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Philippe Laurent au stand de tir

Philippe Laurent n’est pas seulement maire de Sceaux. C’est un personnage politique de la scène nationale. C’est de cette deuxième facette qu’il est question ici. Dans son éditorial d’avril de Sceaux Mag, notre maire se livre à un tir groupé contre le gouvernement. Il en satisfera certains, à commencer par les antimacronistes de principe, il en décevra d’autres qui le trouveront sortir de son rôle. L’intéressant, dans l’histoire, est la façon dont il s’y prend. Citons-le d’abord.

Depuis plus d’un an, depuis le début de cette crise sanitaire, nous assistons, parfois médusés, aux allers-retours du gouvernement, à ses retards et à ses volte-face, à ses contradictions (par exemple sur les masques, les tests ou les attestations), à ses insuffisances (comme sur les lits de réanimation ou les doses de vaccin). Nous subissons les privations de liberté de déplacement, les couvre-feux, la fermeture des cafés, des restaurants, des lieux de culture, des magasins. Nous éprouvons, à des degrés variables, mais parfois très fortement, les difficultés économiques, sociales et psychologiques liées à ces privations et à un contexte rendu anxiogène par la communication gouvernementale elle-même. Nous subissons tout cela, nos soignants subissent tout cela, nos commerçants, nos artistes et bien d’autres subissent tout cela.

Les références sont irréprochables. Il n’est question que de faits. Allers-retours, retards, insuffisances, il n’y a rien à redire, cela a bien eu lieu. Ce constat, pour fondé qu’il soit, peut inspirer des réactions très variées, de la compréhension à la durée. Le maire, lui, est d’abord médusé. Il assiste aux flottements, il est comme estomaqué. Il n’y est pour rien, n’est pas solidaire, la suite de l’argument le montre quand il envoie les gaz.

Car il subit et la population tout entière avec lui. Et il ne subit pas n’importe quoi : rien moins que la privation de liberté. Confinement, incarcération, c’est comme qui dirait du pareil au même. Ces privations sont des épreuves. Sous-entendu, respecter les contraintes est une peine, une double, triple ou quadruple peine, tant qu’on y est, puisque la punition est économique, psychologique, sociale.

Pour faire bon poids, le tout est présenté comme un contexte anxiogène complètement fabriqué par la communication gouvernementale. Le rouleau compresseur médiatique n’y est pour rien, cent commentaires négatifs, doutes, oppositions, dénonciations déboulant sur les ondes, quelle que soit la mesure prise, on aurait pu croire qu’ils en étaient pour quelque chose. Erreur, semble nous dire le maire. Pense-t-il que si la communication avait été meilleure, le virus aurait été terrassé ?

Que la communication ne soit pas d’une parfaite rigueur, ni exempte de contredits, on le voit. Qu’elle devienne la seule explication de l’anxiété ambiante, c’est d’une part lui prêter un pouvoir qu’elle n’a pas et, d’autre part, exonérer bien vite les adeptes du rentre-dedans. La situation évolue, les décisions aussi. On ne voit pas de pays d’Europe qui s’en sortent si facilement. Au contraire du Royaume ou des Etats-Unis qui ont pu (ont su) anticiper et préempter de gros volumes de vaccins, l’Europe a eu une réaction plus lente, (trop ?) prudente. La France ne fait pas exception. Il y a bien sûr la réussite de pays comme la Chine qui ont à disposition un arsenal répressif qui fait sûrement envie à quelques-uns, mais que les règles démocratiques présentes excluent.

Mais l’essentiel est ailleurs. Les hésitations, les oscillations du gouvernement pris dans une conjoncture si incertaine, méritent-elles qu’on les trouve aussi méchamment inspirées ? Toutes proportions gardées, comment la municipalité réagirait-elle (réagit-elle) quand ses projets, celui l’Amiral par exemple provoque, chez certains riverains, invectives contre les méfaits des un ou deux mètres de trop. Le motif de la hauteur devait être un peu fondé puisqu’un recours a été obtenu et le projet interrompu. Belle victoire de « l’exigence » sur une ambition urbaine. Et on ne parle pas des « défigurations » du centre-ville dont tout projet de construction est par avance coupable.

