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Invincible incivilité ?

Petit focus sur un point abordé lors de la sixième rencontre « Parlons des Blagis », le 30 mars. La commissaire de police de Châtenay-Malabry qui était invitée a fait une intervention courte et intéressante sur la confusion fréquente entre incivilité et insécurité. Elle se référait en cela à des interventions qui ont parlé parfois de l’un, parfois de l’autre. Pour fixer les idées, elle a proposé deux définitions. L’incivilité, c’est un comportement qui ne respecte pas les règles de vie en commun. L’insécurité, c’est l’appréhension d’être victime d’un acte criminel.

Le comportement de certains peut susciter le sentiment d’insécurité, mais durant ses promenades dans le quartier, non comme policière, mais comme simple quidam, elle ne l’éprouve jamais. Rien à voir, dit-elle, avec les cités dont on parle tant.

Si l’on repense à sa distinction, on remarque qu’effectivement, il y a des délits sans incivilité, comme des fraudes, des ventes à la sauvette. Mais on ne peut pas vraiment dire que des vols ou, pire, des agressions ou des crimes soient de l’incivilité. Ou manière de plaisanter. Le deal de drogue, dont plusieurs ont parlé, même s’il est lourd de menaces, n’est pas franchement à classer dans les impolitesses. On peut être un dealer très courtois.

Bien sûr, les menaces, insultes, dégradations, squats… sont à la fois des délits et des incivilités. Personne n’a vraiment évoqué ce type de situations. Si elles se produisent, elles doivent être suffisamment rares pour n’avoir pas trouvé d’écho. Durant les différentes rencontres, l’insécurité (considérée comme une crainte de crimes ou délits réels) n’est pas apparue comme une caractéristique des Blagis.

En revanche, sont revenus assez souvent des abandons d’objets dans l’espace public (en dehors des poubelles évidemment), des rassemblements bruyants de jeunes dans les halls d’immeubles, les crottes de chien dans le parc des Bas-Coudrais, tous ces petits manques de respect des règles de la vie en société. Le problème est qu’ils ne peuvent pas être poursuivis ; elles ne constituent pas des infractions au sens du Code pénal. Leur répétition au quotidien, sans que les institutions (police, justice, mairie) puissent intervenir, les rend d’autant plus insupportables.

Il n’existe pas de code de la civilité pour régir les relations humaines. Et souvent, plus que de la civilité, on attend, on espère de la courtoisie. La confiance entre voisins a plusieurs fois été citée comme un élément de bien-être dans le quartier. On a l’impression que cette qualité des voisinages ne se retrouve pas à l’échelle du quartier. Toujours est-il que le manque de courtoisie n’est pas un comportement sanctionnable ; il ne contrevient à aucune interdiction.

Si le constat est souvent partagé, les avis divergent sur les explications. Deux tendances se sont bien fait sentir parmi les participants. La responsabilité est du côté de la mairie ou du bailleur qui ne nettoient pas assez, entretiennent mal. Par ailleurs, les occupations proposées aux jeunes sont insuffisantes. Pour les autres, il y va de la responsabilité des individus. L’éducation à la civilité commence dans les familles ; c’est aux gens de ne pas jeter n’importe quoi n’importe où.

Il y a ceux pour qui c’est le problème social qui crée les incivilités, en créant un sentiment d’abandon, de révolte. Pour d’autres, les incivilités créent le problème social et poussent les habitants qui le peuvent à quitter le quartier dès que possible.

Si le débat s’approfondit, il fera peut-être apparaître des complémentarités entre des positions aujourd’hui éloignées. Pour ne prendre qu’un exemple, jeter ses déchets dans l’espace public est l’affaire de chacun et il n’y a pas à se défausser. En même temps, il revient à la collectivité de montrer la voie en renforçant (un temps du moins) le nettoyage pour empêcher que la malpropreté soit considérée comme normale.

L’analyse que propose la mairie pour le 1er juin établira plus sûrement que ce petit retour comment les sentiments se sont exprimés. Citons tout de même, pour prendre un peu de recul, un rapport du Sénat dans lequel on peut reconnaître bien des propos tenus. Comme quoi, la question n’est pas si particulière aux Blagis. Il y est question de cette incivilité « qui reste souvent impunie et qui est très mal vécue au quotidien par les citoyens. » Ce sont ces gestes, « et non les formes plus graves de délinquance, qui « empoisonnent » le plus la vie des citoyens aujourd’hui et qui sont en grande partie responsables du sentiment d’insécurité. »[1]


[1] Rapport du Sénat : https://www.senat.fr/rap/r01-340-1/r01-340-18.html

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