Daoud est à la cour d’honneur du château de Sceaux dans le cadre du Festival de jazz. Le virtuose de la trompette s’y produit dimanche 14 juin à 19h en compagnie de Thomas Perier aux claviers, Louis Navarro à la contrebasse et Quentin Braine à la batterie.
À contre-courant de nombreux instrumentistes de sa génération, le musicien franco-marocain n’a pas suivi la trajectoire classique du virtuose promis aux conservatoires et aux concours. Avec son premier album, GOOD BOY, Daoud révélait déjà un univers pleinement formé. Pas de démonstration technique ni d’hommage appuyé aux grands maîtres du jazz, mais une écriture nerveuse, des rythmes mouvants et une sincérité frappante. On a l’impression qu’il préfère exposer ses fissures plutôt que ses trophées.
Daoud n’appartient à aucune école précise. Il circule entre les mondes. Ses influences sont nombreuses. Elles se fondent dans une esthétique personnelle dont on reconnaît immédiatement la sonorité.
Peut-être est-ce la raison pour laquelle, dans ses compositions, le jazz croise le hip-hop, la house, les musiques électroniques et une forme de poésie urbaine. La trompette agit comme une voix intérieure, tantôt ironique, tantôt vulnérable.
Un itinéraire turbulent
Son chemin est jalonné d’arrêts, de ruptures et de retours inattendus. Études musicales, abandons, petits boulots, voyages, doutes : longtemps, la musique a été moins une carrière qu’une quête constante de lui-même. « J’ai été maudit, j’avais une maman musicienne et prof au conservatoire ! Donc : solfège, piano à la maison, ça filait doux ! ». Il poursuit : « J’ai bossé dans un PMU, j’ai été croque-mort dans le Gers, j’étais parti aux Etats-Unis, j’étais sorti complètement de ça ».
C’est la disparition de sa mère qui lui fait reconsidérer sa position d’artiste. C’est arrivé pendant la réalisation de ce second album OK. Il s’est alors posé la question « de reprendre la boutique » Il a compris, explique-t-il « à quel point tu le fais pour toi et à quel point tu le fais pour quelqu’un d’autre, à titre posthume ». On aura compris : une façon de faire son deuil.
Aujourd’hui, il tourne partout en France, défend son album qui est déjà un immense succès. Les morceaux s’enchainent fragile en apparence, mais guidée par un équilibre secret. Son instrument raconte les détours, les hésitations et les éclats de lumière de l’existence contemporaine.
Facéties
Il multiplie les plateaux télés, rappelle son envie de s’adresser au plus grand nombre « quitte à dire des bêtises sur scène, quitte à réaliser des clips vidéo décalés » (dans La Fièvre, il se fait casser la gueule par un rugbyman, dans Dijon, il se fait raser le crâne tout en restant stoïque les yeux fixés vers la caméra) : Bref, « n’importe quoi pour faire le clown ! ». Une obsession chez lui qui date de l’enfance et un projet professionnel circassien qui n’aura pas abouti. D’ailleurs c’est cette empathie pour le cirque qui est à l’origine du choix de l’instrument.
« J’aime cet instrument parce qu’il est absurde : tu souffles d’un côté et ce qui sort par l’autre bout est souvent risible…surtout les quinze premières années ! »
Le clown revient souvent lorsqu’on évoque son univers. Non pas le clown de cirque qui provoque un rire immédiat, mais celui qui dissimule une gravité derrière le maquillage. L’image lui convient : ses morceaux oscillent entre légèreté et inquiétude, énergie dansante et mélancolie sourde. La fête n’est jamais loin, mais elle garde toujours l’ombre de quelque chose de plus profond.
Pierre Bozzonne

