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L’été indien du Covid

Les chiffres du Covid se sont améliorés si rapidement en juin qu’on a pu penser pouvoir passer un été tranquille, avant une éventuelle reprise épidémique à l’automne. Il semble malheureusement que le variant Delta (appelé au début variant indien) vienne déjouer ces heureuses perspectives.

La circulation du virus a beaucoup diminué depuis trois mois

De 35.000 cas de Covid prouvés par des tests à moins de 2.000 cette semaine, la baisse est spectaculaire. Début avril, une personne sur 200 était officiellement contagieuse en Ile-de-France, probablement le double avec les asymptomatiques qui ne se savaient pas atteints. Le risque d’être contaminé était donc élevé : on ne pouvait compter que sur les gestes barrières, le masque, la ventilation des lieux clos pour l’éviter.

Près de 3 mois plus tard, la probabilité qu’une personne rencontrée soit contagieuse a été divisée par presque 20. Par ailleurs, comme beaucoup de Français, j’ai pu recevoir deux doses de vaccins. Ce qui signifie que mon risque, en cas de contamination, de développer une forme grave a été divisé par 20 aussi par la vaccination.

Au total, par les mécanismes conjugués d’immunité individuelle et de plus faible circulation du virus, c’est par 400 (= 20×20) que mon risque d’être hospitalisé Covid a été divisé !

Je ne suis pas seul dans cette situation : à fin juin, il y aura un Français sur 3 qui aura reçu deux doses. Un Français sur deux aura reçu au moins une dose. Si ceux qui ne sont que partiellement vaccinés ne sont qu’assez partiellement protégés, on peut imaginer qu’ils vont recevoir dans les prochaines semaines la dose complémentaire. En tous les cas, il y a les doses nécessaires pour qu’ils puissent le faire et ils ont presque tous un rendez-vous dans ce but.

Cependant, on observe actuellement une baisse du nombre de nouveaux candidats à la vaccination : ils étaient plus de 400.000 par jour à recevoir leur première dose, au maximum de la campagne, autour du 20 mai, quand la vaccination a été ouverte à tous les adultes. Ils ne sont plus que 200.000 par jour cette semaine. De quoi s’inquiéter pour l’atteinte recherchée de l’immunité collective.

Un nouveau risque avec le variant Delta

Les épidémiologistes craignaient que le relâchement des gestes barrières se traduisent à la fin de l’été par une reprise de l’épidémie, touchant prioritairement ceux qui n’auront pas été vaccinés d’ici là. Dans cet optique, il restait deux mois pour convaincre le maximum de Français d’aller se faire vacciner, pour limiter au maximum l’effet d’une éventuelle 4ème vague. Le variant Delta est peut-être en train de remettre en cause ce scénario, et ce n’est pas une bonne nouvelle.

Le variant Delta est apparu il y a quelques mois en Inde. Il est responsable de la vague qui s’est abattue sur le pays de mars à juin ; On se souvient des images de milliers de malades que les hôpitaux étaient incapables d’accueillir. Officiellement, l’Inde a déploré 400.000 décès Covid depuis 18 mois. Ce n’est pas énorme pour un pays de 1,4 milliard d’habitants. Il est manifeste que le chiffre réel est beaucoup plus élevé, mais on n’en aura une estimation correcte que dans un ou deux ans, en fonction de l’évolution totale des décès. Le Pérou, qui a connu l’an dernier une pénurie de respirateurs, a récemment réévalué son bilan et multiplié par 3 le nombre officiel de décès. On peut craindre que l’Inde ait un bilan comparable à celui du Pérou, au regard de la manière dont son système hospitalier a été complètement débordé. Si c’est le cas, avec près de 6000 décès par million d’habitants comme le Pérou, l’Inde compterait en réalité 8 millions de victimes.

Le variant indien (devenu delta) s’est ensuite propagé au Royaume-Uni, qui a de nombreuses relations quotidiennes avec son ancienne colonie. Le Royaume-Uni, ayant pris de l’avance sur la vaccination, comptait moins de 2000 cas par jour début mai, soit la situation approximative de la France aujourd’hui. Il y a eu près de 32.000 cas le 28 juin. Le variant Delta est aujourd’hui très largement majoritaire chez notre voisin insulaire.

