C’est un argument souvent avancé par les opposants à tout report de l’âge de la retraite : cette mesure ne ferait qu’augmenter le chômage, car il est très difficile de trouver du travail à 50 ans. Un point sur la question de l’emploi et quelques conseils pour la recherche d’emploi.
Emploi des 55 ans et plus
C’est sans doute contre-intuitif, mais dans une économie de marché, sur le long terme, le nombre de personnes employées dans un pays est directement lié à l’évolution de la population active (voir plus explications ici). Y compris lors d’événement conduisant à des augmentations brutales de la population active : arrivée en Floride des réfugiés cubains, retour en métropole des pieds noirs (en 1962) ou immigration russe vers Israël (une hausse de 12 % de la population).

En France, les différentes mesures prises pour reporter l’âge de départ en retraite ont augmenté la population active et l’emploi a suivi. Entre 1994 et 2024, le nombre de 15-24 ans et de 25-49 ans en emploi est resté à peu près stable (la légère diminution pour les 25-49 ans est due à la baisse du nombre de naissances à partir de 1975). En revanche, le nombre de 50-64 ans en emploi a très fortement augmenté : 3.841.000 personnes en emploi en1994 et 8.949.000 en 2024. Une augmentation de plus de 5 millions en 30 ans.
L’augmentation du nombre des personnes de 50-65 ans susceptibles d’être en emploi résulte de deux phénomènes. D’abord l’effet baby-boom et l’arrivée à l’âge de seniors des personnes nées après la guerre. Ensuite les différentes lois repoussant progressivement l’âge de départ en retraite.
Chômage entre 50 et 65 ans

Contrairement ce qu’on croit souvent, ce sont les plus de 50 ans qui ont le taux de chômage le plus bas. Il est même en dessous des 5% en 2024. La raison de ce faible taux est que la plus grande partie d’entre eux est en CDI. Mais s’il est difficile pour les seniors de perdre leur travail, il semble également difficile pour eux d’en retrouver un. Au point que les 2/3 des plus de 50 ans au chômage le sont depuis au moins un an.
Une partie de ce chômage de longue durée peut être qualifié de « volontaire ». Il concerne des personnes qui sont à moins de 3 ans de la retraite (et même bien souvent exactement à 3 ans) et ont convenu avec leur entreprise (pour des raisons diverses, collectives ou individuelles) d’une perte d’emploi en sachant qu’ils bénéficieront d’une indemnité chômage pendant 36 mois.
Retrouver un emploi après 50 ans
Ceux qui sont plus loin de la retraite sont dans une situation angoissante : perspectives de perdre progressivement les indemnités s’ils restent sans emploi, et sentiment que les employeurs ne veulent pas d’eux, quels que soient les efforts qu’ils font. Les remarques qui suivent à ce sujet ont déjà été expliquées plusieurs fois à des seniors au chômage, lesquels y ont trouvé le moyen d’orienter plus efficacement leurs recherches.
Le meilleur conseil à donner aux plus de 50 ans qui cherchent un emploi, c’est de parler de l’avenir plutôt que du passé. Quand il voit un jeune, un recruteur n’a pas de craintes sur le fait que ses connaissances sont à jour. Ce qu’il craint, c’est que le jeune manque d’expérience. C’est pour cela que les jeunes qui sont passés par l’alternance trouvent plus vite un emploi que les autres.
A l’inverse, le recruteur n’aura pas de doute sur le fait qu’un « plus de 50 ans » a de l’expérience. Sa crainte est qu’il soit tourné vers le passé et incapable de s’adapter aux changements. Et ce n’est pas une lubie d’employeur : pour des tas de raisons, la tentation de se tourner vers le passé augmente avec l’âge.
Pour un « plus de 50 ans », insister sur son expérience est contre-productif. Il doit montrer qu’il s’intéresse à l’avenir (de son métier pour commencer).
Un exemple (réel). Un chercheur d’emploi avait mis en tête de son CV « 28 ans d’expérience en commerce international ». Comment un recruteur comprend-il ce message ? 1 : je suis vieux. 2 : je fais la même chose depuis 28 ans. 3 : je veux continuer à faire comme il y a 28 ans. Pas très vendeur, on en conviendra. Et probablement pas représentatif de ce qu’était réellement la personne concernée.
Donc trois conseils pour les « plus de 50 ans » qui cherchent un emploi. En 1 : parler de l’avenir dans le CV. En 2 : parler de l’avenir dans la lettre de motivation. Et donc en 3 : parler de l’avenir lors des entretiens. Parler de l’avenir, ce n’est pas expliquer comment vous avez réussi il y a 10 ans avec une méthode qui est peut-être périmée depuis, mais plutôt dire comment vous voyez l’évolution de votre métier/ profession dans les prochaines années. En insistant sur les côtés positifs qui vous donnent envie de participer à cette évolution.
Ce n’est pas forcément facile. Si je suis recruteur dans un domaine où l’IA va très probablement modifier complètement les métiers dans moins de 10 ans, je préfère embaucher la personne qui a commencé à travailler le sujet plutôt que celle pour qui c’est du chinois (une langue qu’elle ne pratique pas !).
Cela suppose par exemple de s’intéresser à ce que racontent vos collègues de 25 ou 35 ans sans imaginer qu’ils n’ont rien à vous apprendre.

