Cécile Verna exerce comme médecin psychiatre, responsable du centre d’accueil et soins pour adolescent (Casa) L’Odyssée à Sceaux. Le centre est rattaché à l’établissement public de soin ERASME, spécialisé en santé mentale, qui couvre une partie des communes du département des Hauts-de-Seine. Elle est détachée pour 20% de son temps (activité d’intérêt général, AIG) auprès de l’association Seuil qui organise des marches éducatives.
Une demande qui explose pour les adolescentes
Selon la Drees, les gestes auto-infligés (GAI) augmentent depuis 10 ans chez les adolescentes : Le nombre d’hospitalisations pour GAI augmente chez les adolescentes et les femmes de moins de 25 ans depuis 2017, une hausse qui s’est accélérée à partir de 2021 et persiste au-delà de la période post-covid. 516 femmes de 15 à 19 ans sur 100 000 ont été hospitalisées en 2023 pour GAI (+ 46 % par rapport à 2017).
Pour l’Odyssée, cela se traduit par une augmentation de la charge et l’obligation de répondre en priorité aux cas graves. Environ 5 demandes par mois sont issues de l’hôpital (des services d’urgences pédopsychiatriques, de la pédiatrie ou bien des services de psychiatrie), le plus souvent à la suite d’un passage à l’acte
Une offre publique de soins psychiatriques sectorisée
(Un secteur psychiatrique correspond à un territoire qui regroupe plusieurs communes. Est associée à ce territoire une équipe pluridisciplinaire qui assure l’accueil et la prise en charge des résidents du secteur souffrant de troubles psychiques.)
L’EPS Erasme organise l’offre de soins de 3 secteurs de psychiatrie adulte et 3 secteurs de psychiatrie infanto-juvénile. Le service 7 couvre les communes d’Antony, Bagneux, Bourg-la-Reine, Châtenay-Malabry, Châtillon, Fontenay-aux-Roses et Sceaux pour les enfants et les adolescents.
Le centre d’accueil et de soins pour adolescents (CASA), l’Odyssée, accueille les adolescents de 12 à 18 ans.
L’équipe est composée de deux médecins (1,4 équivalent temps plein ou ETP), 3 psychologues (2,5 ETP), une éducatrice, une assistante sociale, 3 infirmières (1,8 ETP) et deux secrétaires (1,5 ETP) deux assistantes chargées notamment de l’accueil et des prises de rdv.
La prise en charge
La demande arrive la plupart du temps par les parents ou bien des services de l’aide sociale à l’enfance (200 à 250 par an), et il faut d’abord faire la part des choses, définir s’il y a besoin d’une intervention psychiatrique et cela se réalise lors d’une commission en équipe. Une éventuelle prise en charge doit bénéficier de l’accord des 2 parents, puisque le jeune est mineur. La condition est parfois compliquée à obtenir.
Beaucoup des jeunes (parfois très jeunes, à partir de 12-13 ans) qui arrivent se scarifient (ou plus rarement se brûlent) : ce sont des jeunes qui souffrent d’une angoisse intense sur laquelle ils n’arrivent pas à mettre des mots. Passer par la douleur physique est un moyen d’atténuer provisoirement la douleur mentale et de montrer à l’entourage un mal-être qui ne peut se dire.
Pour le psychiatre, il s’agira de trouver la cause de l’angoisse. Mais ce n’est généralement pas possible immédiatement et c’est le plus souvent multifactoriel : il faut d’abord que le jeune soit suffisamment en confiance pour parler. Dans un premier temps, il faut apaiser et contenir l’angoisse et ce sont les infirmières qui interviennent, par les soins rendus nécessaires par les gestes auto-infligés.
L’écoute du jeune par le psychiatre vise d’abord à comprendre ce qui l’angoisse ou fait souffrance. Souvent (pas toujours !) la souffrance chez l’adolescent est l’expression d’un mal être familial ou parental, et il est possible que ce soient les parents qui vont mal, parfois en raison de troubles psychiatriques. On retrouve beaucoup de traumatismes transgénérationnels, y compris des problèmes de violences sexuelles, par exemple subies par l’un des parents dans son enfance.
L’intervention des psychologues se fait plutôt après cette phase de diagnostic et d’apaisement de la crise, pour le suivi psychothérapeutique individuel et/ou familial.
