milliards pour se débarrasser du problème des déchets et du risque d’accident, c’est donné !
    L’IRSN chiffre entre 430 et 5 000 milliards un accident majeur, sur 1 seul réacteur (il y en a 58. Même à l’arrêt, les 2 réacteurs de Fessenheim peuvent encore subir un accident majeur, par exemple en cas d’attaque terroriste sur la piscine d’entreposage du combustible qui ne sera pas vidée avant plusieurs années).
    C’est comme si vous économisiez 1800 € d’assurance auto, mais au risque de payer 500 000 € par piéton écrasé en cas d’accident. Sans compter qu’au dernier contrôle technique, on vous a dit que vos disques de freins n’étaient pas conformes aux normes, que leur certificat avait été trafiqué par un fabricant peu scrupuleux et de plus, qu’ils étaient fissurés…
    Par ailleurs, si c’est l’Ademe qui a raison (elle estime que le 100% ENR couterait 39 milliards de moins)5, alors, on vous donnerait 3 900 € pour être assuré !

    Pour finir, d’après RTE, pour passer aux 100% ENR en 2050, il faudrait installer tous les ans 7 GW de solaire, 2 GW d’éolien terrestre et 2 GW d’éolien offshore, ce qui est massif et imposerait de faire plus que « les pays européens les plus dynamiques ».
    Les journalistes traduisent par « ce n’est pas possible, on ne peut pas se passer de nucléaire »
    Pourtant, les Italiens ont installé 10 GW de solaire en 2011, et nous, on n’arriverait pas à faire 7 GW ??
    Les Portugais ont installé 2,6 GW d’éolien en 2009 et les Allemands, 5 GW en 2017. Et nous on n’arriverait pas à 2 GW ?
    Les Allemands ont installé 2,3 GW d’éolien offshore en 2015, les Anglais prévoient d’installer 30 GW d’ici 2030, et nous on n’arriverait pas à 2 GW/an ?

    Est-ce que les compétences techniques et industrielles de la France sont si inférieures à celles du Portugal, de l’Italie, de l’Allemagne et du UK pour que nous, on n’y arrive pas ?

    C’est massif, mais si on le décide et qu’on met le paquet (notamment en réduisant les obstacles administratifs : la France est le dernier de la classe pour l’atteinte des objectifs ENR en Europe), on peut largement y arriver et les avantages seront énormes pour les générations futures.
    De plus, le budget ne sera pas multiplié par 6, c’est certain, et on n’a jamais vu une éolienne fabriquée avec 10 ans de retard (même si c’est beaucoup plus long en France qu’ailleurs).

    Installer 14 EPR + 4 GW de SMR, tout en rénovant les vieux réacteurs, c’est encore plus massif, et même si on met le paquet, on n’est pas sûr d’y arriver d’ici 2050, et encore moins sûr de respecter le budget. Le risque de black out est bien plus élevé que pour le 100% ENR.

    EDF n’a même pas été capable de respecter les injonctions de l’ASN post-Fukushima : en 2018, une seule centrale était équipée de pompes diesels d’ultime secours (en hauteur, non inondables) au lieu des 18 demandées par l’ASN, qui a dû manger son chapeau et donner plus de temps à EDF. Idem pour la salle de commande bunkerisée : aujourd’hui il n’en n’existe qu’une seule, à Flamanville, au lieu des 18 exigées !

    On veut nous faire croire que la France serait incapable de faire nettement moins que les Portugais, Italiens ou Allemands pour installer des panneaux solaires et des éoliennes, mais qu’EDF serait capable de faire à la fois le grand carénage, respecter les injonctions post Fukushima, construire 14 EPR et 4 GW de SMR (qui n’existent même pas) ?

    Le défaut majeur du nucléaire pour lutter contre le dérèglement climatique, c’est le TEMPS. Au mieux, les premiers nouveaux EPR 2 seront finis en 2040, C’EST BEAUCOUP TROP TARD.
    Donc 14 EPR en 2050, c’est de la science-fiction. Et si la construction des EPR prend 10 ans de retard comme à Flamanville, alors c’est catastrophique, et la France n’atteindra pas la neutralité en 2050.

