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Quel destin pour la villa Baltard?

J’ai rencontré courant octobre un habitant de la rue Bertron, Scéen de longue date.

Soucieux de la préservation de la qualité de vie scéenne, ce scéen a demandé à LGdS de relayer son inquiétude sur l’avenir de la villa dite Baltard, située au n° 26 de la même rue dans la mesure où il a appris de la bouche de membres de la famille propriétaire qu’ils ne souhaitaient plus conserver ce bien et le mettaient donc en vente.

Effectivement, la mise en vente est devenue une réalité ainsi que cela se vérifie sur le site « Lux Résidence »

Rappelons tout d’abord de quoi il s’agit: Victor Baltard, né en 1805 et mort en 1874, est un célèbre architecte français qui exerce à Paris sous le Second Empire et dont la création la plus connue de tous sont les anciennes Halles de Paris, dont il ne reste plus aujourd’hui que le fameux « Pavillon Baltard », qui est déménagé à Nogent-sur-Marne en 1976 et qui est classé monument historique en 1982.

Victor Baltard fait l’École des Beaux-Arts de Paris et en sort dix ans plus tard, en 1833, avec le grand prix de Rome. De 1834 à 1838, il vit à Rome comme pensionnaire de l’Académie de France, la célèbre Villa Médicis, véritable pépinière de jeunes artistes qui bénéficient de tout ce qui favorise la création de leurs projets. Il est de retour à Paris en 1842 et il devient en 1849 l’architecte de la ville chargé des églises.

Il rénove plusieurs édifices : les églises Saint-Germain-des-Prés, Saint-Eustache, Saint-Séverin et Saint-Etienne-du-Mont. Puis il est nommé, en 1859, directeur des Services d’architecture de la ville de Paris. Il atteint la consécration quatre ans plus tard lors de son élection à l’Institut. C’est à cette époque qu’il réalise les Halles de Paris entre 1852 et 1872. Elles sont démolies en 1972-73 après que les toutes nouvelles Halles de Rungis en eurent repris l’activité.

C’est en 1858 et 1859 que Victor Baltard achète trois lots dans la rue de Bertron 1859 pour y construire sa villa au numéro 26.

Le site se caractérise également par la présence d’un séquoia géant qui s’ajoute aux deux autres de la rue, au n°16. Il est également remarquable par la surface du terrain, mais n’est cependant pas classé.

Notre Scéen, proche voisin de la villa et donc de ses propriétaires, a appris d’eux qu’ils ne souhaitent plus conserver la bâtisse. Il estime qu’ils sont conseillés par des architectes respectueux de la villa et de la préservation de son environnement, mais il redoute qu’une mise en vente ne débouche sur un programme immobilier comme il estime en voir trop fleurir. Toutefois, l’annonce citée plus haut montre que les propriétaires cherchent à la vendre en l’état. Y parviendront-ils ? Ou bien n’est-ce que la première étape d’un projet plus ambitieux ?

Poussé par la volonté d’agir à titre préventif, il me parle avec passion des constructions récentes contre lesquelles il n’a pas de mots assez durs, comme ce qu’il désigne comme une « verrue » rajoutée à une maison ancienne rue Michel Voisin, ou bien le cas de l’ancien conservatoire du boulevard Desgranges, ou encore l’ancien bâtiment de la Sécurité sociale, remplacé par un immeuble atteint de gigantisme …la liste est longue. Il considère qu’il y a une accélération du phénomène de construction à marche forcée, avec une architecture débouchant sur des bâtiments qui, pour lui, se fondent mal dans l’harmonie scéenne.

Que l’on soit bien clair, il ne s’agit pas d’ouvrir ici le débat sur la densification urbaine, sujet à part entière bien difficile, car le risque est grand de tomber dans l’un des deux extrêmes, aussi condamnables l’un que l’autre, me semble-t-il : une vision rétrograde qui consiste à vouloir figer notre ville dans une image passéiste, élitiste et plus verte qu’humaine, et une vision « constructiviste » à tout crin, au mépris de la personnalité de notre commune.

Il craint simplement que la division d’un si grand terrain, comprenant notamment un tennis, en plusieurs lots, ne finisse par une construction d’un, deux, trois immeubles qui changeraient tout le caractère de la rue Bertron, constructions dont on parle beaucoup rue Bertron.

« Ne peut-on pas s’agrandir sans saccager et défigurer tout en préservant l’environnement et la tranquillité des habitants avec des projets urbains raisonnables, respectant l’existant ? » se demande-t-il…

Animé par le souci de prévenir une éventuelle évolution dommageable de la villa Baltard, notre Scéen nous dit avoir saisi Stéphane Bern après avoir remarqué son intervention au sujet de la « Villa Napoléon III » de Meudon. Il est en attente de sa réponse sur laquelle il mise pour préserver l’intégrité d’un bâtiment qui mérite de l’être.