Le cas échéant le psychiatre fait appel à des unités spécialisées dans un problème particulier, mais c’est lui qui reste le référent pendant la durée du suivi (jusqu’à 4 ou 5 ans), jusqu’à ce qu’il puisse devenir un adulte autonome, c’est-à-dire qu’il sache de lui-même anticiper une rechute en consultant, jusqu’à sa majorité, jusqu’à l’arrêt des soins ou bien la nécessité d’un relais en CMP adulte
Le plus important dans la psychiatrie c’est l’écoute, l’accueil de la souffrance.
L’équipe se réunit plusieurs heures tous les vendredis matin, pour partager les informations sur les patients. Une supervision psychologique existe aussi, par exemple pour parler des jeunes qu’on n’arrive pas à soigner ou pour lesquels les parents sont en difficultés pour comprendre la souffrance de leur enfant et leur besoin. Une des choses qui irrite le plus le docteur Verna est l’attitude d’une justice qui procède trop souvent à des non-lieux dans des cas de violence sexuelle qui ont conduit la victime à devenir l’un ou l’une de ses patients.
Association Seuil
Un praticien hospitalier peut choisir de consacrer jusqu’à 20% de son temps à une activité d’intérêt général : Cécile Verna a choisi l’association Seuil.
Cette association propose à des jeunes en difficulté des séjours de rupture : partir à pied pendant 3 mois avec un adulte accompagnant. Un film (Compostelle) a été tiré du livre Marche et invente ta vie de Bernard Ollivier, l’un des fondateurs de l’association (voir bande-annonce).
Seuil est une association habilitée Lieu de Vie et d’Accueil qui s’adresse à des jeunes en rupture scolaire, en difficultés familiales et sociales, éventuellement engagés sur le chemin de la délinquance. Elle travaille avec Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ) et l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE).
Les accompagnants sont des hommes et des femmes âgés de 20 à 55 ans, disponibles 3 mois pour accompagner une jeune fille ou un jeune garçon de 14 à 18 ans pour la durée de la marche. Ils sont payés pendant la durée du séjour. Être disponible trois mois est évidemment un critère de sélection fort : les accompagnants sont des personnes en reconversion professionnelle ou qui ont pris une année de césure ou des travailleurs saisonniers.
Les jeunes sont volontaires et doivent rédiger une lettre de motivation. Le projet est initialement porté par son éducateur référent qui demande l’accord auprès de sa direction (PJJ ou ASE) en accord avec le juge s’il y en a un. Le prix de journée est élevé car c’est un accompagnement individuel au quotidien et l’association le finance à 15%, le reste étant financé par la structure qui s’occupe du jeune.
Les jeunes sont rencontrés au préalable (voir procédure d’admission) par le directeur de l’association et/ ou Cécile Verna, notamment pour expliquer comment se passent les marches, les questions pratiques et les règles à respecter avec une mise en lien avec les services de soins psychiatriques s’il y en a.
Cécile Verna rencontre également les futurs accompagnants, qui doivent au préalable passer un entretien en présentiel. Le rôle proposé est exigeant et il faut vérifier que la personne tiendra le coup. Il y a environ dix fois plus de candidats que de missions : l’association peut donc choisir et ne pas prendre une personne qui ne lui parait pas sûre.
Les jeunes et leurs accompagnants racontent la marche au quotidien sur les carnets de route. Ce n’est évidemment pas un long fleuve tranquille. Certains jeunes abandonnent en route. Il arrive aussi que l’association mette fin à la marche en cas de fait grave. Les résultats à court, moyen ou long terme pour les jeunes sont variables et pas forcément connus de l’association. Le nombre de jour moyen est de 60 jours, chaque jour marché est déjà une très grande réussite pour ces jeunes qui parviennent pour la première fois de leur vie à faire un choix pour eux, pour prendre soin d’eux et s’en sortir. L’association fait faire des évaluations du système pour l’améliorer. De nombreux accompagnants se montrent ensuite prêts à recommencer.
La marche est un véritable levier d’accès à un pensée subjective, à l’apaisement des souffrances internes, et notamment traumatiques par le biais de la richesse sensorielle qu’elle offre avec la nature, et par le pouvoir de la mise en mouvement. De nombreuses jeunes filles se sont sorties d’un réseau d’exploitation sexuelle grâce à Seuil, ont pu se reconnecter à leur corps anesthésié et meurtri et ont exprimé leur désir de s’éloigner de leur relation toxique après la marche pour aller vers une formation professionnalisante.
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Clinique FSEF Sceaux (anciennement Dupré)