Quel rapport avec l’éditorial ? C’est que le gouvernement des affaires, qu’elles soient nationales ou municipales, conduit toujours à des ajustements, à des révisions. On peut les prendre avec une certaine clémence ou au contraire avec hostilité. Vis-à-vis du gouvernement, Philippe Laurent semble d’une hostilité qu’il n’aimerait sans doute pas qu’on lui appliquât.

  1. David David 10 avril 2021

    Juste de l’hostilité… ?
    Dans l’édito : « En faisant leur job, les communes de France soulignent en creux les insuffisances et l’arrogance de la haute fonction publique d’État, et la faiblesse de nos dirigeants politiques nationaux »
    Dans la tribune : En refusant sciemment à certaines communes la compensation intégrale de la perte de recettes de la taxe d’habitation, le gouvernement et la majorité parlementaire ont adopté une attitude amorale, inéquitable et irrespectueuse. Ce n’est pas ainsi que lon gouverne un pays comme la France, ce n’est pas ainsi que lon promeut les principes républicains […] »

    • Maurice Zytnicki Maurice Zytnicki 10 avril 2021

      David, à mon humble avis, la repise de la taxe d’habitation par l’Etat est un problème de maîtrise de la pression fiscale. Je ne sais trop si c’est le meilleur moyen, mais si l’on en croit des critiques de l’opposition (je pense par exemple à celle de X. Tamby dans le dernier Sceaux Mag) l’augmentation des impôts locaux est une constante (et ce n’est une spécialité de Sceaux).
      Quant à l’arrogance de notre haute fonction publique, elle a bon dos. Je ne crois pas une seconde que Philippe Laurent se laisse impressionner par des hauts fonctionnaires. Ni du reste l’ensemble des maires de France. Que l’on critique leurs décisions est une chose, mais y mettre du victimaire, ce n’est pas juste.

  2. Verel Verel 10 avril 2021

    Considérer que la communication gouvernementale sur le Covid était anxiogène, il fallait l’oser !
    Rappelons que le maire de Sceaux a pris en avril 2020 un arrêté imposant le port du masque « parce que le confinement n’était pas respecté » et que cet arrêt a été annulé par le Conseil d’État qui a notamment remarqué (point 11) :
    « l’arrêté est de nature à induire en erreur les personnes concernées et à introduire de la confusion dans les messages délivrés à la population par ces autorités »
    https://www.conseil-etat.fr/ressources/decisions-contentieuses/dernieres-decisions-importantes/conseil-d-etat-17-avril-2020-port-d-un-masque-de-protection-commune-de-de-sceaux

    • Herrenschmidt Herrenschmidt 10 avril 2021

      Comme je ne comprends rien à cet échange, je suis allé lire les « décisions contentieuses » du Conseil d’État avec l’intention d’y voir un peu plus clair (je me méfie comme de la peste des citations sorties de leur contexte). Mal m’en a pris. Après plus d’une heure de lecture attentive je ne suis pas sûr d’avoir tout bien compris ( le plus long et parfois difficile étant d’aller rechercher, lire et comprendre tous les articles de justice administrative cités).
      Bref. Le maire de la ville de Sceaux a pris un arrêté le 6 avril 2020 pour imposer le port du masque. À l’époque, cela n’était pas à la mode. On lui a donné tort. De l’eau a coulé sous les ponts. La mode, le terme n’est peut-être pas le mieux choisi, a changé. Le masque, même fabriqué par les petites mains ménagères, est devenu sinon imposé du moins fortement recommandé. Un qualificatif pour tout cela ? Ubuesque ? Carnavalesque ? Abracabrantesque ?

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