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Une historienne scéenne raconte la conquête de l’Algérie

Le 60ème anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie (accords d’Évian du 18 mars 1962 ratifiés côté français par le référendum du 8 avril 1962 et côté algérien par le référendum du 1er juillet 1962) a vu la parution de plusieurs ouvrages d’historiens sur la présence française en Algérie. Parmi ceux-ci, La Conquête[1], de Colette Zytnicki raconte « comment les Français ont pris possession de l’Algérie entre 1830 et 1848 ». L’auteure est une historienne expérimentée et cela se voit en fin d’ouvrage, avec les 23 pages de notes, les 2 pages de glossaire, les 14 pages d’archives et de bibliographie et les 3 pages d’index de noms de personnes. Une historienne qui s’est efforcée avec succès d’écrire pour le grand public. Avec succès, car le livre se lit très facilement et avec intérêt par le lecteur non spécialiste d’histoire ou de l’Algérie.

Présentation rapide du livre

Avant d’aborder l’expédition de 1830 qui initie la conquête de l’Algérie, l’auteure consacre 70 pages à la présentation du contexte. On y comprend d’abord que les Français connaissent très mal le pays qu’ils vont occuper, et qu’ils ne sont absolument pas clairs sur les objectifs de l’expédition qu’ils lancent.

Ce que décrit ensuite le livre, c’est une société française pour laquelle il est normal d’aller envahir un autre pays (pour développer des colonies), de le piller sans vergogne, de s’approprier ses richesses foncières pour y installer des colons, puis de le gérer en considérant la majorité de la population comme des individus (on n’ose pas dire citoyens) de seconde zone. Une opinion qui semble faire consensus entre les monarchistes et les républicains, les conservateurs et les libéraux ou les saint-simoniens, les catholiques, les protestants et les francs-maçons. On est ainsi surpris de lire que le Consistoire des juifs français estime de la même manière qu’il a des éléments de civilisation à transmettre aux juifs d’Algérie ! L’esprit de 1830 n’est vraiment pas le nôtre.

Certes, les modalités d’actions proposées diffèrent entre ceux qui souhaitent une attitude pacifique vis-à-vis des « indigènes » et ceux qui ne croient qu’à l’usage de la force la plus brutale. Mais tous estiment supérieure la civilisation européenne, comparée à celle des Algériens. Quelques-uns vont même jusqu’à envisager une éradication totale des habitants (on n’utilise pas encore le mot de génocide).

Réflexions de lecteur

Lire La Conquête en pleine guerre en Ukraine conduit assez naturellement à un rapprochement. Le gouvernement français de 1830 ne se comportait-il pas comme celui de la Russie aujourd’hui, considérant normal d’aller envahir un pays voisin pour accroître son territoire et d’y massacrer joyeusement les civils ? Les Français n’avaient-ils pas le même mépris des Algériens que celui manifesté par les leaders russes envers les Ukrainiens ?

Autre remarque : le déséquilibre des forces entre Français et Algériens. Ces derniers ont environ 10 fois plus de pertes que les Français (environ 900.000 contre moins de 100.000, ces chiffres comprenant des victimes de maladies). La différence vient, on l’imagine, des moyens techniques différents (armements, logistique, etc.). Rappelons que les Ottomans ont assiégé Vienne en 1683, un siècle et demi avant le début de la conquête de l’Algérie. Cela illustre la vitesse du développement scientifique et industriel de l’Europe à cette époque !

La conclusion de l’auteure

Le propos de l’auteure n’est pas pour autant de juger, mais simplement de rapporter des faits, tels qu’ils ressortent des témoignages écrits disponibles. Après avoir rappelé que la cohabitation des populations coloniales et autochtones a duré plus de 100 ans, elle note ainsi en conclusion :

Reste à vivre aujourd’hui avec ce passé. Il nous faut le connaître, le partager au sein de nos sociétés respectives et entre les deux rives de la méditerranée. C’est le travail des historiennes et des historiens. On peut ainsi contribuer à cet apaisement des mémoires qui est nécessaire pour bâtir un monde commun, loin des polémiques et des appropriations politiciennes de cette histoire « pleine de bruit et de fureur ».


[1] La Conquête est publiée chez Tallandier, 350 pages

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