    100 % ENR, c’est environ 30 000 éoliennes, soit moins d’une par commune, est-ce que c’est si grave ? Est-ce que ça ne vaut pas le coup pour éviter un Tchernobyl chez nous ?
    A la prochaine catastrophe nucléaire* dans le monde, tous les projets nucléaires seront abandonnés comme en 1986 et 2011. On se dira alors : comment a-t-on pu faire le choix de relancer le nucléaire ?
    * Je parierais pour la Chine : tous les ans, il y a une usine qui explose là-bas, même si l’état de décrépitude des systèmes de sécurité (rouillés et défaillants d’après l’ASN ou les propres documents internes d’EDF)6 des vieux réacteurs français peut me faire perdre mon pari.

    1 : https://www.irsn.fr/FR/expertise/avis/2021/Documents/mars/Avis-IRSN-2021-00049.pdf et https://www.usinenouvelle.com/article/pourquoi-les-reacteurs-nucleaires-epr-2-d-edf-couteront-plus-cher-et-arriveront-plus-tard-que-prevu.N1153832

    2 : https://www.ccomptes.fr/system/files/2020-07/20200709-synthese-filiere-EPR.pdf, page 12.
    3 : https://www.worldnuclearreport.org/-World-Nuclear-Industry-Status-Report-2021-.html
    4 : https://alaingrandjean.fr/2020/02/28/nucleaire-enr-electriques-termes-debat/ et https://librairie.ademe.fr/energies-renouvelables-reseaux-et-stockage/765-couts-des-energies-renouvelables-et-de-recuperation-en-france-9791029713644.html
    5 : https://www.actu-economie.com/2018/12/15/la-france-economiserait-pres-de-40-milliards-en-misant-sur-les-energies-renouvelables-selon-lademe/
    6 : https://journaldelenergie.com/nucleaire/diagnostic-alarmant-edf-diesels-secours-reacteurs/

  2. Jean-Claude Herrenschmidt Jean-Claude Herrenschmidt 3 novembre 2021

    30 000 éoliennes ? Fichtre !
    Au rythme de 1 000 par an, il nous faudrait 30 ans.
    La réalité est bien inférieure. Il est très difficile d’avoir des informations à jour sur le nombre d’éoliennes installées, leur puissance nominale, les parcs d’éoliennes en projet, la puissance raccordée, etc.
    Au rythme actuel, on peut raisonnablement penser qu’il faudrait sans doute plus de 60 ans pour arriver à ce résultat de 30 000.
    En supposant qu’on obtienne les données nécessaires à faire un calcul mieux que pifométrique rien ne permet de penser qu’un parc national de 36 000 éoliennes, (autant que de communes) puisse fournir l’énergie dont on aura besoin.
    Peut-être, en restant dans le même registre, pourrait-on aller voir du côté de l’énergie noire ou même de l’énergie du vide ?

  3. François François 4 novembre 2021

    1) il y en a déjà (16 GW en 2020)
    2) on peut aller plus vite que 1 000 par an, (et il vaut mieux si on ne veut pas de black out avant 2050)

    Une nation qui serait capable de construire 14 EPR + une dizaine de SMR en 29 ans devrait réussir à construire 15 000 éoliennes en 29 ans, non ? (Soit environ 500 par an sur une base de 3 à 4 MW par éolienne)

    Il en manque environ 60 GW d’après RTE pour passer aux 100% ENR

    Les Allemands ont installé 5 GW d’éoliennes en 2017. A ce rythme, il faudrait 12 ans, pas 60.

    Et si on met des Cypress de GE, (6 MW), il n’en faudrait que 10 000.

  4. François François 12 novembre 2021

    Ci dessous l’analyse détaillée et très instructive de Global Chance sur le rapport RTE :

    Les restitutions radiophoniques de la présentation des travaux de RTE à la presse le 25 Octobre contenaient, pour la plupart, deux contre-vérités fondamentales : a) la construction de nouveaux réacteurs EPR « est une obligation » pour atteindre la neutralité carbone, b) RTE « recommande » de construire ces nouveaux réacteurs EPR.

    Cette restitution biaisée porte d’abord atteinte au sérieux, à l’esprit d’ouverture et à l’intégrité des travaux menés par RTE pour éclairer les grands choix concernant l’avenir du système électrique à 2050 visant à atteindre la neutralité carbone à cette date. Même si on peut être en désaccord sur tel ou tel point de méthode, ou sur tel ou tel choix d’hypothèse, force est de reconnaître que, dans sa conférence de presse et dans les documents publiés, RTE expose de façon claire et convaincante les termes de ces choix, et ne prend jamais position sur ce qui serait préférable de faire ou qu’il conviendrait de « recommander ».