De là, le variant Delta est parti à la conquête de l’Europe. Il est déjà présent dans pratiquement tous les pays européens et majoritaire au Portugal. En France, il représentait 0,2 % des cas il y a trois semaines, 0,8 % la semaine suivante, 7 % lors des mesures présentées lors du point épidémiologique du 24 juin, et on approcherait les 20% aujourd’hui.

Il est notamment très présent dans les Landes à la suite d’un cluster dans un Ehpad, occasionné par une soignante non vaccinée. Les Landes ont été pendant une semaine le seul département à compter plus de 50 cas pour 100.000 habitants. L’incidence y était en augmentation mais semble redescendre un peu aujourd’hui. Deux personnes, de 42 et 60 ans, non vaccinées, ont été atteintes par ce variant dans le département voisin du Gers. Leur décès a été annoncé samedi 26 juin 2021.

Le variant Delta est beaucoup plus contagieux que le variant Alpha (le variant anglais) ce qui explique qu’il devienne si vite prédominant. S’il devient prédominant en juillet, on risque fort de voir les cas se mettre à augmenter rapidement dans notre pays dès le courant juillet, et de manière plus prononcée en août.

Le faible niveau de circulation actuel du virus devrait théoriquement permettre de faire face avec le programme Tester-Tracer-Isoler. A condition que les cas contacts acceptent de se faire tester et s’isolent préventivement. Ce n’est pas gagné !

On notera que l’Australie, qui ne compte qu’une trentaine de cas par jour sur l’ensemble de son territoire, vient de décider un confinement de sa capitale…

En revanche, il semble que les vaccins offrent le même niveau de protection contre ce variant. D’où l’urgence de continuer à vacciner au maximum. Aux U.S.A., où la moitié de la population a reçu deux doses, 99 % des personnes hospitalisées sont des personnes qui ne sont pas entièrement vaccinées. Mais avec un variant Delta plus contagieux, il faut probablement 90 % de vaccinés pour atteindre l’immunité collective.

Deux enjeux majeurs donc : pour le gouvernement, celui d’avoir le courage de mesures fortes (du type isolement d’un département, contrôle de l’isolement obligatoire, vaccination obligatoire des soignants…). Pour chacun de nous : vaccination dès que possible et respect des consignes, en particulier celles du programme Tester-Tracer Isoler.

  1. Gérard Bardier Gérard Bardier Post author | 18 juillet 2021

    Dans mon commentaire du 6 juillet, je faisais l’hypothèse d’un doublement hebdomadaire des cas avec le variant Delta et j’imaginais qu’on arriverait à 20000 cas quotidien fin juillet. Les plus de 10 000 cas observés depuis le 16 juillet montre que j’étais trop optimiste. D’après l’institut Pasteur, on aurait actuellement un doublement tous les 5,4 jours, ce qui nous mène autour des 50 000 cas quotidiens à fin juillet. Le discours de Macron lundi 12 a provoqué une reprise des vaccinations, mais cela ne suffit pas. Les jeunes vont progressivement contaminer les plus âgés (on le voit déjà) et si le variant continue à se développer ainsi (on ne voit pas ce qui va l’empêcher) on se retrouvera avec des hôpitaux saturés en septembre et peut être même avant, avec probablement la nécessité d’un confinement dur (comme en mars 2020).
    Beaucoup de personnes âgées sont vaccinées mais 20 % de non vaccinés parmi les plus de 80 ans c’est encore trop. Cette 4ème vague qui arrive, avec un Covid beaucoup plus contagieux va être dévastatrice

  2. Gérard Bardier Gérard Bardier Post author | 28 juillet 2021

    Décidément ce virus ne se laisse pas facilement comprendre. On constate actuellement une baisse de la circulation du virus chez ceux de nos voisins où elle avait explosé avant que cela arrive en France. Exemple : division par deux aux Pays-Bas en une semaine, nette baisse au Royaume Uni.
    Pourquoi ? Mystère !
    Pas encore de baisse ni même de plateau en France, mais il semble que le doublement tous les 5/6 jours ne soit déjà plus d’actualité. A suivre !

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