Press "Enter" to skip to content

A propos du vote Philippe Laurent

Sceaux, ville centriste s’il en est, modérée diront certains, aurait pu mettre son maire en tête des candidats du 1er tour des législatives. Il appartient à une formation de centre droit, l’UDI, qui aurait pu en incarner l’esprit. Il n’en fut rien ou, pour être moins définitif, il y eut loin de la coupe aux lèvres. Essayons d’en rendre raison et n’hésitons pas pour cela à prendre des chemins de traverse. La question qui se pose est : d’où est venu le vote Philippe Laurent dans une compétition qui n’est pas municipale ?

Les résultats des élections législatives de 2017 et de 2022 (sur Sceaux uniquement et non sur la totalité de la circonscription) permettent par comparaison se faire une idée de l’électorat de Philippe Laurent. Mais la modestie s’impose. En cinq ans, la population scéenne a changé. On s’y est installé, on en est parti, on y a décédé…. les abstentionnistes d’une élection ne sont pas forcément les mêmes qu’à la suivante. Il existe donc bien des raisons de relativiser l’analyse du scrutin. Mais la mener présente tout de même un intérêt : contribuer à la réflexion sur les aspirations de la ville.

Le vote Siffredi comme référence

Frédérique Dumas, candidate pour LREM aux législatives, fait en 2017 fait 49,04% au premier tour à Sceaux, tandis que Maud Bregeon fait 32,22% en 2022. Il s’était établi depuis le passage au quinquennat une sorte de règle qui voulait que les législatives entérinent le résultat des présidentielles qui les précédaient. Nul n’ignore qu’avec la réélection d’Emmanuel Macron qui, pour la première fois sous la Ve République, ne suivait pas une cohabitation, cette règle n’a plus fonctionné en 2022.

La différence entre les deux scores est d’environ 17%, tout en sachant que les taux de participation sont assez proches[1]. Que sont-ils devenus ?

Le score de Georges Siffredi en 2017 était de 23,48%. Il se présentait au nom des Républicains. Numa Isnard, sous la même étiquette, réalise 5,76%. Il serait totalement naïf de croire qu’il s’agit d’une explosion en vol des Républicains, d’autres élections prouvent le contraire[2]. Interrogeons-nous plutôt sur ce que sont devenus les presque 17% de différence. On pourrait légitimement penser qu’ils ont été du côté de Philippe Laurent. Or dans les cinq ans qui séparent les deux scrutins est apparu Reconquête et que le Rassemblement national (RN) s’est renforcé.

Reconquête fait 5,88% et le RN 1% de mieux qu’en 2017. On peut supposer que ces presque 7% viennent du vote Siffredi de 2017. Ajoutons-les aux voix de Numa Isnard et on obtient une somme de 12,64% venant du vote Siffredi et qui n’aurait donc pas été vers Philippe Laurent. Insistons lourdement sur le fait que cette association ne suppose en rien une proximité idéologique entre Numa Isnard, Thibaud Simonin (Reconquête) et Patrick Yvars (RN). On se demande seulement comment s’est réparti l’électorat de Georges Siffredi.

Les transferts

Reprenons notre cheminement. Georges Siffredi fait 23,48% en 2017. 12,64% se sont portés vers trois candidats autres que Philippe Laurent, ce qui donne à penser qu’il a bénéficié de la différence, à savoir 10,84%. On aurait une toute petite moitié de l’électorat de Siffredi qui aurait voté Philippe Laurent en 2022. Comme celui-ci a fait 22,77%, il reste à expliquer d’où vient la différence, 12,13%. Ne prenez pas les chiffres après la virgule pour argent comptant, on est dans les grandes mailles.

Les 17 points de moins pour le parti présidentiel ont selon toute vraisemblance alimenté le vote Laurent. Si on estime que les quelque 12% viennent de là et c’est raisonnable, essayons de le confirmer en regardant où ont pu aller les 5% restant.

Or les gauches passibles de l’estampille NUPES en 2022 faisaient 21,23% en 2017[3] tandis que Brice Gaillard fait 22,76% en 2022. Le 1,5 point de différence peut être raisonnablement attribué à un transfert de l’électorat Macron de 2017. Quant au reste, il y a lieu de regarder le score remarquable même si peu commenté de Julien Gautrelet qui incarne le courant laïque hostile au ralliement à Mélenchon. Ses 4% ont de quoi expliquer une part significative du différentiel de Maud Bregeon.

Cela dit, les mouvements à gauche ont pu être plus enchevêtrés avec des transferts un peu plus importants d’électeurs d’En Marche venus de la gauche vers la liste NUPES et des transferts non moins importants d’électeurs de la gauche républicaine vers Julien Gautrelet.

Un électorat en deux moitiés de même poids

Refermons la parenthèse pour revenir à l’électorat de Philippe Laurent, comme candidat à la députation, lequel n’est de toute évidence pas identique à celui des municipales. On y distingue deux moitiés qui expliqueraient les 22,77% qu’il a rassemblés à Sceaux : 12% viendraient des électeurs En marche et environ 10% des électeurs LR et UDI.

Si la double origine des votes s’inscrit bien dans le positionnement centriste, la parité, si elle est vérifiée, a de quoi surprendre. Et ce qui fut perçu comme une hésitation à se positionner politiquement, hésitation qui s’avérera défavorable, témoignerait d’une réalité électorale. Et le maire aura probablement voulu attirer, parmi les électeurs de 2017 de LR ou d’En Marche, ceux qui votent pour lui aux municipales.

Mais l’importance majeure des enjeux de politique nationale, les « tout sauf » tel parti, aura eu raison d’une candidature nourrie d’une notoriété certaine, mais s’appuyant sur un parti, l’UDI, sans grande assise locale. L’époque des députés-maires (révolue depuis le non-cumul des mandats) rayonnait grâce à des partis puissamment implantés. Et la double sensibilité politique de son électorat (portée par des partis qui le concurrençaient) rendait la tâche du maire bien compliquée. Il semble à la netteté du résultat qu’elle était mission impossible.


[1] Taux de participation au 1er tour des législatives : 57,59% en 2017 et de 59,67% en 2022.
[2] Pour ne prendre que l’exemple du 1er tour des régionales des 2021, Valérie Pécresse rassemblait 41,74% des suffrages exprimés.
[3] Lasgi (LFI) : 6,79% ; Lanier (PS) : 6,55% ; Delrieu (EE) : 4,59% ; Pinçon-Charlot (Div. G.) : 3,30%

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *