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« Un corps à soi » : Virginie Rasmont au Pavillon des Arts

Du 1er septembre au 10 octobre, le Pavillon des Arts de Châtenay-Malabry accueille Un corps à soi, une exposition de l’artiste Virginie Rasmont. Entre aquarelles et travaux sur toile, elle s’interroge sur les injonctions qui façonnent nos regards et invite chacun à se réapproprier son enveloppe corporelle.

Des courbes qui s’entremêlent, des touches de rose, d’ocre ou d’orangé et, parfois, ce qui ressemble à la silhouette d’un corps. À moins qu’il ne s’agisse d’une feuille, d’une fleur ou même d’un papillon. Au Pavillon des Arts, Virginie Rasmont laisse  planer le doute. Si le corps, et notamment le corps féminin, traverse son travail, il n’est presque jamais représenté explicitement. « J’ai besoin que chacun puisse s’approprier et se connecter à ce qu’il voit », explique l’artiste.

Le corps, loin des injonctions

Docteure en pharmacie avant de s’orienter vers « l’univers de la beauté »,Virginie Rasmont a longtemps évolué dans des domaines où le corps occupe une place centrale. De cette expérience est née une réflexion sur les normes esthétiques qui pèsent sur lui, particulièrement lorsqu’il s’agit du corps féminin.

Avec Un corps à soi, elle propose de s’en affranchir. Au cœur de son travail se trouve « la liberté de vivre le corps que l’on a », de se le réapproprier et de l’accepter jusque dans les épreuves qu’il peut traverser.

Cette réflexion dépasse les murs de son atelier. À travers un podcast, Virginie Rasmont recueille également la parole de femmes et d’hommes sur leur rapport au corps, leurs difficultés comme leurs expériences plus heureuses. Elle échange aussi avec des professionnels, médecins ou sociologues. Autant de témoignages qui viennent, à leur tour, nourrir sa création plastique.

Les couleurs racontent différentes expériences du corps et du temps. Les palettes rosées et pastel évoquent pour elle l’adolescence et son insouciance ; les ocres et les orangés, la puissance de l’âge adulte ; les teintes plus sombres, du bleu marine au noir, accompagnent davantage l’idée de sagesse.

« Je revendique la lenteur »

Derrière la douceur apparente des œuvres se cache un travail patient, fait de gestes répétés et de longues heures de recherche. Lors du vernissage, le maire de Châtenay-Malabry, Carl Segaud félicitait ce travail d’artiste « entre douceur et puissance ». Deux notions auxquelles Virginie Rasmont se montre particulièrement attachée : « Je dis toujours que tout est possible avec la douceur. »

À rebours d’un quotidien dominé par l’immédiateté, l’artiste assume le temps nécessaire à la création : « J’essaie autant que faire se peut de faire l’éloge de la lenteur dans un monde où aujourd’hui tout va très vite. » Avant de résumer simplement : « Je revendique la lenteur. »

L’exposition est l’aboutissement de plusieurs années de recherches, de premiers travaux sur papier jusqu’aux créations sur toile. Elle constitue aussi une rupture avec la solitude de l’atelier : montrer ses œuvres transforme un travail profondément individuel en un moment de partage et de transmission.

Du corps à l’empreinte

Dans Empreinte, deux œuvres réalisées dans le contexte d’Octobre rose, Virginie Rasmont questionne le temps qui passe et ce que l’être humain laisse derrière lui. Le corps devient alors le point de départ d’une interrogation sur « la dualité entre le visible et l’invisible » et « la trace qui reste quand on n’est plus ».

Cette attention portée à la maladie se traduit également par une collaboration avec Gustave-Roussy afin de faire entrer l’art dans l’univers hospitalier. Une démarche qui vise notamment à apporter aux patients et à leurs proches une expérience émotionnelle différente au sein d’un environnement médical.

Mais Un corps à soi raconte aussi une évolution. À mesure que l’on avance dans les créations de Virginie Rasmont, les silhouettes semblent progressivement s’effacer. Les formes deviennent plus végétales, plus minimales. L’artiste revendique elle-même cette transformation : elle souhaite désormais dépasser la seule enveloppe physique pour s’intéresser aux origines de la vie, à la nature et à sa « puissance créatrice ».

Le corps n’était peut-être, finalement, qu’un point de départ. Car derrière les courbes et les couleurs, Virginie Rasmont cherche surtout « à laisser au visiteur la liberté de regarder, de ressentir et d’imaginer ». Et, peut-être, d’entrevoir pour lui-même un possible auquel il n’avait pas encore pensé.

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