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3 siècles d’augmentation de l’espérance de vie en France

La polémique sur Doctolib, qui organise les rendez-vous des charlatans, a été l’occasion pour certains, sur les réseaux sociaux, d’exprimer leurs préférences pour les médecines alternatives au prétexte que la médecine ne serait pas efficace.

Le graphique ci-dessous montre l’évolution de l’espérance de vie depuis 1750 en France. Sur la période, elle a triplé : vous avez bien lu, multipliée par 3 !

Nota : pour un âge donné, plus la courbe est haute, plus est élevé le nombre de personnes encore vivantes.   

Il y a trois siècles

En 1750, la moitié des Français meurent avant d’atteindre l’âge de 5 ans. Depuis, cette mortalité infantile a été divisée par 100.

Après 5 ans, le taux de mortalité est assez constant selon l’âge. La moitié de ceux qui ont survécu jusqu’à 5 ans décèdent avant 50 ans. En 2017, 80 % des hommes et 90 % des femmes nés 50 ans auparavant sont toujours vivants.

En 1750, quelques pour cent des Français atteignent l’âge de 80 ans, et on a quelques exemples de centenaires : Fontenelle, secrétaire perpétuel de l’Académie française meurt en 1757 dans sa 100ème année. La doyenne actuelle de l’humanité est une Française de 119 ans. Mais l’âge limite de fin de vie n’a que peu progressé depuis 3 siècles au regard de celui de l’espérance de vie.

Observons maintenant grâce à l’INED comment ces progrès fantastiques ont été possibles.  

Le rôle clé de la médecine

La médecine moderne émerge tout doucement aux 16ème et 17ème siècles. En 1687 est réussie l’opération de la fistule anale de Louis XIV, qui démontre les progrès de la chirurgie.

Mais si l’espérance de vie augmente lentement au milieu du 18ème siècle, c’est d’abord grâce à l’amélioration des transports et du stockage des denrées, qui supprime progressivement les famines locales ou régionales.

1790 voit une rupture : l’espérance de vie commence à augmenter sérieusement et régulièrement. Cette rupture coïncide avec la mise au point par Edward Jenner du vaccin contre la variole. L’augmentation de l’espérance de vie profite des nombreux progrès de la médecine (Laennec invente le stéthoscope en 1816) et de l’hygiène publique (réseaux d’égouts…) et privée.

Un nouvel élan est donné à partir du milieu des années 1880, avec ce qu’on appellera la révolution pasteurienne : les vaccins et l’asepsie puis les sulfamides puis les antibiotiques réduisent fortement la mortalité dues aux maladies infectieuses. L’espérance de vie augmente de près de 4 mois par an pendant des décennies jusque vers 1960. La diffusion des connaissances (instruction publique) en matière d’hygiène et les système de protection sociale y participent évidemment.

Jusque vers 1960, c’est la réduction de la mortalité infantile qui explique une bonne partie de l’augmentation de l’espérance de vie. Les espérances de vie à 40 ou 60 ans augmentent certes aussi, mais beaucoup moins vite. En 1960, le niveau de cette mortalité infantile est devenu si faible que sa réduction ne peut plus assurer une augmentation significative de l’espérance de vie. Mais les progrès aux âges plus avancés vont prendre le relais avec ce que l’INED appelle la révolution cardiovasculaire. Participent alors aussi à la réduction de la mortalité à tous les âges la diminution des accidents de la route, de l’alcoolisme et du tabagisme.

Les progrès touchent en particulier les grands âges : l’espérance de vie à 80 ans, qui n’avait pratiquement pas évolué jusque là se met elle aussi à augmenter nettement, avec une forte accélération à la fin des années 90.

Entre 1947 et 2017, l’espérance de vie à 80 ans passe pour les femmes de 6 à 11 ans, soit un quasi doublement.

On l’a compris, la médecine n’est pas la seule responsable de cette formidable augmentation de l’espérance de vie, mais elle en est un élément essentiel. Les chercheurs de l’INED estiment que l’espérance de vie pourrait atteindre 100 ans un jour, sans qu’ils puissent donner une estimation de la date de cet horizon.

        

  1. Gautier Ajzenverg Gautier Ajzenverg 20 septembre 2022

    Merci Gérard pour cet éclairage. Les progrès de l’imagerie, des techniques opératoires, des thérapies anti-cancéreuses de plus en plus ciblées et personnalisées (que les médecines parallèles ne peuvent « rivaliser ») ont particulièrement amélioré l’espérance de vie de ces dernières décennies. Des progrès sont encore possible grâce à la prévention, pour laquelle la France est très en retard.

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