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Forum de prévention sur la santé mentale à Bourg-la-Reine

Jeudi 28 mai 2026, la ville de Bourg-la-Reine a organisé, à la demande du conseil des jeunes citoyens, un forum de prévention sur la santé mentale. Au programme : 6 interventions d’experts du domaine et 6 tables rondes animées par des intervenants sociaux et des professionnels de la santé mentale.

Déroulement

La séance a été introduite par Enora Caze, du conseil des jeunes citoyens de Bourg-la-Reine. Elle a expliqué que ce forum avait lieu à la demande de ce conseil qui s’inquiète pour les jeunes de la ville. Pour elle, tous les jeunes sont concernés, dans une société où on leur demande d’être hyper-performants. Elle a remercié le service jeunesse de la mairie, organisatrices du forum, puis présenté les intervenants

Six personnes ont été invitées à la tribune pour aborder en 7 minutes chacun un sous thème du thème général : la phobie scolaire (Céline Moreau), la vie sociale et le mal-être (Jean-Paul Metton), l’addiction aux écrans (Céline Verne), Barthélémy Bourdon (le corps et l’obésité), Lætitia Gibert (l’anxiété) et Aziz Essadek (la dépression).

Il y a eu 6 tables rondes : Se présenter à l’adolescence (Florence Bendaher), Être accompagné quand cela ne va pas (Bénédicte Bibrac), Harcèlements, violences, t’es pas obligé(e) de subir (Marie-Laure De Blic), Accompagnement spécialisé (Colysée), Être écoutée et protégé : le rôle du commissariat (Miria Ulisse), Ambassadeurs santé mentale (Fondation Fairet).

Après un mot de remerciement d’Enora Caze, la conclusion a été apportée par les élues : Lise Le Jean et Caroline Poussier.

Impressions

Le professionnel des intervenants est vite évident. Pour la plupart, ce sont des acteurs locaux, qui agissent à Bourg-la-Reine, Anthony, Sceaux… Preuve que le problème abordé n’est pas marginal (voir le dernier chapitre), qu’il ne se réduit pas à l’existence de la clinique Dupré à Sceaux.

Naturellement, les interventions tournent autour de trois questions : de quoi parle-t-on ? Pourquoi ? Que peut-on faire ?

Sous le titre santé mentale, les thèmes sont divers. Au-delà de mots déjà entendus (harcèlement, dépression, scarification…) une expression revient souvent et surprend : anxiété scolaire.

On observe une montée de l’anxiété scolaire chez certains jeunes, qui conduit à des stratégies d’évitement.

Pourquoi ?

Les causes (harcèlement, violences intrafamiliales, troubles divers non diagnostiqués) sont diverses : chacun a son histoire. 30% des jeunes ne vivent pas avec leurs deux parents.

Des remarques sur les écrans, les réseaux sociaux et le manque de sommeil rejoignent une des remarques que l’on trouve dans le rapport de l’enquête EnClass 2024 :

Ces évolutions s’inscrivent dans un contexte de pressions et changements multiples pesant sur les adolescents. De récents rapports sur la santé des jeunes évoquent notamment des changements dans les habitudes de vie (augmentation du temps d’écran, diminution de l’activité physique et du temps de sommeil), l’intensification de la pression scolaire (stress lié aux études et aux incertitudes face à l’avenir professionnel), l’exposition précoce et excessive aux écrans et aux réseaux sociaux. À ce titre, les usages numériques favoriseraient notamment les comparaisons sociales, la pression normative (image corporelle, popularité, performance) et le cyberharcèlement.

Que peut-on faire ?

Écouter. Un maitre-mot pour les intervenants. Mais s’il y a des interventions qui ont lieu à temps, c’est aussi parce que des personnes dans l’entourage (parents, enseignants, copains…) ont su être attentifs à des petits signes.

Les signaux d’alerte sont d’abord somatiques (mal au ventre, nausées…). Puis ce sont les changements de comportements : fuite en avant dans les écrans, ou investissement massif dans la performance. Puis viennent les retards et les absences.

Une intervenante qui évoque l’addiction aux jeux vidéo, et plus généralement aux écrans, précise : une heure maximale par jour pour les jeux, pas de portable avant 13 ans, pas de réseaux sociaux avant 15 ans.

Psychologue au commissariat

Parmi les animatrices de table ronde figurait Miria Ulisse, psychologue clinicienne au commissariat d’Antony. L’occasion d’apprendre qu’elle travaille à plein temps pour 6 commissariats (Antony, Bagneux, Châtenay-Malabry, Clamart, Montrouge et Vanves) soit un peu plus loin que le territoire de VSGP. Ce poste de psychologue, à l’écoute des victimes, existe dans toute la France. Elle travaille aussi avec intervenants sociaux et des juristes d’associations d’aides aux victimes.

