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Eva Darlan, des planches aux pages

La Gazette-. Comment situez-vous les différences entre créativité d’auteur et créativité d’actrice?

Eva Darlan-. Il n’y a pas de différence : quand on est artiste, on est artiste. Je joue, j’écris, je mets en scène, ce sont des moyens d’expression. J’ai beaucoup d’admiration pour Anny Duperey. Elle fait tout : elle peint, photographie, écrit, monte sur scène…
Sur scène, on ne fait pas semblant, on s’approprie le personnage, on est le personnage. Il y a des acteurs magiques parce qu’ils sont le personnage. Jacques Villeret était à cet égard un génie absolu. La vraie place de l’acteur est sur les planches. C’est pareil pour les chanteurs. Quand on est sur scène, on est fragile, on est une cible des sentiments du public, des vagues de rire, d’émotions, de silence. Ce qui se passe entre l’artiste et le public, c’est de l’amour. Sur scène, les échanges de sentiment sont très très forts. Bien sûr, il y a aussi la technique pour bien lire un texte et continuer à le lire bien, écouter les camardes. Et dans le même temps, il y a ce contact avec le public.

Dans mon dernier roman, il y avait un personnage que je n’aimais pas. Je ne voulais pas faire plus que lui consacrer quelques pages, mais il s’est imposé à moi pendant quatre chapitres.
C’est complexe d’être artiste. On ne fait pas partie de la société, on n’est pas comme tout le monde. L’artiste est là pour montrer une autre voie à la vie et à la société ordinaire. Être artiste, c’est explorer, quel que soit le courant. C’est commenter une société en en ayant une vision différente : c’est une richesse essentielle pour une société. Sans artistes, une société meurt. Les dictateurs ne s’y trompent pas et tuent les artistes.

Quel public ciblez-vous à travers vos romans ?

On ne peut pas cibler un public. On écrit. Après, c‘est la vie propre du livre, cela marche ou pas. Bien sûr, il y a le soutien médiatique qui met en avant, mais c’est le public qui décide. J’ai un public très féminin, de tous âges et milieux. Les hommes qui me lisent ne sont en général pas très jeunes.

Avez-vous un rituel d’écriture ?

J’écris pour moi. Je ne connais pas l’angoisse de la page blanche. J’écris n’importe quoi puis je continue. Il faut y aller, plonger. Je corrige beaucoup. Mon premier livre était une commande, je ne savais pas comment démarrer. J’ai démarré avec n’importe quoi, mais j’étais partie. Cela vient. Un peu comme Pascal qui dit à peu près de prier pour devenir croyant. On écrit et on devient auteur. Quand j’écris, je ris, je pleure, je vis ce que j’écris.

Quels auteurs, œuvres, ou personnages aimeriez-vous faire connaître ?

 Je suis une lectrice qui arrête souvent sa lecture avant la fin. Il y aussi les auteurs que je n’aime pas. J’ai détesté Belle du Seigneur d’Albert Cohen. Il glorifie une femme que se nie absolument pour plaire à un homme. J’ai une grande admiration pour Simenon, l’auteur. Il ne se relisait pas. Il écrivait tout d’une traite pendant une série de jours où il ne faisait rien d’autre. Dans la vie, c’était un vrai salopard. L’artiste ou l’homme, Polanski, Céline, Rimbaud, qu’est-ce qu’on choisit ?

Quel est votre rapport au papier et au numérique pour ce qui est de la lecture ?

Je ne lis pas sur ordinateur. J’ai essayé une fois, mais je n’ai pas réussi. J’aime toucher les choses. On touche les pages, on les écorne. Je prends des livres de seconde main. Mes filles écoutent des playlists, je ne comprends pas. J’aime choisir ce que j’écoute, telle interprétation de Verdi ou telle autre.

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