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Une analyse des résultats locaux du deuxième tour : le vote Le Pen

L’élection présidentielle 2022 a débouché sur le même duel au second tour que celle de 2017. Il est donc possible de comparer les scores de la Marine Le Pen (MLP) aux deux élections (résultats en pourcentage).

On observe qu’en 2017, l’Ile-de-France est la région qui donne (de loin) le moins bon score à Marine Le Pen. Elle fait son pire score à Paris (10,32%) et dans les Hauts-de-Seine (14,35%). La situation est la même en 2022, mais la candidate a progressé à Paris (14,89%, + 4,67%), comme à peu près partout. On notera que sa progression dans les 5 villes étudiées ici est plus faible qu’en moyenne en France. C’est aussi le cas dans la région et le département. La progression la plus forte est observée dans les deux villes où le score de la candidate était déjà le plus élevé, Châtenay-Malabry et Fontenay-aux-Roses.

Évolution entre les deux tours

Deux candidats du premier tour ont appelé à voter au second tour pour Marine Le Pen : Eric Zemmour et Nicolas Dupont-Aignan. Les sondages (exemple ici) ont montré qu’une forte majorité de leurs électeurs (mais pas tous) ont suivi cette consigne. Ils ont montré aussi qu’une faible part des électeurs des autres candidats ont voté Le Pen au second tour, cette faible part semblant cependant un peu plus élevée pour les électeurs de Pécresse et de Mélenchon.

Ces taux de reports sur le vote Le Pen sont certainement variables selon les catégories sociologiques, les âges ou, ce qui nous intéresse ici, la géographie. Pour simplifier l’analyse, je n’ai pris en considération ici que les votes Zemmour, Dupont-Aignan et Mélenchon. Les deux premiers parce que le report sur Le Pen est massif, le second parce qu’il est celui des candidats éliminés qui a recueilli le plus de voix au premier tour et parce qu’il n’a pas appelé à voter Macron, contrairement à Jadot ou Pécresse.

J’ai donc comparé le nombre de bulletins pour la candidate au second tour et la somme de son score et de ceux des deux candidats ayant appelé à voter pour elle. Pour une plus grande visibilité, les scores sont en milliers pour l’Ile-de-France et la France.

Dans le département des Hauts-de-Seine et à Sceaux, la candidate recueille moins de voix que le total des voix qui s’étaient portées lors du 1er tour (le 10/04) sur elle, Zemmour et Dupont-Aignan : la ligne » solde » est négative. Dans les autres communes considérées, Le Pen fait plus que la somme des 3 candidats du 1er tour : la ligne « solde » est positive.

Pour expliquer ce solde positif, on observe que sous l’hypothèse supplémentaire que 5 % des électeurs de Mélenchon ont voté pour Le Pen, on obtient à peu près les résultats réels à Châtenay, Fontenay ou dans les Hauts-de-Seine.

Pour essayer d’être plus précis, j’ai calculé commune par commune quelle hypothèse il faut faire sur les reports de Mélenchon vers Le Pen pour expliquer les résultats réels. Cette hypothèse est formulée avec ce que j’ai appelé le taux apparent. Je l’obtiens en divisant le solde par le score de Mélenchon au 1er tour. On obtient un pourcentage apparent de report qui est bien sûr différent d’un pourcentage réel qui serait impossible à calculer. Il indique tout de même le degré d’attractivité de Marine Le Pen dans la région.

Bien entendu, cette simulation ne correspond pas à la réalité : des électeurs de Zemmour ou de Dupont-Aignan ont pu s’abstenir ou voter Macron, des électeurs de Pécresse, Jadot, Hidalgo ou Roussel ont pu voter Le Pen, certains électeurs de Le Pen au deuxième tour s’étaient abstenus au premier. Il y a même probablement des électeurs qui ont voté Le Pen au premier tour et Macron au second et d’autres qui ont voté Macron au premier tour et Le Pen au second !

Il faut noter que Marine Le Pen a obtenu au second tour sur la France entière, en plus de ses voix du premier, l’équivalent de l’ensemble des voix de Zemmour et Dupont-Aignan plus un quart des voix de Mélenchon, alors qu’elle en a obtenu nettement moins en Ile-de-France et dans les villes de notre échantillon : il suffit d’environ 5% seulement des voix de Mélenchon pour obtenir le score de Le Pen en Ile-de-France, à Châtenay et à Fontenay. Mieux, le report des voix de Zemmour et Dupont-Aignan suffit (presque) à Antony, Bourg la Reine et est plus que suffisant à Sceaux et dans les Hauts-de-Seine.

Ce que l’on peut traduire par une plus grande réticence à voter Le Pen chez les électeurs franciliens des candidats éliminés que dans le reste de la France. Réticence encore plus forte dans les Hauts-de-Seine.

On observe que les votes Zemmour et Dupont Aignan servent de « passerelle » pour le vote Le Pen.

Évolution par bureau de vote

Du coup, j’ai fait la même comparaison sur les 14 bureaux de vote de Sceaux. Attention, le raisonnement est plus fragile ici car on raisonne sur des volumes nettement plus petits : les décisions individuelles sont moins moyennées dans l’ensemble des votes.

Dans les bureaux de vote 2, 3 et 14, Marine le Pen recueille (en nombre) pratiquement tous les suffrages du premier tour de Zemmour et Dupont-Aignan. Dans les bureaux de vote 1, 8, 9, 10, 11 et 12, elle est même en dessous, parfois nettement comme aux bureaux 8, 10 et 11. On notera que les bureaux 10 et 11 sont ceux où Zemmour a fait son meilleur score sur la ville.

Elle dépasse au contraire ce total dans les bureaux 3, 5, 6, 7 et 13, ce qui ne recouvre qu’en partie les bureaux où Mélenchon a fait son meilleur score. Le report apparent de vote Mélenchon est le plus élevé dans les bureaux 6 et 7, mais reste plus faible qu’au niveau France entière.

Dans tous les cas, on observe localement une plus forte réticence au vote Le Pen que dans la moyenne française.

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