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Une fois que tu sais

Emmanuel Cappelin a réalisé un long métrage documentaire sur les questions liées au changement climatique. C’est son premier film et il vient de sortir. Il propose une analyse qu’il appuie sur un nombre d’entretiens avec des spécialistes du climat, des extraits de conférence, des descriptions de lieux que l’ancien chef opérateur d’Arthus-Bertrand sait filmer.

« Une fois que tu sais » est dédié à ceux qui donnent leur vie à la recherche sur le climat ; il rend hommage à l’action collective et solidaire permette de préparer une transition la plus humaine possible.

A mes yeux, il résume bien toute l’ambiguïté et la somme de contradictions que nous devons affronter. Déjà, le titre du film laisse sous-entendre que savoir suffit à changer nos comportements et le sens de notre vie. Est-ce bien vrai?

D’abord, Il faut accepter qu’il y a quelque chose d’inéluctable dans la situation actuelle. Le changement climatique, nous sommes contraints de le vivre qu’on le veuille ou non, et il pose une question existentielle. Ainsi, nous savons tous, individuellement, que nous allons mourir. Qu’est-ce que cette prise de conscience radicale provoque au plus profond de notre moi, dans ce qui guide mes choix de vie?

Ce que je vois, ce que je lis et entends me conduit à penser qu’il n’y a pas de réponse unique, et que chacun s’accommode de ce qu’il trouve.

Le changement climatique est en cours, le GIEC le montre assez pour qu’on n’ait plus besoin de le démontrer (il n’est pire sourd que celui qui ne veut entendre). Les conséquences en sont imaginables, descriptibles, déjà visibles et vécues.

Vais-je me résigner et subir, ou puis-je « faire quelque chose » pour que…… ? Et c’est bien là que le problème se noue. Pour que …… quoi?

Que faire avec en perspective, la mort. Après d’autres et avant d’autres dont font partie ceux qui me sont chers. Et, justement, quelle réponse ou quel exemple puis-je leur donner qu’ils acceptent comme juste.

Et puis donner sa vie : comment ? Comme le sergent Marcel Kalafut, mort pour la France au Mali, ou bien comme mère Teresa qui a donné sa vie au service des autres?

En descendant dans la rue pour partager et hurler des slogans anti…quelque chose ? Ou bien en s’astreignant à une vie réduite pleine de renoncements, en espérant… ? Quoi, au fait ?

Pour mère Teresa, elle l’a clairement dit. Pour le sergent Kalafut on peut s’interroger : le sens du service, au nom de quoi ? La gloire ? Une médaille fût-elle posthume ? Le devoir ?

Et pour moi ? En faisant de la recherche sur le climat ? En participant à des actions comme celles engagées par le Shift Project[1] ou encore ZEN 2050[2], en espérant limiter les effets de ce changement ? Alors que je sais que toute action n’est que transformation d’énergie, et encore aujourd’hui majoritairement d’origine fossile ? Et donc…

Pour d’autres et ils sont nombreux, peu importe, pourvu qu’on fasse quelque chose, n’importe quoi, mais on ne peut pas rester « les deux pieds dans le même sabot ». Ne serait-ce pas de l’activisme… aveuglant et aveuglé ?

Agir empêcherait-il de penser ? Bien compliqué tout ça.

Le documentaire qui est un appel militant à l’action radicale m’a laissé en plein doute.

Faut-il envisager dès maintenant de basculer dans une économie de guerre faite de rationnements, de restrictions, de difficultés pour tous, de souffrances pour beaucoup, comme l’on fait nos parents et grands-parents depuis 1940 jusqu’en 1949 ?

Comment fonder un espoir collectif sans une ambition plus haute que notre seul sens de la conservation ?


[1] Le Shift Project est un think tank qui travaille sur les questions climatiques et environnementales. Son site est très intéressant.
[2] ZEN 2050 Maintenant est une association scéenne qui s’emploie à décliner concrètement, au plan local, les plans d’actions initiés aux niveaux national ou territorial.

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