D’origine nigérienne et installée en Lombardie, Jane Jeresa s’impose actuellement comme l’une des figures montantes de la scène blues et soul européenne. Pour son passage au Pédiluve de Châtenay-Malabry, le jeudi 23 avril au soir, elle a accordé un entretien à La Gazette.
Lorsqu’elle monte sur scène, l’ombre d’Aretha Franklin ou d’Etta James ne semble jamais bien loin. Pourtant, Jane Jeresa n’est pas une simple héritière du passé. Elle insuffle grâce à sa tessiture particulière, une énergie nouvelle au paysage musical italien. Basée à Pavie, elle a su transformer ses racines africaines et son amour pour la musique afro-américaine en un cocktail explosif qu’elle nomme son « propre langage émotionnel ».
Jazz + blues
On l’a découverte dans des clubs de jazz intimistes, puis suivie lors de festivals prestigieux comme le Tropea Blues. Mais elle s’est révélée au public italien, pour la première fois, grâce à certains plateaux de télévision (notamment dans Kids Got Talent ou Fiesta Latino). Et c’est bien accompagnée du guitariste Roberto Morbioli du groupe Morblus, que Jane a révélé toute sa puissance vocale.
Son dernier EP Beautiful Love traduit bien son univers. Dans cet album, elle y explore les thèmes de la liberté, de la résilience et de l’amour sous toutes ses formes. Sa voix y fait merveille, prouvant que le blues n’a pas de frontières, seules les émotions comptent.
« Ma musique est un voyage. Elle commence dans les racines du blues pour finir dans l’espoir de la pop. »
Une double culture africaine et européenne
Pierre Bozzonne : Vous êtes devenue une voix émergente sur la scène soul, blues et funk italienne. Quand avez-vous d’abord ressenti que la musique était votre voie évidente ?
Jane Jeresa : Très tôt, dès l’enfance, à l’école et à l’église.
Votre parcours mélange des racines africaines avec la scène européenne. Comment ces deux mondes interagissent-ils dans votre musique?
Cette double culture que je porte en moi. Elle est source d’enrichissement. Ce qui aide à communiquer plus facilement mon art, sur scène.
Vous avez commencé dans des groupes comme Jane J’s Clan avant de vous lancer en solo. Que vous a apporté cette transition?
Cela m’a apporté une solide formation, de l’expérience et m’a permis d’évoluer.
Vous avez déjà joué dans de nombreux festivals en Italie, en Suisse et en Allemagne. Quelle performance en direct vous a le plus marqué jusqu’à présent ?
Chaque public est différent, unique et magnifique. Par exemple, il y a quelques années, lors d’un festival en Italie, c’était unique, parce que parmi le public, se mélangeaient différentes générations. Et malgré ces différences d’âge, l’enthousiasme était là. Ils ne voulaient jamais que je m’arrête (rire).
Gospel et afrobeat
On cite souvent Etta James, Fela Kuti ou encore Aretha Franklin, lorsqu’on évoque vos influences musicales. Qu’est-ce qu’ils vous ont appris artistiquement ?
La rigueur. Continuer à servir mon public de manière constante. L’humilité également. Aussi d’être fidèle à moi-même, à mes valeurs quoi qu’il arrive.
Votre style mélange soul, funk, jazz et rythmes africains. Est-ce une direction artistique consciente ou quelque chose qui vous vient naturellement ?
Cela me vient naturellement, cela dépend de mon humeur pendant ma créativité.
Venant d’un milieu façonné par le gospel et l’afrobeat, votre musique est-elle aussi une forme de mémoire personnelle ?
Oh oui, absolument. Pour les raisons que j’ai évoquées tout à l’heure : ma double culture.
Votre voix est décrite comme puissante et profondément expressive. Comment équilibrez-vous technique et émotion ?
En pratiquant constamment, en me concentrant positivement sur mes objectifs et en canalisant mon énergie émotionnelle vers ce but.
Le concert au Pédiluve
Vous allez vous produire au Pédiluve à Châtenay-Malabry. Que vous inspire cet endroit avant même de monter sur scène ?
Du courage. Un nouveau challenge. La force de m’y exprimer, de ne jamais abandonner de m’ouvrir à d’autres et de rester fidèle à mon public.
Ce concert fait partie d’une tournée déjà riche. Adaptez-vous votre setlist pour un lieu plus intime comme celui-ci ?
Non, je donne toujours le meilleur de moi-même, que ce soit pour un grand ou un petit public, je donne le meilleur de moi-même.
Le public français est-il différent de celui que vous connaissez en Italie ?
Ça sera la surprise. Je ne peux pas dire pour l’instant car c’est ma première tournée en France. Mais le chant, la musique sont des choses universelles qui rassemblent les gens, peu importe d’où ils viennent, dans un concert, nous sommes tous unis.
Quelle chanson de votre répertoire pensez-vous qu’elle prendra une signification spéciale ce soir-là ?
Pas une chanson particulière, non. J’offrirai l’étendue de tout mon répertoire du début à la fin.
Si ce concert était plus une expérience qu’un simple spectacle, quel sentiment voudriez-vous que le public emporte avec lui ?
J’aimerais laisser sur mon passage, quelque chose d’une énergie positive et inspiratrice.
Avant la scène
Comment Jane Jeresa se prépare-t-elle dans les heures qui précèdent son entrée sur scène ? Des rituels, du silence ou de la musique ?
J’ai besoin de silence et de recueillement.
Vous concentrez-vous davantage sur la performance physique ou sur la connexion émotionnelle avant un concert ?
Je me concentre sur la connexion émotionnelle. Ça coïncide avec quelque chose de plus spirituel en moi. Quelques minutes avant de monter sur scène, je souris et je prie.
Vous vous produisez souvent avec des musiciens qui apportent une forte énergie live. Qui vous accompagnera à ce concert ?
A la guitare, Roberto Morbioli dit (Morbus), au clavier, Luciano Lucky Pesce, à la batterie, Pablo Leoni, et enfin à la basse, Andrea Caggiari
Votre relation avec vos musiciens est-elle plus instinctive ou hautement structurée?
Très structurée. J’ai besoin de repères.
Vous avez partagé la scène avec des artistes internationaux et collaboré avec des musiciens tels qu’Umberto Petrin, Heggy Vezzano et Morblus. Qu’est-ce que ces rencontres ont changé dans votre musique ?
Ces collaborations m’ont enrichie. Elles m’ont aidée et préparée à être qui je suis aujourd’hui.
(Traduit de l’anglais par P. Bozzonne)