    Au-delà de la question spécifique de la construction de nouveaux EPR, l’étude menée par RTE aboutit à des résultats de première importance sur plusieurs sujets-clé de la neutralité carbone, mis en exergue dans le communiqué de presse et dans le rapport exécutif, mais curieusement absents des restitutions médiatiques.

    Face à cette inquiétante partialité, et pour aider les citoyens à se faire une plus juste opinion du contenu et des résultats de cette étude prospective de RTE, Global Chance se propose de délivrer une exégèse des 18 points saillants du communiqué de presse publié par RTE, dans l’ordre où ils sont proposés.

    Sur la consommation :

    RTE : « Agir sur la consommation grâce à l’efficacité énergétique, voire la sobriété est indispensable pour atteindre les objectifs climatiques ».

    GC : première conclusion de l’étude mise en avant par RTE, l’importance vitale de maîtriser la consommation, tant par les moyens techniques (efficacité énergétique), que par les moyens comportementaux (sobriété).

    RTE : « La consommation d’énergie va baisser mais celle d’électricité va augmenter pour se substituer aux énergies fossiles »

    GC : RTE reprend ici les conclusions de la SNBC (stratégie nationale bas carbone), à savoir que la consommation totale d’énergie devrait baisser de l’ordre de 50% d’ici 2050 si l’on veut atteindre la neutralité carbone, mais qu’en revanche celle d’électricité devrait augmenter. Si ces conclusions sont partagées très largement, l’ampleur de cette augmentation (de la consommation d’électricité) continue toutefois de faire débat, ce qui a amené RTE à explorer plusieurs variantes. On notera toutefois que les résultats présentés à ce stade par RTE sur les configurations des différents mix énergétiques associés aux 6 scénarios, ainsi que sur les coûts associés, sont tous appuyés sur la trajectoire de consommation électrique de référence de la SNBC, et seront nécessairement appelés à changer pour les autres trajectoires de consommation électrique.

    RTE : « Accélérer la ré-industrialisation du pays, en électrifiant les procédés, augmente la consommation d’électricité mais réduit l’empreinte carbone de la France »

    GC : Il existe aujourd’hui un large consensus sur deux points : la nécessité de réindustrialiser le pays, le fait qu’en moyenne les productions industrielles faites à l’étranger, surtout quand elles sont gourmandes en électricité, émettent plus de CO2 par unité de production qu’en France. En revanche, l’ampleur de l’impact de cette ré-industrialisation sur la consommation future d’électricité de l’industrie française et sur l’empreinte carbone de la France continue de faire débat, pour deux raisons : la nature des productions industrielles qui seront réinstallées en France, compte-tenu des énormes différences qu’on constate sur les intensités électriques (kWh / M€ de valeur ajoutée), l’évolution de mix électrique dans les autres pays producteurs. C’est également cette incertitude que RTE prend en compte dans ses variantes de consommation.

    Sur la transformation du mix :

    RTE : « Atteindre la neutralité carbone est impossible sans un développement significatif des énergies renouvelables »

    GC : seconde conclusion majeure de l’étude de RTE, le caractère absolument incontournable d’un fort développement des renouvelables pour la production d’électricité si l’on veut atteindre la neutralité carbone. Ce n’est pas une option mais une nécessité absolue, et c’est vrai autant de l’éolien que du solaire.

    RTE : « Se passer de nouveaux réacteurs nucléaires implique des rythmes de développement des énergies renouvelables plus rapides que ceux des pays européens les plus dynamiques »

    GC : troisième conclusion majeure de l’étude de RTE, on peut se passer de construire de nouveaux réacteurs nucléaires, mais en contrepartie, il faut développer les renouvelables pour la production d’électricité à un rythme encore non expérimenté jusqu’à ce jour en Europe. Le choix reste donc ouvert, mais implique de forts enjeux industriels du côté des renouvelables. Rappelons néanmoins que cette conclusion repose une hypothèse de croissance de la consommation d’électricité à hauteur de 645 TWh en 2050, et qu’elle sera probablement fortement tempérée dans la variante de croissance plus faible de la consommation (555 TWh). La suite des travaux de RTE sur les variantes de consommation devrait éclairer ce point.

