Comme elle l’avait annoncé, la ville de Fontenay-aux-Roses a organisé deux réunions publiques, les 20 et 26 mai, autour du projet de géothermie profonde et de ses conséquences. L’équipe de GéoSud92 a montré sa maitrise du projet en donnant beaucoup d’informations et en répondant aux nombreuses questions. La salle était pleine dans les deux cas. L’expert mandaté par la ville a expliqué le 26 mai que le projet était économiquement tout à fait crédible.
Réunion du 20 mai
En ouvrant la première réunion le 20 mai, Pauline Le Fur, maire de Fontenay-aux-Roses, explique qu’une étude financière a été demandée à un expert indépendant, mais que ses résultats ne seront disponibles que lors de la réunion du 26 mai. Elle demande à deux responsables de CIVIFAR (Alain Delahaye et Jean-François Bresse) d’animer la réunion. Ceux-ci annoncent un ordre du jour qui ne sera pas respecté, tant les questions sur les premiers points sont nombreuses. Tous les sujets sont loin d’être traités dans la durée de la réunion.
Celle-ci se déroule en deux temps, avec d’abord une présentation du projet par GéoSud et le Sipperec, puis des questions qui ont essentiellement porté sur les caractéristiques générales du projet.
Comme relaté dans cet article, les trois listes qui se sont réunies pour le second tour des municipales en une liste d’union qui a gagné, n’ont pas le même avis sur le projet. Il était prévu que les adjoints ne s’expriment pas lors de la réunion, qui devait en priorité permettre aux citoyens de poser leurs questions. Cependant l’association dont Michel Faye est président a organisé une réunion sur le sujet la veille de la réunion publique organisée par la ville. C’est la femme de Michel Faye qui animait la réunion. Les thèmes portés par cette association ont dominé les questions posées lors de la réunion du 20 mai.
Présentation de Sipperec et de GéoSud
La présentation de GéoSud a couvert tous les points qui devaient être abordés. Pour simplifier la compréhension, on ne reprendra dans le chapitre sur le 20 mai que la partie qui a fait l’objet de question ce jour-là (les pages 1 à 20).
La présentation a été ouverte par Arnaud Brunel, directeur du Sipperec (Syndicat Intercommunal de la Périphérie de Paris pour les Énergies et les Réseaux de Communication). Cet organisme intercommunal, qui est actionnaire à 52% de GéoSud, a été créé en 1924 pour l’électrification de la région parisienne. Plus récemment, le syndicat s’est intéressé à la géothermie, énergie locale qui permet de s’affranchir d’importations et de réduire les émissions de gaz à effet de serre.
Le Sipperec a élaboré en 2018 un schéma directeur des réseaux de chaleur du département des Hauts-de-Seine, puis réalisé en 2022 une étude de faisabilité sur le territoire de Fontenay-aux-Roses, Sceaux et Bourg-la-Reine. Des clients potentiels ont alors été identifiés pour consommer 139GWh/an. Le doublet géothermique envisagé fournira 90GWh/an, donc environ 65% de la consommation potentielle. Il permettra d’éviter l’émission de 11.000t de CO² par an.
GéoSud a pour actionnaires, outre le Sipperec, les villes de Fontenay-aux-Roses (27%), Sceaux (17%) et Bourg-la-Reine (4%). C’est une SPL (société publique locale), qui aura pour missions de réaliser les travaux de construction du réseau de chaleur, de contractualiser avec les abonnés du réseau et d’exploiter les installations, pendant la durée de 35 ans de la délégation de service public.
Mix énergétique du réseau
Le débit géothermique est normalement constant. Il peut éventuellement être diminué, mais pas augmenté. Or la consommation, par nature, varie avec la température extérieure. La meilleure utilisation de la chaleur géothermique ne consiste pas à régler la production sur la consommation maximale (les jours où il fait le plus froid), mais à l’ajuster aux consommations moyennes de l’hiver. Ce qui suppose une énergie d’appoint pour les périodes les plus froides. De plus, la température de l’eau géothermale doit être augmentée à deux titres : pour éviter le développement de bactéries dans les installations, pour chauffer l’eau qui circulera dans les immeubles. Enfin, il faut pouvoir faire face à des pannes ou opérations de maintenance des installations et aux pertes d’énergie dans le réseau (1/2°C au kilomètre). Pour toutes ces raisons, deux sources d’énergie s’ajoutent à l’énergie géothermale : des pompes à chaleur et des chaudières à gaz.