Médiatrice au collège

Autre animatrice de table ronde, Bénédicte Bibrac, médiatrice éducative au collège Évariste Gallois de Bourg-la-Reine. Son rôle au sein du collège : l’écoute. C’est le département des Hauts-de-Seine qui a permis qu’il y ait un médiateur ou une médiatrice par collège.

Elle a un bureau où elle accueille ceux qui veulent. En début d’année, elle passe dans toutes les classes (surtout les 6e pour se présenter. Elle prévient que si elle observe un danger pour le jeune, elle est obligée d’alerter.

Il s’agit de créer un climat de confiance, sans jugement. Ils parlent de tout. Le bouche-à-oreille entre collégiens fait qu’ils viennent. Parfois, ce sont des jeunes qui viennent alerter pour un copain. Les raisons sont très diverses : stress à la performance, des parents qui ont peur pour leurs enfants. Après le Covid beaucoup de jeunes sont venus la voir ou sont passés à l’acte (scarification…).

Il faut croire en eux : l’enfant le sent tout de suite et s’il ne le ressent pas, il ne reviendra pas.

Après l’écoute vient le soutien et/ ou l’orientation : vers l’infirmerie, l’assistante sociale ou Cécile Moreau, psychologue présente au collège deux matins par semaine. Elle a mis en place des partenariats, par exemple avec l’association Colysée pour travailler sur les émotions.

Qui est touché ?

Si le conseil des jeunes citoyens a demandé l’organisation de ce forum, c’est probablement que la question touche des jeunes autour d’eux. Mais quelle part de la jeunesse ? La question a semblé suffisamment importante pour que Santé Publique France mène régulièrement des enquêtes. La dernière, menée en 2024, a donné lieu à une publication le 2 juin 2026, quelques jours après le forum.

Il y a deux ans, la Gazette avait publié un article sur le sujet, qui s’appuyait notamment sur l’étude EnClass menée en 2022. Celle-ci montrait une nette dégradation, entre 2018 et 2022, de la situation de santé mentale chez les jeunes, en particulier sur la prévalence suicidaire chez les jeunes de 18 à 25 ans. L’article de la Gazette concluait :

« A la lecture de l’étude de SPF, on peut dire qu’il y a un problème réel, engendrant au moins, chez une minorité de jeunes, des décrochages scolaires et parfois pires. Un problème qui est mieux pris en compte qu’avant, ce qui est une bonne chose. Il a manifestement empiré en 2021 et 2022. Va-t-il refluer avec la fin des confinements ? On se gardera de conclure sur ce point ! »

On l’a compris, toute la question était de savoir si la détérioration entre 2018 et 2022 était liée au Covid ou plus profonde. La conclusion de l’enquête 2024, parue le 2 juin, ne tranche pas :

« Entre 2022 et 2024, la santé mentale des élèves suit une évolution contrastée. Après une dégradation marquée de l’ensemble des indicateurs entre 2018 et 2022, certains montrent une amélioration, tandis que d’autres confirment leur tendance à la baisse. »

Avant de regarder le détail, il faut noter que la tendance générale est que les collégiens vont mieux que les lycéens et les garçons mieux que les filles.

Des indicateurs à suivre

Parmi les indicateurs qui s’améliorent : la proportion d’élèves de collège et de lycée ayant un bon niveau de bien-être mental, mesuré pour la première fois en 2022. Elle augmente nettement pour tous, collégiens et lycéens, garçons et filles. Elle est plus faible au lycée qu’au collège, chez les filles que chez les garçons. Elle est passée de 40% à 54% pour les lycéennes. La proportion des jeunes qui déclarent un sentiment de solitude diminue nettement pour tous. On fera facilement un lien avec la fin des confinements. La proportion de lycéens déclarant des pensées suicidaires est en baisse et retrouve le niveau de 2018. Mais les tentatives de suicide augmentent.

Parmi les indicateurs qui continuent à se dégrader : la proportion d’élèves de collège et de lycée percevant leur santé comme « bonne » ou « excellente », baisse (surtout chez les filles) ; la proportion d’élèves de collège et de lycée ayant une perception positive de leur vie (nette baisse pour les lycéens, stable pour les autres) ; la proportion d’élèves de lycée ayant un risque important de dépression augmente chez les garçons (de 8% en 2022 à 11,7% en 2024) et chez les filles (de 22,7% à 25,7%).

On retiendra que si les collégiens et lycéens ayant des problèmes qu’on rangera dans la catégorie « santé mentale » sont minoritaires, cette minorité est suffisamment importante pour qu’on s’en préoccupe. Deux tiers des lycéennes ont une perception positive de leur vie : qu’en est-il du tiers restant ?

A lire sur la Gazette :

Clinique FSEF Sceaux (anciennement Dupré)

Santé mentale des jeunes

Sceaux : quand des jeunes s’engagent contre le harcèlement scolaire

Harcèlement scolaire

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