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En revenant aux Blagis

Comme beaucoup d’habitants, j’ai accueilli avec enthousiasme le « Parlons ensemble des Blagis ». J’y ai participé aussi activement que possible afin que soit rendu à ce quartier non pas le visage d’antan, car les temps changent et on ne peut rien contre, mais un visage humain, agréable. Il faut dire que j’ai eu l’occasion de redécouvrir complètement le quartier. J’y ai grandi, je l’ai quitté adulte et y revenue cinq ans plus tard. Ca m’a permis de comparer.

A 24 ans, quand je quitte les Blagis pour voler de mes propres ailes, je laisse un lieu où je vis depuis l’âge de deux ans, où vivent mes parents et mes grands-parents. Quand je veux revenir à Sceaux, je demande expressément « Les Blagis » lorsque je fais ma demande de logement auprès des offices HLM. Je découvre alors un autre quartier, je reconnais à peine le mien. Tout a bien changé.

D’abord les aires de jeux : une dont l’enceinte a été grillagée afin de pouvoir être fermée lorsque l’heure ne se prête plus à jouer ou à être dehors, une autre vétuste et jamais rénovée a disparu. La troisième, un espace partagé entre enfants et ados, n’est désormais plus réservée qu’aux petits. Le petit terrain de foot/basket a été supprimé.

La physionomie des escaliers qui mènent aux entrées de certains bâtiments a changé : là où se dressaient avant des escaliers tout en longueur, du béton a été ajouté pour le rétrécir afin de ne laisser la place qu’au passage et non pas “au squattage”. Sous d’autres porches, le rebord bas décoré de galets a été rehaussé et creusé façon jardinière afin de ne plus servir d’assise. On voit aussi les façades caractéristiques jaunes et roses noircir et parfois s’effacer jusqu’à laisser voir les parpaings se dessiner dessous. Des caméras fleurissent çà et là sur les pignons d’immeubles, sous les porches jusque sur la place des Ailantes où se trouve l’école.

Ce que plusieurs ont souligné pendant les « Parlons ensemble », je l’ai vécu. Enfant, avec mes parents nous faisions tout aux Blagis, le centre commercial comptait alors un supermarché, une poissonnerie, une boucherie, une librairie, des banques, un bureau de poste de quoi idéalement faire ses courses à la sortie de l’école. J’y ai également fait mes premières activités extrascolaires : un an de danse puis fréquentation assidue de la bibliothèque.

Il y avait un bac à sable, des structures de jeux en plusieurs endroits du quartier, un espace vert, des rues piétonnes où nous étions en sécurité pour jouer après l’école et pendant les vacances sous l’œil de nos parents ou d’habitants du quartier, car tout le monde connaissait tout le monde. A tel point que j’ai commencé à entrer manger seule chez moi le midi vers 7 ou 8 ans, sur le chemin j’avais de multiples endroits sûrs où demander de l’aide en cas de problèmes.

Je me rappelle que les Gémeaux accueillaient les spectacles de fin d’année de l’école des Blagis. Ils ont également fait office de cinéma de remplacement lors des travaux de modernisation du Trianon, c’est ainsi que j’y ai vu à sa sortie Harry Potter 2.

A l’adolescence, au début des années 2000, ça a été différent. Avec un certain sens du système D, mes copains et moi montions nos “rampes” de roller maison et utilisons le mobilier urbain pour rider faute de skate-park proche, il fallait aller sur la Coulée verte à l’époque. Parfois un parent se dévouait pour nous y accompagner. Et puis en 2010, un skate-park a vu le jour à Sceaux, mais en plein centre et moi j’avais passé l’âge des samedis roller aux pieds.

Mais il n’y a pas que le décor qui a changé, le Rallye Promenade des Blagis qui permettait de découvrir le quartier à travers des énigmes et des étapes d’activités/jeux n’a plus lieu sûrement faute d’inscrits suffisants et de bénévoles prêts à organiser cet événement coûteux en énergie en temps. Le club des anciens lui aussi a déserté le quartier, disposant d’un local aux Blagis, il est désormais “remonté” au centre.