C’est aussi pour cela qu’il a écrit ou va écrire à Roselyne Bachelot, ministre de la Culture.

Affaire à suivre, donc.

La mairie aura peut-être également envie de s’exprimer sur le sujet…

  1. Jean-Claude Herrenschmidt Jean-Claude Herrenschmidt 13 décembre 2021

    Je pense que le pavillon lui-même ne risque pas grand-chose.
    Par contre; le reste du terrain…?
    Il faut faire un peu de gymnastique pour trouver quelques lignes qui permettent de comprendre quelles pourraient être les intentions de la Ville sur l’avenir de cette propriété.
    Tout ceci est réglementé par le PLU que l’on peut consulter ici https://www.sceaux.fr/mon-quotidien/urbanisme, puis en allant cliquer sur le titre : Rapport de présentation du PLU.
    Dans ce long rapport, vous allez à la page 294 pour comprendre que sous le titre « 6- La modification n°2 du PLU, approuvée le 10 février 2021 », il pourrait être instructif d’aller voir ce que contient cette modification.
    Je suis donc allé consulter, aux prix de quelques extensions/flexions supplémentaires, la NOTICE DE PRÉSENTATION de juin 2020 qui a fait l’objet, dans les règles, d’une enquête publique de fin septembre à fin octobre 2020, puis finalement a été approuvée par le conseil de Territoire.

    À la page 81 de cette notice on peut lire ce texte :
    En corrélation avec les modifications apportées au règlement, le plan de zonage est modifié afin d’y intégrer :
    • de nouveaux espaces verts protégés (EVP), identifiés en application de l’article L.151-23 du code de l’Urbanisme qui dispose que le règlement peut identifier et localiser les éléments de paysage et délimiter les sites et secteurs à protéger pour des motifs d’ordre écologique, notamment pour la préservation, le maintien ou la remise en état des continuités écologiques.

    On peut alors se dire que la Ville va mobiliser tous les moyens proposés par la réglementation pour protéger les espaces verts qui sont sous sa bienveillante responsabilité. Mais là, il ne faut surtout pas s’arrêter après cette longue recherche en allant se coucher l’esprit en paix. Car, comme chacun sait, le diable est dans les détails. Il faut donc lire la suite en page 82 pour trouver les quelques lignes concernant spécifiquement la propriété de l’architecte Victor Baltard.
    Et voilà ce texte accompagné d’une belle photo aérienne :
    • les espaces arborés de la propriété du 26 rue Bertron – il s’agit d’une des plus vastes propriétés privées de Sceaux. L’architecte Victor Baltard y avait construit sa maison, de style italianisant, au sein d’un vaste parc clos de hauts murs, en partie boisé. Cet espace a une valeur écologique certaine et il constitue un élément de paysage par la végétation arborée qui émerge du mur de clôture. Il est ainsi proposé de classer les parties les plus représentatives du parc en EVP : la partie boisée située au nord-ouest ainsi que le jardin arboré qui se développe devant la villa Baltard. Le centre du terrain et sa partie sud-ouest ont été aménagés (tennis, potager) et présentent moins d’intérêt du point de vue écologique. Surface : environ 2 300 m².
    La lecture attentive de texte avec l’aide de la photo aérienne qui l’accompagne montre toute son ambiguïté. En fait, en prenant pour prétexte la protection d’une maison d’architecte et des espaces arborés qui l’entourent comme on le voit sur la photo, le zonage montre explicitement qu’une partie de cette propriété (tennis, potager) ne sont, de fait, pas reconnus comme EVP (espace vert protégé) et donc clairement pas protégés du tout. On peut noter en passant qu’un potager a « moins d’intérêt du point de vue écologique ». Moins d’intérêt que quoi ?
    Et voilà, le tour est joué. La réglementation est respectée et, avec la bénédiction d’une procédure sans faille, ouvre clairement la possibilité de faire… ce qu’on veut…
    Le tribunal administratif le plus pointilleux n’y trouverait rien à redire.
    Bonne chance au Scéen qui a saisi Stéphane BERN.

  2. Visse Visse 8 janvier 2022

    Effectivement, la séparation du terrain en 2 lots dont 1 lot sur lequel se trouve la Villa Baltard ne s’est pas faite attendre. Quant au 2ème lot soit 4 331 m2, un permis de construire (PC 092 071 21 0003) a été accepté en mairie le 17 décembre pour 13 logements et un parking sous-terrain de 15 places. Projet décrit par le maitre d’ouvrage et les architectes comme discret, sur mesure et en symbiose avec le site … adieu le potager et le tennis ! La messe est dite.

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