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Tiwayo, l’Outsider : dans l’âme du blues et de la soul américaine

Tiwayo, est l’acronyme de T.Y.O., The Young Oldman, sûrement pour souligner une voix écorchée et à vif. Celle d’un jeune homme qui a ramené dans ses bagages, les sonorités soul, blues et folk du sud des Etats-Unis, où il décide un jour de s’installer pour mener une expérience artistique singulière. Là-bas, il a volé l’âme des vieux crooners, chanteurs de folk et de gospel. Il sera en concert au Pédiluve de Châtenay-Malabry le 7 mai au soir pour un concert unique.

En s’immergeant dans les lieux emblématiques du blues et de la soul, il ne s’est pas contenté d’étudier cette musique, il l’a vécue.

Plutôt que de suivre la tendance ou des productions très formatées, Tiwayo se concentre sur sa voix et des instruments live. En somme, les États-Unis lui ont apporté une forme de légitimité artistique. Sur ses albums comme sur la scène, il ne cherche pas à imiter, mais restitue une vérité émotionnelle qu’il a partagée avec les artistes locaux.

Pierre Bozzonne. Un matin vous décidez de quitter Paris pour l’aventure américaine. Vous débarquez dans le sud profond des États-Unis. Est-ce que vous vous rappelez les motivations qui étaient les vôtres à cette époque ?

Tiwayo. J’y allais depuis un petit moment. J’avais déjà enregistré mon premier album en Géorgie, où là c’était vraiment le sud, vraiment le vieux sud. C’était un voyage initiatique. La route du blues et de la soul. Pour cet album, il y a eu notamment cette rencontre avec le producteur Adrien Kessala. Il est d’Austin, au Texas. Pour cet album, je cherchais je voulais m’entourer des meilleurs. Donc je l’ai contacté avec mes démos.

Ma question portait sur votre « toute première fois ». Lorsque vous débarquez aux États-Unis. Qu’est-ce qui a motivé ce road trip ? Vous souvenez-vous des motivations que vous aviez à l’époque ?

Mon père était un fan de blues, de jazz et de soul. J’ai commencé à faire de la musique à 16 ans. Je suis très vite tombé amoureux de ces musiques-là. J’ai eu envie d’aller plus loin dans ma relation avec ces sons. Ce sont des musiques très marquées culturellement et sociologiquement.

Vous êtes installé là-bas avec un sac à dos, comment ça s’est passé ?

C’était un voyage qui a duré un mois et demi. Je bougeais de ville en ville. Je restais environ une petite semaine dans chacune d’elle. J’avais un ami basé à New York, la première ville où j’ai passé une semaine. Ensuite je suis parti pour Chicago. A l’époque je tenais un site (qui a dû disparaître maintenant) qui traitait du Couchsurfing. Donc littéralement, on allait dormir chez l’habitant. Des inconnus qui acceptaient de nous accueillir pour une nuit. J’ai traversé le pays en bus. Ces fameux Greyhound bus qui sont des institutions là-bas. Ils sillonnent tout le pays pour quelques dollars. Je n’avais pas les moyens de voyager autrement. Et je me suis posé à Memphis, puis à la Nouvelle-Orléans ensuite.

Vous aviez quel âge à l’époque ?

21 ans.

Votre musique est très ancrée dans la soul américaine, comment trouvez-vous votre équilibre entre ces héritages musicaux et votre identité personnelle ?

C’est tout un parcours. Disons que j’avais vraiment une forte attraction pour le côté authentique de cette musique. Mais n’étant pas né aux Etats-Unis, ni dans le vieux Sud, c’était toujours une relation un petit peu particulière au moment de me l’approprier. J’ai donc fait des choix artistiques. J’ai assumé l’idée que cette musique faisait partie de moi, de mon histoire. C’était aussi l’histoire culturelle de mes parents. J’avais grandi dans cet univers. Je pense même que cette position d’outsider m’apporte quelque chose d’intéressant.

Crédit Tiwayo

Etes-vous quelqu’un qui cherchez à faire évoluer cette musique, ou êtes-vous gardien de la tradition ? Le magazine Rolling Stone France a commenté votre démarche en disant que vous réintroduisiez les éléments classiques de la soul dans un contexte moderne.

C’est toujours intéressant cette réflexion autour des termes modernes, roots, traditionnels. Pour moi, le tout est très lié. Pour prendre le problème sous un autre angle, quand les artistes d’une certaine époque font cette musique, elle est par définition moderne. Cette musique fait partie de mon époque, une époque dans laquelle je vis.

Cette voix que vous avez, est-ce que c’est quelque chose que vous travaillez consciemment ?

J’ai toujours eu un timbre de voix un peu spécial. Elle s’est développée quand j’étais ado. J’ai mis des années à la travailler, de concert en concert, de voyage en voyage, de rencontre en rencontre. Je n’ai pas fait de grandes écoles. J’ai un parcours pas très scolaire, voire pas du tout en ce qui concerne l’apprentissage de la musique. J’ai appris sur le tas et après, en fonction des albums, j’ai beaucoup expérimenté ma voix. Je pense qu’aujourd’hui j’ai trouvé mon timbre. Sur ce dernier album Outsider, j’ai réalisé un travail de fond. J’ai trouvé mes tonalités pour parvenir à mieux aussi exprimer mes émotions dans mes textes.

Quelle place laissez-vous à l’improvisation dans le processus créatif sur scène ?

