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Quel avenir pour le nucléaire en France ?

Le prochain président de la République devra prendre des décisions essentielles pour le parc nucléaire, assez rapidement après son élection. Pour une raison simple : l’âge du parc actuel ne permet plus de repousser les choix, les délais de construction étant assez longs. Le graphique ci-dessous montre comment peut évoluer la puissance installée de ce parc nucléaire, selon différents scénarios, dans l’hypothèse où aucun nouveau projet ne serait lancé :

Le rôle de l’autorité de surveillance du nucléaire

Les centrales existantes ont été construites pour l’essentiel dans les années 70/80. La rentabilité de cet investissement a été calculée avec l’hypothèse d’une durée de vie de 40 ans pour chaque réacteur. Il est donc amorti comptablement avec cette hypothèse. Cependant, l’autorisation de fonctionnement par l’A.S.N. se fait pour des durées de 10 ans : tous les 10 ans, les centrales font l’objet d’une étude approfondie pour une durée supplémentaire de 10 ans. Rien n’interdit donc de prolonger ces centrales, si elles remplissent les conditions de sécurité nécessaires. La centrale de Tricastin vient de se voir autoriser à un prolongement de 10 ans, alors qu’elle est en production depuis déjà 40 ans.

EDF cherche à prolonger son parc pour un fonctionnement de 50 ou 60 ans. Il est même possible d’imaginer une durée plus longue. Les U.S.A. qui utilisent la même technologie travaillent actuellement sur des hypothèses de durée de vie de 80 ou même 100 ans, mais cette question n’est pas d’actualité chez nous.

Le grand carénage

Pour prolonger ses centrales, EDF a défini un important plan d’investissement, connu sous le nom de « grand carénage ». Celui-ci comprend des travaux liés à l’objectif de durée de vie et d’autres liés aux améliorations décidées à partir de l’analyse de ce qui s’est produit à Fukushima, pour améliorer encore la sécurité des installations. Ce plan, dont la réflexion a commencé en 2008 et la mise en œuvre en 2014, a été validé par les gouvernements successifs (l’État est actionnaire d’EDF à 84 %). Il représente un coût important, de l’ordre de 50 milliards d’euros pour l’ensemble du parc, sur la période 2014/2025. 20 % de ce cout correspond à des modifications post-Fukushima (par exemple, installation de diésels d’ultime secours). Un certain nombre de gros composants sont remplacés de manière systématique, d’autres font seulement l’objet de contrôles approfondis. Certains composants remplacés (par exemple les générateurs de vapeur) n’ont rien de spécifiquement nucléaires. Deux composants majeurs ne peuvent être remplacés : l’enceinte de confinement et la cuve. Dans la pratique, la limite la plus sévère est celle de la cuve.

Une bonne partie du plan a déjà été réalisée à ce jour. Par exemple au 20/09/2020 les diésels d’ultime secours avaient été installés sur 52 réacteurs sur 56 et 24 visites décennales avaient eu lieu.

Ce montant parait important, mais il doit permettre le prolongement de nombreux réacteurs au-delà des 40 ans utilisés dans le plan d’amortissement.  Autrement dit, de faire produire des réacteurs qui ne supporteront plus l’amortissement initial. Cet investissement supplémentaire pour produire 10 ans de plus sera payé en trois ans de fonctionnement : l’investissement est très rentable.

La quatrième visite décennale est très fouillée : celle de la tranche 1 de Tricastin a nécessité un arrêt de 6 mois. L’ASN a d’abord donné une autorisation de prolongation de 1 an, le temps d’analyser dans le détail tous les résultats de contrôle. La prolongation de 10 ans a ensuite été accordée et la tranche a commencé sa 5ème décennie le 26 juillet dernier.

De nouveaux EPR ?

EDF envisage également de lancer la construction de 6 nouveaux EPR, mais la construction de ceux-ci est suspendue à une autorisation gouvernementale. Le président actuel a reporté cette décision à la mise en fonctionnement de l’EPR de Flamanville, en cours de construction, qui devrait démarrer en 2023 (mais il est question tout dernièrement d’avancer cette décision). Rappelons que 2 EPR fonctionnent déjà en Chine, qu’un autre devrait démarrer prochainement en Finlande et que deux autres sont en construction au Royaume Uni. Voir ici une vidéo impressionnante de la construction en cours au Royaume uni.

On sait que la construction de l’EPR de Flamanville a accumulé les retards et les dépassements de budget. Il en a été de même en Finlande. Ces difficultés ont au moins deux explications : il s’agissait du premier exemplaire d’un nouveau type de réacteur (donc en quelque sorte un prototype), et la dernière mise en service d’un réacteur datait de 2002, avec ce que cela signifie comme dispersion des équipes et comme pertes des savoir-faire(y compris sur la conduite de ce type de projet gigantesque). C’est vrai chez EDF mais aussi chez tous ses fournisseurs. Il est donc certain que de nouveaux EPR seront construits plus vite et pour moins cher que celui de Flamanville. De quel montant sera le gain ? EDF prévoit un coût de 46 milliards pour 6 EPR, soit un peu moins de 8 milliards par réacteur.

Les autres stratégies envisagées

La voie souhaitée par EDF consiste donc à prolonger de 10 ou 20 ans une partie du parc actuel et à construire des réacteurs de nouvelle génération. Le nombre de réacteurs à construire dans un premier temps dépend du nombre de prolongations de 10 ans qui seront possibles, ce qu’on ne pourra savoir qu’à l’usage !

Une autre stratégie peut consister à faire fonctionner les réacteurs actuels tant que l’ASN le juge acceptable, sans envisager de nouvelles constructions.

Enfin, certains souhaitent abandonner le nucléaire le plus vite possible, et ne pas autoriser les prolongations au-delà de 40 ans. C’est par exemple ce qui a été décidé par la Belgique. Pour la France, cela signifierait une division par 6 de la puissance disponible d’ici 10 ans environ.

Le graphique en début d’article montre les conséquences de ces différents choix.

La politique concernant le nucléaire devra tenir compte

  • De l’évolution des besoins en électricité : quelle efficacité des travaux d’isolation dans le résidentiel, qu’elle substitution aux énergies fossiles dans les transports et le chauffage ?
  • De la nécessité d’avoir des moyens de production pilotables : quand il n’y a pas de vent ni de soleil, quels moyens pour produire de l‘électricité, gaz, nucléaire, hydraulique ?

Plus tard dans la Gazette

La question du nucléaire comporte beaucoup d’aspects. La Gazette se propose d’en évoquer par la suite au moins deux : le fait qu’il s’agit d’une énergie très concentrée et le fait qu’elle utilise et produit des matières radioactives.

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