Les pompes à chaleur, installées dans la centrale, puiseront de la chaleur dans l’eau de retour (dont la température ne peut descendre en dessous de 30°C pour l’injection dans le Dogger). D’après les simulations de GéoSud, le rendement moyen des pompes à chaleur sera de 3,14, qui ne peut être atteint que parce que la source froide est à une température élevée. L’électricité consommée par les pompes représentera 10,8% du mix énergétique et la chaleur tirée de l’eau géothermale par cet intermédiaire 23,2%. Les chaudières à gaz (récupérées dans les anciennes installations) se trouveront dans la centrale et le long du réseau, pour compenser les fuites, augmenter la température de l’eau les jours de grand froid et faire face aux opérations de maintenance. Elles compteront pour 23,7% de l’énergie fournie. La géothermie fournira directement (hors pompes à chaleur), 42,3% de l’énergie. On a donc 65,5% d’énergie géothermale (43,3% + 23,2%).
Facturation
La formule de facturation comprend une partie fixe, l’abonnement (qui couvre les investissements et le gros entretien), en fonction de la puissance installée, et une partie variable, en fonction de la consommation réelle, qui couvre les achats d’énergie (gaz et électricité) et les coûts de fonctionnement (dont la maintenance). L’abonnement représentera environ 65% de la facture. Le coût annuel sera plus faible d’environ 10% à celui de la solution gaz, si celui-ci est au prix observé en 2025. L’opération est plus favorable si le prix du gaz augmente au niveau observé en février/mars 2026. C’est un des principaux intérêts de la géothermie : le prix est moins sensible aux fluctuations du prix des énergies fossiles.
Questions et réponses
Parmi les questions, certaines ont défendu manifestement la solution alternative mise en avant par Michel Faye (isolation massive et géothermie de surface). Les réponses ont d’abord insisté sur le fait que le projet de géothermie profonde développé par GéoSud n’était pas contradictoire, mais complémentaire de l’isolation. Les résidences qui effectueront des travaux d’isolation importants (plus de 20% de gain) pourront renégocier leur abonnement à la baisse.
A l’idée d’utiliser les pompes à chaleur pour faire du froid l’été, il a été répondu que ce n’était physiquement pas possible avec un réseau collectif.
En fin de réunion, un ancien élu a rappelé qu’une étude a été faite en 2011 qui envisageait d’utiliser la géothermie de surface pour le château de Sainte-Barbe. L’étude avait conclu que la présence de gypse soluble dans l’eau rendait ce projet impossible. L’intervenant (qui a fourni le texte de l’étude à la Gazette) a expliqué que ce problème existait sur toute une partie de la ville de Fontenay.
Des questions ont aussi porté sur la part du gaz dans le mix énergétique (avec parfois des valeurs fantaisistes avancées), ce qui a amené à expliquer les raisons d’utiliser le gaz (voir plus haut).
Les techniciens ont également expliqué le choix du site du Panorama : le projet exploitera les eaux du Dogger sur une surface (gélule) qui a été définie au nom de l’Etat par le BRGM pour ne pas empiéter sur les autres zones exploitées par d’autres villes. La définition de la gélule comprend les endroits où déboucheront les deux puits dans le Dogger. Il fallait alors se situer à peu près au milieu de ces deux endroits, ce qui a abouti au site du Panorama.
En réponse à une affirmation que les prix proposés dans les contrats n’étaient pas connus, les valeurs pour les deux parties (abonnement et consommation) ont été montrées par GéoSud (elles ont été de nouveau présentées le 26). Elles ont été envoyées à tous les syndics concernés.
La réunion n’a pas permis d’aborder sérieusement les autres sujets, à propos du site du Panorama.
Réunion du 26 mai
La réunion a suivi le déroulement de la précédente (la moitié environ du public était déjà présente le 20 mai) : présentation par GéoSud et questions-réponses. L’expert mandaté par la ville a détaillé les résultats. GéoSud a justifié le déplacement des puits de forage d’un point à un autre du site.
Expertise économique et autres études
L’expert désigné par la ville pour évaluer la pertinence économique du projet est un spécialiste des projets d’énergies renouvelables. Il a consacré 10 jours à son étude en analysant comment les chiffres présentés par GéoSud avaient été construits. Il a notamment examiné comme les hypothèses avaient été choisies. Par exemple, si les données disponibles montrent que la température de l’eau géothermale sera de 60°C plus ou moins 1°C, l’hypothèse prudente consiste à prendre la valeur la moins favorable au projet (ici 59°C). L’expert a constaté que les hypothèses choisies étaient conservatrices (prudentes).
Il a aussi noté que les organismes qui avaient été amenés à prendre des décisions en faveur du projet (ADEME et Métropole pour les subventions et CDC et caisse d’épargne IDF pour les prêts sont considérés sur la place comme compétents. « Tous les intervenants sont des acteurs de renom qui ne vont pas sur les projets s’ils ne sont pas viables ». Autre point, les appels d’offres pour des marchés semblables ont donné des montants conformes aux prévisions.
