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Une ardeur « martiale »

Son emploi du temps est tendu. La situation critique de son club l’a mise sur les charbons ardents. Un rendez-vous n’est pas simple à arranger, mais on arrive à coincer un créneau. Le plus simple est un café. Allons pour le 157. Face à la gare de RER Robinson, le lieu est le plus pratique.

Maryline Pignarre est la directrice du club d’Arts martiaux de Sceaux. Sa volonté farouche de le faire vivre est pour elle une affaire de mémoire, de fidélité. Son mari, Stéphane, champion de Taekwondo disparu prématurément il y a un an et demi, l’avait fondé. Elle veut pérenniser son engagement. Elle veut qu’il survive. Il y a du symbole et il se lit dans la détermination de cette femme fine et élancée, convaincue, convaincante, décidée à ce que le club qu’elle a animé avec lui demeure. Il y a chez elle une obstination qui ne relève pas que de la seule conviction des bienfaits, tout réels qu’ils soient, de la pratique sportive.

La stupéfaction

L’annonce du mercredi 23 septembre a été, pour elle, un coup de massue. Dans les zones d’alerte renforcée (les Hauts-de-Seine en faisaient partie), elle comportait la fermeture des salles de sport et gymnases. Une réaction immédiate, fébrile, des interventions des responsables sportifs des départements concernés ont permis d’alléger la mesure, et le vendredi 25 elle maintenait l’activité pour les petits et les adolescents de moins de 18 ans.

L’ajustement, qu’elle évoque comme un rétropédalage, n’a pas empêché de jeter un certain trouble parmi les adhérents ; avec le risque de freiner les renouvellements d’adhésion et de démotiver de nouvelles volontés. En ce sens, et Maryline Pignarre en soulignera plusieurs fois l’importance, la situation de septembre est profondément différente de celle de mars.

Lors du confinement, les clubs terminaient la saison. Dans chacune de nos sections, les relations entre coachs avec les adhérents étaient bien établies. Ils se connaissaient. Nous avons pu réagir vite et organiser des sessions en visioconférence ou en extérieur. Cette distanciation n’a pas nui.

Aujourd’hui, la situation est à l’opposé. La mesure arrive en pleine période d’adhésion. Et à un moment où, avec la Fête des Sports organisée par la ville, les choses démarraient plutôt bien. Mais la mesure a été relayée par un matraquage médiatique, avec des chaînes comme BFM, et c’est de la peur qui a été injectée à haute dose. Comment voulez-vous que ça ne dissuade pas les gens ?

Les salles de sport n’ont jamais été aussi propres

Cette situation est pour nous fondamentalement injuste. D’une part, le club applique scrupuleusement les protocoles sanitaires en vigueur, les recommandations de la fédération. Ensuite, nous avons même proposé des mesures complémentaires pour prévenir mieux encore les risques sanitaires.

Pas une consigne que nous ne respections pas, depuis le lavage des mains, le gel sur les mains et les pieds, jusqu’aux masques et aux registres de présence… J’en passe, et on a l’impression que ça ne suffit jamais. Nous sommes associés aux bars, alors que le comportement des sportifs, en situation d’apprentissage, n’a absolument rien à voir. Y a-t-il eu jamais, continue-t-elle avec une pointe de colère vite maîtrisée, un cluster créé dans une salle de sport ou un dojo ?

Une concurrence biaisée

Elle prend une gorgée de café. Elle est calme et pourtant on sent poindre quelque chose comme un agacement. On ne tarde pas à connaître la cause.

On sait combien, en mars avril, l’application à la France entière des mesures sanitaires a été contesté. On demandait de différencier selon les territoires. Cela a été écouté, ce qui n’est pas sans conséquence. Car Sceaux est proche des frontières des Hauts-de-Seine. Et les départements voisins, l’Essonne et les Yvelines, en simple statut d’alerte, ne se voient pas appliquer les mêmes contraintes. Leurs salles de sport peuvent continuer à fonctionner pour les adultes et les enfants. On croit comprendre ce qui se passe. Elle le confirme aussitôt. Des files se forment pour s’inscrire dans les salles de villes alentour. Une offre concurrente se construit sur les effets de l’épidémie. Et le pire est qu’elle n’y peut rien. Qu’elle est sommée d’attendre. Et d’espérer seulement que les adhérents ne se détournent pas tous de Sceaux.

Bien sûr, il y a pour elle et les deux autres employés de l’association le risque du chômage et, du moins, de la perte de salaires. Ce n’est pourtant pas ce qui a été évoqué. Est-ce que les compensations gouvernementales amortissent encore le choc ? Est-ce par pudeur ? Toujours est-il que l’entretien a été animé par la volonté de se battre, de défendre un club qui compte et qui touche des centaines de Scéens, par la demande de soutien des adhérents, par la demande faite aux politiques de mieux considérer le cas des salles de sport.

Mais pas de solution miracle, mais des solutions quand même

Sa détermination tient-elle à son parcours ? A sa pratique des Arts martiaux ? Native de Sceaux à trois ans près, l’élève de l’école du Centre, en maternelle et en primaire, puis de Marie-Curie, de l’IUT avant de passer par Paris pour une école de commerce, Maryline Pignarre semble vouloir faire du mauvais sort fait aux clubs une sorte de cause. « La santé, dit-elle, accable le sport, quand le sport maintient la santé ! » A ne pas prendre au pied de la lettre, bien sûr. C’est un résumé. Mais l’idée transparaît d’une contradiction au cœur des décisions sanitaires. Il n’y a pas de solution miracle. Elle le sait. Cela ne la démobilise pas. Des alternatives se dessinent déjà. On sent qu’elle va en trouver. Elle veut protéger coûte que coûte ce qui est à ses yeux à la fois de nobles arts et un devoir de mémoire.

  1. Martine Ribeyrolles Martine Ribeyrolles 6 octobre 2020

    Bravo Maryline ! Continue à te battre, continue à exister, ton combat portera forcera ses fruits. Tu as une immense qualité, dont bénéficient tes enfants en premier et tes clients sportifs : le courage ! Alors bonne continuation et que le bon sens revienne au plus vite pour t’en récompenser. Bien amicalement
    Martine

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