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Lire Jean-Paul Goux

Des études lui sont consacrées. Il est loué comme grand prosateur. Il a écrit une vingtaine d’essais, de romans. Le dernier d’entre eux, Tableau d’hiver, est paru cette année chez Champ Vallon[1]. C’est le moment de choisir ’offrir (pour les fêtes qui s’approchent) donc le moment d’en parler.

Présenter Tableau d’hiver comme le récit d’un deuil serait à la fois vrai et faux. Vrai parce que Claire a disparu et que Thibaud son mari est dans le souvenir d’elle, l’admiration d’elle. Il continue à lui parler, il est dans le besoin d’elle. Il la voit le long des meubles qu’il touche quand il revient, après une longue hésitation, dans la maison. La maison d’elle, tout près d’une forêt. Il l’entend. Simplement parce qu’elle lui parle. Ce n’est pas parce qu’on est mort qu’on ne parle plus à ceux qu’on a aimé et qui nous ont aimé.

C’est faux parce que le roman n’est pas, mais alors pas du tout, dans la souffrante mémoire. Au contraire. Parce que la nostalgie d’un passé ne se réduit pas à une tristesse. La nostalgie parle d’un futur désirable. Il y a du demain dans la nostalgie, tandis que la tristesse s’épuise en elle-même. Thibaud est nostalgique des dessins de Claire. Il les réinvente. Il les suit. Le roman, dans une moitié, parle d’une redécouverte de l’atelier où elle n’est plus. L’autre moitié est une autre affaire : celle de la transmission. Que faire de son œuvre ? Qu’en faire quand on ne sera plus là. Thibaud n’a pas d’enfant. La nostalgie est un passé animé du désir de transmettre.

Thibaud vouvoie sa femme. Il n’est pas snob, ni upper class. Il dit son respect, sa relation exceptionnelle avec une femme exceptionnelle.

Le décor du récit n’apparaît que peu à peu au fil d’un texte qui s’enroule en spirales. Son rythme n’est pas celui de James Bond. Ni roquettes, ni Q, ni vodka martini (au shaker bien sûr ! pas à la cuillère). C’est à l’opposé du temps peuplé d’instants, de breaking news, celui que nous vivons sous les hoquets de l’universel reportage. C’est un livre qui appelle à prendre son temps sur un temps sous pression. Il demande à être suivi dans les détours de sa langue, des personnages qui se meuvent dans un espace qu’ils découvrent à la mesure de leur pas, à la mesure de leurs pensées.

Jean-Paul Goux raconte l’histoire d’un homme qui appelle encore sa femme et qui cherche à qui remettre les clés du royaume qu’elle lui a légué, royaume de dessins de nuages et de vents, royaume de ciels. Une maison. Un jardin. Des paysages. Celui à qui Thibaud pense (après d’autres), Vincent, est jeune. Marié à Delphine. Les deux hommes sont de mondes différents, socialement et dans le rapport qui les lie l’un à l’autre.

La réalité (la nature, la physionomie) de leur amitié ? Il reste à lire le livre. Et à prendre son temps comme dans une « ville apaisée », où la vitesse est contenue. On est dans un récit d’amour, de mémoire et de don. Noël est le moment des présents, pourquoi pas ce livre de Jean-Paul Goux qui propose « d’habiter le temps » ?


[1] « Tableau d’hiver » de Jean-Paul Goux, éditions Champ Vallon, 2022, 232 pages, 19 euros

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