Une réserve pour aléas est prévue, à un montant raisonnable pour une opération qui a déjà eu lieu des dizaines de fois à proximité du projet, avec des opérateurs expérimentés. Le taux de rentabilité visé est de 5% ce qui est de fait une autre réserve pour aléas (le but de GéoSud n’est pas de faire des gros bénéfices, ni de perdre de l’argent).
En réponse à une question sur les dépassements de budgets déjà rencontrés par des projets de géothermie, Arnaud Brunel a précisé ne pas en avoir observé sur 23 opérations déjà effectuées.
L’opération de géothermie ne peut se faire sans une autorisation particulière : un permis minier. La phase d’instruction s’est déroulée eu second semestre 2023. Le dossier a été soumis à la DRIEAT pour avis. Celle-ci a analysé la recevabilité de l’offre : capacités technico-financières du demandeur, impact prévisible sur l’environnement, demandes complémentaires à ajouter au dossier. La MRAe a été saisie pour avis en février 2024. Le dossier a ensuite fait l’objet d’une enquête publique dans les villes correspondant en surface à la gélule, avec rapport du commissaire enquêteur et avis de différents organismes spécialisés. C’est seulement ensuite qu’il a été communiqué par la DRIEAT au Conseil départemental de l’Environnement et des Risques sanitaires qui l’a transmis après avis favorable au préfet qui a accordé le permis minier le 18 décembre 2024.
Au passage, des études diverses ont été faites sur le site du Panorama : géotechnique, pollutions (y compris radiologiques), infiltration et perméabilité du sol, évaluation quantitative des risques sanitaires (EQRS). Sur l’ensemble des voiries, les études ont porté sur les hydrocarbures, l’amiante, la stabilité, la pollution, l’occupation des sols.
On peut présumer que c’est la découverte de tous les travaux réalisés qui a fait dire à Pauline Le Fur, maire de Fontenay-aux-Roses qu’elle n’aurait jamais mené le projet comme son prédécesseur, mais qu’elle ne mettait nullement en cause le travail réalisé par GéoSud.
Changement de site
Julie Charitat, directrice de GéoSud a expliqué que le premier site envisagé se trouvait sur le site du Panorama, mais pas au même endroit sur le site. Un projet avait été lancé dans le cadre de la préparation des JO de Paris. Il prévoyait un réaménagement des installations sportives, mais les installations géothermiques étaient prévues au milieu du futur ensemble. Pour ne pas gêner la construction de celui-ci, il a été décidé de déplacer le point de forage vers l’extrémité du site. Et c’est ce nouvel emplacement qui a fait l’objet d’une demande de permis minier.
Entretemps, le réaménagement n’a pas eu lieu, pour des raisons apparemment indépendantes de la Ville de Fontenay. La nouvelle équipe municipale s’est demandé si on peut revenir au projet d’emplacement initial. Mais cela signifie une demande de permis minier, donc un délai important. La solution a donc été écartée.
Contractualisation
Certains craignaient que GéoSud n’arrive pas à trouver suffisamment d’usagers pour rendre le projet économiquement équilibré. A quoi, Arnaud Brunel a répondu qu’il n’était pas nécessaire de contractualiser avec tous les clients potentiels (on ne saurait pas les servir) et que donc il n’obligerait personne. Pour Julie Charitat, la hausse du prix du gaz rend le raccordement plus attractif. D’autre part, le 25 mai, Valérie Pécresse a déclaré que tous les établissements dépendant de la région adhéraient aux projets. En particulier, les lycées Florian, Lakanal et Marie-Curie à Sceaux.
Questions liées au site du Panorama
Comme le 20 mai, il n’y a pas eu de temps pour aborder toutes les questions. Pauline Le Fur a déclaré qu’une réunion avec les riverains était prévue le 11 juin. Des négociations sont en cours avec le club de foot.
Une toute dernière question a abordé la venue d’un expert. Il s’agit de l’expert nommé par le Tribunal dans le cadre d’un référé préventif demandé par GéoSud. Le référé préventif est une procédure judiciaire permettant, avant le commencement d’une opération immobilière (construction d’un immeuble, extension, démolition), d’obtenir une expertise permettant de constater l’état des lieux avant cette opération.
Ces deux réunions, à défaut de convaincre ceux qui ne voulaient pas être convaincus, ont permis d’apporter des réponses à de nombreuses questions. Elles ont aussi été l’occasion de montrer le sérieux du projet préparé par GéoSud.
Il semble que Pauline Le Fur veuille régler rapidement les problèmes qui se posent encore pour pouvoir reprendre les travaux pour le 1er juillet au plus tard.
Depuis 2022, la Gazette a plusieurs fois évoqué ce projet qui concerne les trois villes de Fontenay-aux-Roses, Sceaux et Bourg-la-Reine.
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