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La géométrie vivante de Medjid Houari

L’exposition de sculptures de Medjid Houari qui s’est tenue à Châtenay a profondément touché Olivier Berger. Il a voulu partager son émotion. La Gazette l’accueille d’autant plus volontiers qu’elle a été elle-même sous le charme de l’artiste.

Le Pavillon des Arts et du Patrimoine de Châtenay-Malabry nous avait habitués à des expositions d’art contemporain de qualité. En voici une de plus à mettre à son palmarès, à travers la présentation publique des œuvres de Medjid Houari, sculpteur originaire des Yvelines, diplômé des Beaux-Arts de Paris. Intitulée L’angle et la courbe, l’exposition s’est déroulée du 17 mars au 2 mai 2026.

Travaillant le fer, la pierre et le bois, ainsi que le cuivre, l’artiste opère tel un architecte à la recherche d’une structure et d’un remplissage. On pourrait simplement résumer sa démarche à travers deux mots : ordre et désordre. Il oscille entre les deux, cherchant un équilibre dans une œuvre modifiée par un élément perturbateur qui s’intègre à elle pour faire d’elle ce qu’elle est, une œuvre intemporelle qui ne peut connaître la perfection. Ainsi d’un cube tel un livre aux pages cornées, usure naturelle brisant l’unité du volume (Mémoire, 2001). Une sphère attaque l’arrête d’un cube, des dalles de pierre empilées sont décalées, une plaque de tôle lacérée bouge dans tous les sens comme si elle était sous l’effet du vent. Ou un cube a un côté qui s’ouvre de manière inattendue.

Du monumental à l’intime

Les sculptures de Medjid Houari peuvent être grandes ou petites, s’intégrer à une salle de séjour autant qu’à une place publique de l’esplanade de La Défense. Ce sont des « immobiles » qui ont été transformés ou touchés par un élément qui les déforme ou les endommage. Ces immobiles se contemplent sous l’angle que l’on veut et il faut absolument en faire le tour pour les voir et les comprendre. Le sens de l’œuvre apparaît au regard différemment selon la position. Houari a de l’expérience sur les grandes échelles, il a participé à la mise en œuvre d’une mosaïque monumentale sur l’église Notre-Dame de Maurepas conçue par Robert Lesbounit (1973).

La géométrie parfaite devient imparfaite sous l’action d’un élément ajouté par l’artiste. Il nous dit que rien n’est figé une fois pour toutes, que rien n’est définitif, le changement survient au coin de la rue, imprévisible, pour faire autre chose d’une œuvre initiale. Les escaliers menant nulle part sinon devant une dalle ou un tuyau sont là pour rappeler que la construction d’une œuvre à partir d’éléments industrialisés est infinie, lesdits éléments se combinant à souhait. L’architecture moderne épure les formes, les dépouille pour les rendre presque brutes. Medjid Houari reprend ces formes et met de la rondeur et du mouvement dans le figé, le rectiligne. Ses bijoux en cuivre se marient parfaitement aux sculptures qui bougent et dont on croit percevoir les mouvements. Elles reflètent la personnalité de l’artiste qui joue sur les contrastes entre matériaux tout en cherchant un équilibre. Sans socle, ses œuvres sont là pour habiter le monde quand elles adoptent une dimension monumentale, dans un parc en pleine nature. Leur couleur est moins importante que leurs formes.

À la forge : pleins et vides

Né en usine, l’acier brut ou patiné se décline autant que le souhaite le sculpteur qui jongle avec ses outils, les maîtrisant à merveille au gré de l’inspiration. Ensuite, la lumière ajoute une touche en masquant ou surlignant les volumes pour faire varier la perception de chaque œuvre. Un élément absent ou déplacé est-il, aux yeux de l’artiste, une allégorie du manque et de son désir humain de chercher à le combler ? Communication (2010) relie ainsi, difficilement, un morceau séparé d’un cube. Les 3 marches (2007) mènent à un vide dont le spectateur imagine ce qu’il incarne : est-ce son destin ou sa route à tracer, l’avenir qu’il va se forger à partir de rien ? Deux films projetés en salle d’exposition permettent de mieux comprendre la démarche de Medjid Houari dans son atelier.

L’opposition entre les pleins et les vides et le travail de composition qu’il engage rapproche bien Medjid Houari d’un architecte. On ressentira une parenté avec l’œuvre d’André Wogenscky et de sa femme la sculptrice Marta Pan, œuvre totalement intégrée au mouvement de l’architecture moderne, comme son prolongement, avec le jeu entre les lignes droites et les courbes sur de grands volumes.

Olivier Berger

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