Le Collectif Quatre Ailes a mis en scène pour les tout-petits, une adaptation de l’album de bande dessinée de Claude Ponti « Les mille secrets de poussins ». Le spectacle est passé récemment au théâtre Firmin Gémier avec le succès que l’on sait. La troupe devrait revenir bientôt. Une occasion de faire le point sur son histoire et ses projets avec Michael Dusautoy, le metteur en scène.
Pierre Bozzonne. Comment s’est faite la rencontre entre Damien, Anabelle et vous-même ?
Michael Dusautoy. On s’est rencontré avec Damien à Paris sur un projet de spectacle où nous étions comédiens et on a fondé ensemble le Collectif. Annabelle que je connaissais quand j’étais étudiant nous a vite rejoints.
L’idée de créer un collectif est venue rapidement ?
Oui, très rapidement, on a eu envie de créer ce collectif et développer nos idées sous forme de projets artistiques. On voulait créer un espace où l’on puisse exprimer « le théâtre » qui nous intéressait, qui nous ressemble.
Le Collectif Quatre Ailes travaille beaucoup autour de l’imaginaire et du voyage initiatique : cherchez-vous à transmettre un message précis ou à laisser le spectateur construire sa propre interprétation ?
Je ne souhaite pas, à la base, imposer un message précis. Je ne défends pas ce genre de théâtre. C’est au spectateur de construire avec son imaginaire. En revanche, on a à cœur d’exprimer aux spectateurs combien l’imaginaire reste essentiel et combien la poésie est précieuse. On met en avant dans nos spectacles l’idée suivante : « Nourrissez-vous de poésie, d’imaginaire. Cela vous aidera à vous sentir mieux, à traverser les épreuves de la vie, à voir le monde différemment ».
Vos créations s’adressent souvent au jeune public tout en restant accessibles aux adultes : comment parvenez-vous à créer ce double niveau de lecture sans simplifier le propos ?
L’adaptation est d’abord portée par le ou les comédiens sur scène. Ce sont des adultes qui racontent une histoire à des d’enfants. Dans cette démarche naît la possibilité d’un transfert qui ramène l’adulte à sa propre enfance.
Vous adaptez souvent des œuvres littéraires très différentes (de Claude Ponti à Haruki Murakami). Qu’est-ce qui vous guide dans le choix des textes à porter à la scène ?
Avant tout, des coups de cœur. L’envie de partager avec les spectateurs, le plaisir, les émotions qu’on a eus à la lecture du texte.
Comment s’organise la création à plusieurs sans perdre une cohérence artistique ?
On reste très cohérent ! Ce sont nos échanges qui nous permettent d’avancer et de progresser. A trois, on dépasse les idées premières et on va beaucoup plus loin dans l’imaginaire.
Comment avez-vous abordé l’adaptation scénique d’un univers aussi foisonnant et visuel que celui de Claude Ponti ?
On s’est posé la question de l’adaptation possible du fait que « Les Mille secrets des poussins » ne repose pas fondamentalement sur une histoire. On a transposé l’album dans un espace où un narrateur réalise une lecture aux enfants. Il découvre, en commençant sa lecture que tous les poussins sont sortis du livre en emportant avec eux, tous les mots, toutes les phrases du livre. Il est alors contraint de réinventer, d’improviser l’histoire qu’il devait conter. C’est le pas de côté qu’on a fait, pour théâtraliser le cadre, tout en restant fidèle à la trame de l’album.
Claude Ponti vous a-t-il conseillé, a-t-il eu un regard par rapport à votre mise en scène
Pas du tout. Il n‘est jamais intervenu. Il nous a fait confiance en nous cédant les droits. Sur les réseaux sociaux, ils nous encouragent en toute indépendance, avec bienveillance.
Qu’est-ce qui vous a plu dans l’univers de Ponti et de ses poussins ?
Sa liberté. Les propos qu’il apporte tout au long de son album. Son côté irrévérencieux. C’est foisonnant et drôle en même temps. Délirant dans le bon sens du terme. Cela m’a tout de suite plu. Cette métaphore pour parler de l’enfance. C’est génial. Ça m’a beaucoup touché.
Comment avez-vous travaillé le rythme du spectacle pour capter l’attention des tout-petits sans jamais les perdre en route ?
L’idée est de conserver un certain rythme. Un temps assez court pour chaque scène, mais suffisant long pour ne pas être dans le « zapping ». Toujours en créant un évènement qui va solliciter l’attention des enfants. Les textes sont courts, très brefs. Il faut conserver une certaine efficacité, éviter le contemplatif pour ramener l’enfant dans la représentation immédiate, par le jeu visuel, par le son, par les mots par tout ce qui se passe sur scène. Je pense qu’on y est arrivé.
Quels ont été les plus grands défis techniques pour faire surgir cet univers onirique sur scène ?
La question première était la représentation des poussins sur scène. On a choisi des animations à partir des dessins de Claude Ponti. Les images circulent dans des écrans qui sont dissimulés à l’intérieur d’une bibliothèque, de livres, d’un cube, etc.
On a créé un dispositif qui permet, comme le feraient des marionnettes numériques, de surgir à plein d’endroits différents. Chaque objet dans lequel est dissimulé un écran fonctionne comme un petit castelet dans lequel il va se passer des choses, avec des poussins qui passent d’un écran à l’autre de façon très dynamique.
Comment les comédiens se sont-ils approprié l’énergie très singulière des poussins, entre naïveté, humour et philosophie ?

Damien, qui porte le spectacle à cette chose en lui. Il a une vraie fantaisie, une vraie candeur et une part d’enfance en lui qui aide à s’approprier cette énergie. Il y a vraiment une justesse, dans son approche de jeu.
Le spectacle laisse-t-il une place à l’improvisation ?
On est toujours obligé d’improviser dans la mesure où chaque représentation est différente. Avec des enfants qui ont en moyenne trois ans, ce n’est jamais la même chose selon l’endroit où vous passez, le climat n’est jamais le même. Damien adapte son jeu tout en conservant une conduite sur le fil de la représentation pour rester en phase avec la régie notamment. Mais il conserve une liberté, sur le rythme, sur la façon dont il va aborder chaque spectacle.
Quelle importance accordez-vous au son et à la musique pour accompagner l’imaginaire des enfants ?
Pour le son, ce sont des bruitages qui accompagnent les images pour leur donner du crédit (des petits bruits pour les entendre marcher ou rire). La musique, quant à elle participe pleinement à l’histoire, créée des atmosphères différentes, colore et sculpte l’espace pour offrir une ambiance lumineuse ou plus sombre.
Si le spectacle devait évoluer dans le temps, qu’aimeriez-vous y ajouter ou transformer ?
Au bout de plus de six cents représentations, la question ne se pose plus. Elle s’est très certainement posée au début, aux premières représentations, mais je pense qu’actuellement, il est très abouti. On l’a amélioré au début, mais on en est à présent, très satisfait.
Des projets pour la suite ?
L’année prochaine, il est prévu une tournée en Île-de-France toujours accompagnée par l’univers de Claude Ponti. Nous proposons une seconde adaptation : Okilélé qui sera joué sur les grandes scènes théâtrales.