    Sur l’économie :

    RTE : « Construire de nouveaux réacteurs nucléaires est pertinent du point de vue économique, a fortiori quand cela permet de conserver un parc d’une quarantaine de GW en 2050 (nucléaire existant et nouveau nucléaire) »

    GC : le constat de RTE s’appuie sur les données les plus récentes concernant le coût de production des différents équipements de production d’électricité. Si les coûts pour les renouvelables sont des coûts basés en grande partie sur des réalisations, ceux concernant les nouveaux réacteurs nucléaires (EPR notamment) sont des coûts « affichés », sans référence industrielle hormis l’EPR de Flamanville toujours pas opérationnel (et d’un coût 2 fois plus élevé selon la Cour des Comptes). Là encore, ce constat de RTE s’appuie sur la trajectoire centrale de consommation électrique. Il est à craindre qu’il soit fortement nuancé si la consommation électrique devait suivre la trajectoire de la variante basse. Il faut donc attendre la suite des travaux de RTE sur les variantes de consommation pour se prononcer définitivement sur ce point.

    RTE : « Les énergies renouvelables électriques sont devenues des solutions compétitives. Cela est d’autant plus marqué dans le cas de grands parcs solaires et éoliens à terre et en mer ».

    GC : autre conclusion majeure de l’étude RTE, la compétitivité générale des énergies renouvelables pour la production d’électricité.

    RTE : « Les moyens de pilotage dont le système a besoin pour garantir la sécurité d’approvisionnement, sont très différents selon les scénarios. Il y a un intérêt économique à accroître le pilotage de la consommation, à développer des interconnexions et du stockage hydraulique, ainsi qu’à installer des batteries pour accompagner le solaire. Au-delà, le besoin de construire de nouvelles centrales thermiques assises sur des stocks de gaz décarbonés (dont l’hydrogène) est important si la relance du nucléaire est minimale et il devient massif – donc coûteux – si l’on tend vers 100% renouvelables ».

    GC : ce résultat de RTE est important, mais doit être mis en perspective par rapport à deux déterminants des besoins de solutions de flexibilité, la consommation future d’électricité d’une part, le profil de déclassement du nucléaire existant de l’autre. Ce constat pose clairement la question de l’arbitrage entre maîtrise/pilotage de la demande d’électricité d’un côté, rythme d’investissement dans les solutions de flexibilité de l’autre. Un maintien de la consommation d’électricité à 555 TWh en 2050 avec une forte domination de renouvelables pourrait ainsi conduire à un coût global voisin de celui qu’a calculé RTE pour une consommation de 645 TWh avec une place importante du nucléaire. Il faut attendre les résultats complémentaires de RTE sur les variantes pour trancher sur ce point.

    RTE : « Dans tous les scénarios, les réseaux électriques doivent être rapidement redimensionnés pour rendre possible la transition énergétique »

    GC : ce constat de RTE est largement partagé. Pour autant, l’importance que prendront les sous-systèmes électriques décentralisés basés sur les renouvelables diffus sera susceptible de modérer le besoin de redimensionnement du réseau de transport d’électricité, et donc le coût associé. Et bien sûr, le besoin de redimensionnement sera déterminé en partie par la trajectoire de consommation (en volume et en structure), comme devrait le montrer la suite des travaux de RTE sur les variantes de consommation.

    Sur la technologie :

    RTE : « Créer un « système hydrogène bas-carbone » performant est un atout pour décarboner certains secteurs difficiles à électrifier, et une nécessité dans les scénarios à très fort développement en renouvelables pour stocker l’énergie »

    GC : RTE insiste sur l’existence d’un lien spécifique entre hydrogène et fort développement des renouvelables, compte-tenu des besoins de flexibilité d’un système électrique très largement dominé par les renouvelables. Pour d’autres configurations du mix électrique, RTE considère la disponibilité d’hydrogène décarboné comme un atout pour les secteurs difficiles à électrifier, mais pas comme une nécessité.