Bah il y a toujours une part d’improvisation. Chaque concert est différent. Ces derniers temps, je m’amuse à changer la flat list. Du coup, il y a toujours une part d’improvisation. L’improvisation, c’est aussi une réaction en fonction du public. Bien sûr il y a de la place aussi pour de l’improvisation musicale avec mes musiciens et dans mes moments de solo. L’improvisation, c’est aussi savoir s’adapter au public. Sur scène, elle se construit en complicité avec ceux qui m’accompagnent et se prolonge naturellement dans mes solos.

Vous avez débuté dans le métro, qu’est-ce que cette expérience vous a appris, que les grandes scènes ne vous apprennent pas justement ?

J’en conserve le souvenir d’un exercice assez difficile mais intéressant. A l’époque, ça m’avait permis de trouver ma voix, mon timbre. C’étaient les premières fois que je chantais. Parce chez soi, on n’ose pas forcément se lâcher entre les quatre murs de son petit appartement de banlieue. Et du coup-là, j’y allais à fond. C’est un peu gros à dire comme ça, mais quand même, ça m’a permis de sortir ma voix, d’expérimenter vocalement.

Quels sont les artistes qui vous ont influencé ?

Le son qui me marque le plus et dans lequel je me sens le plus proche, c’est la soul du sud des États-Unis. C’est un son assez spécial dans la grande famille de la soul avec beaucoup d’artistes de la fin des années 60 et du début des années 70. Je les écoute toujours: Otis Redding, mais aussi des artistes comme Al Green. Il y a plusieurs studios à Memphis où il y a vraiment des grands chanteurs de blues.

Vous évoquez les studios. Il existe vraiment des signatures musicales particulières qui seraient liées au studio d’enregistrement ?

Absolument, c’est extrêmement marqué. Marqué dans l’histoire même de la musique américaine. C’est très géolocalisé. Chaque studio a son identité propre. Constitué par les musiciens qui lui sont affiliés, le matériel et le producteur du studio. Ça contribue énormément à la signature des albums.

Vous enregistrez aux États-Unis ou plutôt en France ?

J’ai fait mes démos ici, dans mon home studio, en France et ensuite on réenregistre la musique là-bas. Ça s’est passé comme cela avec mon dernier album Outsider. J’ai beaucoup travaillé en amont. Seul. D’abord à créer les compositions, les arrangements. Ensuite, j’ai ramené ma matière là-bas. C’est vraiment l’idée en fait : la musique est réinterprétée. On enregistre en live au studio. Et je pense que cet album est vraiment l’album le plus abouti, notamment grâce à la qualité de l’équipe sur place. Les musiciens, ce sont eux en fait qui ont bâti la couleur de cet album.

Qu’est-ce qui a changé dans la façon de créer avec ce dernier album ?

Quelque chose de l’ordre du collectif. Je ne veux plus du tout travailler autrement. J’ai réalisé que la soul et le blues sont vraiment des espaces où s’exprime le mieux l’idée du collectif. La création collective. Historiquement, c’était comme ça aussi, c’est à dire dans les grands studios comme Stax, il y avait des chanteurs qui venaient avec leur signature vocale, entourés d’une équipe backstage apportant un véritable travail d’orchestration.

Parce que jusqu’à présent, vous bossiez en solo ?

Plus ou moins. Pour mon premier album, j’avais réalisé des démos que j’étais allé enregistrer en studio aux États-Unis. Mon deuxième album était différent : c’était l’album du Covid. Je l’avais réalisé entièrement dans mon studio avec très peu de moyens. Il n’avait presque pas vocation d’être interprété sur scène, c’était un concept album.

Est-ce qu’il y a dans Outsider un morceau dont vous êtes particulièrement fier et si oui pourquoi?

Non, mais j’ai bien sûr quelques favoris : Daddy Was Born with the Blues est le morceau que j’ai écrit pour mon père qui évoque un peu sa vie. C’est l’homme qui m’a fait découvrir cette musique. De plus, pour ce morceau, j’ai eu le guitariste qui accompagne Éric Clapton depuis des années. Il habite à Austin, la ville des grands guitaristes du blues.

Crédit Tiwayo

Quel regard portez-vous sur la scène actuelle soul française ?

Elle existe, elle est présente, elle est super. Elle se réinvente tout le temps.

J’ai l’impression que vous n’avez pas trop de concurrence ici.

Proche du registre du type de soul ? Bien sûr que si! Il y a Ben l’Oncle Soul qui continue de faire des albums régulièrement qui sont toujours super qualitatifs. Il y a un groupe que j’apprécie beaucoup : Malted Milk. Un groupe breton. Ils existent depuis des années. Mais je ne me suis jamais trop focussé sur le la scène française et j’ai plutôt toujours lorgné vers la scène américaine ou anglo-saxonne.

Quel risque artistique vous n’avez pas encore osé prendre et que vous aimeriez explorer ?

Franchement, pour être honnête, je trouve que des risques artistiques, on en prend tout le temps. En fait, c’est à chaque fois un challenge de monter sur scène.

Peut-être une plus grande scène ?

Ça pourrait être énorme en effet. Il m’est arrivé de faire de grosses premières parties dans des Zénith. Mais j’avoue que j’aime bien les petites salles.

Qu’est-ce que signifie pour vous être outsider aujourd’hui ? Pourquoi ce titre de cet album ?

J’avais deux ou trois idées de titres. Je les ai proposées à Adrian, mon producteur. On a tous les deux flashé sur ce nom. Outsider, c’est aussi le titre d’un livre écrit dans les années 50, écrit autour de la vie d’un musicien de jazz dont le nom de scène était Outsider et qui vivait en marge de la société.

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