Et puis je constate que beaucoup d’habitants du quartier que je connaissais, ne serait-ce que de vue, sont partis. Des copains qui ont grandi dans le quartier et qui ont besoin d’un logement ne veulent pas revenir y habiter et me le disent ouvertement. Mes propres parents m’expliquent qu’ils ne veulent pas vieillir là. Les propriétaires d’un commerce que je fréquente assidûment depuis mon retour m’annoncent leur départ pour des raisons de distance avec leur domicile, mais aussi parce qu’ouvert le soir, ils ne se sentent plus en sécurité, car le centre commercial le soir est un lieu de regroupement et de squat.

Je suis dans la trentaine aujourd’hui et je comprends combien les incivilités pèsent pour les gens. Elles rendent le quartier sale et moins accueillant. J’ai l’impression que le trafic qui sévissait à Fontenay ou à Bagneux est arrivé jusqu’à nous, favorisé par le fait que le commissariat a cessé d’être actif. Plus d’effectifs destinés à intervenir dans les rues. Désormais la police vient de Chatenay. On a vent d’agression au couteau dans un hall d’immeuble, de bagarres entre jeunes qui finissent également au couteau et plus récemment d’un mort côté Fontenay-aux-Roses avec possible implication de personnes de notre côté. Des rénovations ont commencé concernant la résidence gérée par le département. J’espère les voir continuer et s’achever pour prendre à la cité son côté coloré et agréable.

Parce que c’est d’espoir dont je parle ici. Tous ces défauts dont je parle ne m’empêchent pas d’espérer autre chose. C’est d’ailleurs ce qui est ressorti des « Parlons ensemble ». Espérer que les Blagis redeviennent un endroit où l’on peut vivre, faire ses courses, avoir une vie culturelle, sportive. J’imagine voir les Gémeaux s’ouvrir à d’autres genres de représentations qui attireraient un public plus éclectique du quartier et d’ailleurs, comme le théâtre du Plessis-Robinson. Espérer que le centre commercial retrouve son esthétique et conserve des commerces de bouche accessibles à tous ; que chaque tranche d’âge y trouve sa place. Espérer y voir une cité où l’on vit et pas une cité-dortoir comme beaucoup d’autres banlieues d’Ile-de-France.

  1. Jean-Claude Herrenschmidt Jean-Claude Herrenschmidt 19 avril 2021

    Que du bon sens, de la gaieté, du vécu simple et heureux. Quel joli témoignage que je partage avec nostalgie. Et comme on voudrait qu’il soit entendu.
    Mais, car il y a toujours un ou des mais…!
    Et celui-ci m’est offert par le Maire Philippe Laurent lui-même lorsqu’il a conclu toutes ces rencontres : « Nous avons des partenaires importants que nous ne maîtrisons pas. Il faut construire ensemble, faire la ville ensemble ».
    Ensemble ne concernerait donc pas ces bailleurs ?

    Parler c’est déjà espérer être entendu et compris.
    Et on s’attend à voir des choses se faire donc être décidées. Décidées par ceux qui en ont le pouvoir et les moyens.
    C’est semble-t-il parfois bien compliqué.
    Un seul exemple. J’ai demandé à la Ville à de nombreuses reprises qu’une attention particulière soit portée au nettoyage du quartier, y compris de la Résidence des Bas-Coudrais. Il m’a été répondu très sérieusement par un conseiller municipal que la Ville ne pouvait en aucun cas effectuer ce travail à l’intérieur de la Résidence qui est un lieu privé. Ceci vaut aussi pour l’espace du Centre commercial qui est aussi la propriété de Hauts-de-Seine-Habitat. Doit-on en parler ? S’en affliger ? Se rebeller ?
    Dois-aller moi-même avec un sac poubelle et des gants procéder moi-même à ce nettoyage au risque de me voir verbalisé ?

  2. Louise Louise 19 avril 2021

    Il y a déjà des habitants qui en effet sortent armes de sac poubelle et de pince à préhension pour nettoyer. Pour l’instant on a en effet que cette solution.

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