    RTE : « Les scénarios à très hautes parts d’énergies renouvelables, ou celui nécessitant la prolongation des réacteurs nucléaires existants au-delà de 60 ans, impliquent des paris technologiques lourds pour être au rendez-vous de la neutralité carbone en 2050 »

    GC : les « paris technologiques lourds » qu’évoque RTE sont incontestables, mais ne s’arrêtent pas aux renouvelables et au nucléaire existant. Les problèmes de sûreté de certains réacteurs existants au-delà de 40 ans, l’EPR2, les SMR, en font également partie. Plus généralement, comme RTE l’a rappelé en introduction à la présentation de ses travaux, atteindre la neutralité carbone en 2050 est un immense défi, tant sur le plan technologique, qu’économique, organisationnel, comportemental et sociétal.

    RTE : « La transformation du système électrique doit intégrer dès à présent les conséquences probables du changement climatique, notamment sur les ressources en eau, les vagues de chaleur ou les régimes de vent »

    GC : il s’agit bien d’un point crucial, notamment pour les centrales thermoélectriques de toutes natures, nucléaires ou non, très vulnérables au changement climatique pour leur refroidissement et leurs rejets de chaleur et de vapeur d’eau dans l’environnement. Plus la puissance unitaire est importante (le cas de l’EPR, 1650 MW par exemple), plus le problème devient préoccupant.

    Sur l’espace et l’environnement :

    RTE : « Le développement des énergies renouvelables soulève un enjeu d’occupation de l’espace et de limitation des usages. Il peut s’intensifier sans exercer de pression excessive sur l’artificialisation des sols, mais doit se poursuivre dans chaque territoire en s’attachant à la préservation du cadre de vie »

    GC : autre conclusion très importante de RTE, dans tous les cas de figure le développement des énergies renouvelables n’entraîne pas de problème majeur quant à l’artificialisation des sols, mais doit concerner tous les territoires en respectant la préservation du cadre de vie. Autrement dit, il n’y a pas de risque environnemental significatif eu égard à l’occupation des sols, mais une nécessité d’un accompagnement et d’une appropriation démocratique au niveau des territoires(sous-entendu en remplacement du discours « not in my backyard »).

    RTE : « Même en intégrant le bilan carbone complet des infrastructures sur l’ensemble de leur cycle de vie, l’électricité en France restera très largement décarbonée et contribuera fortement à l’atteinte de la neutralité carbone en se substituant aux énergies fossiles »

    GC : merci à RTE d’avoir mis ce point en avant ! Voilà qui devrait clore les polémiques stériles sur le coût en gaz à effet de serre des énergies renouvelables versus nucléaire sur leur cycle de vie.

    RTE : « L’économie de la transition énergétique peut générer des tensions sur l’approvisionnement en ressources minérales, particulièrement pour certains métaux, qu’il sera nécessaire d’anticiper »

    GC : il s’agit probablement là d’un des grands défis auxquels on pourrait avoir à faire face, et où les défis technologiques pourraient être importants. Le nouveau scénario de négaWATT, qui traite la question des besoins en matériaux impliqués par la transition énergétique (negaMAT) donne un premier éclairage approfondi de cette question.

    Généraux :

    RTE : « Pour 2050, le système électrique de la neutralité carbone peut être atteint à un coût maîtrisable pour la France »

    GC : cette conclusion est essentielle pour la tenue d’un débat démocratique sain sur les options stratégiques pour faire face à la neutralité carbone. Il tord en effet le cou aux déclarations répétées de nombreux lobbyistes quant au coût soi-disant exorbitant d’un recours massif aux renouvelables. On pourrait rajouter, en anticipant un peu sur la suite des travaux de RTE sur les variantes de consommation, parce que c’est une évidence, que ce coût sera d’autant plus maîtrisé que l’on maîtrisera la consommation d’électricité.

    RTE : « Pour 2030 : développer les énergies renouvelables matures le plus rapidement possible et prolonger les réacteurs nucléaires existants dans une logique de maximisation de la production bas-carbone augmente les chances d’atteindre la cible du nouveau paquet européen « -55% net »

    GC :RTE aurait dû rajouter « sous réserve du respect des conditions de sureté quant à la prolongation des réacteurs nucléaires existants »…

    RTE : « Quel que soit le scénario choisi, il y a urgence à se mobiliser »

    GC : bien d’accord pour ce rappel nécessaire !

    https://global-chance.org/Futurs-energetiques-2050-le-grand-ecart-entre-la-synthese-de-RTE-et-la-restitution-mediatique-immediate

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