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Le Cortex à cœur ouvert de Tatiana Kačan

La Gazette-. D’où vient votre désir de populariser la science ?

Tatiana Kačan-. Mon désir de vulgariser la science vient probablement de mon propre parcours. Je suis biologiste moléculaire de formation et j’ai travaillé dans la recherche avant de me tourner vers la vulgarisation et la valorisation du capital scientifique. J’aime la science, mais je suis convaincue qu’une connaissance qui reste cantonnée à celles et ceux qui la produisent perd une partie de sa capacité à agir sur la société. Mon travail consiste donc beaucoup à créer des passerelles entre des univers qui ne parlent pas toujours le même langage.

La biologie reste naturellement très présente dans mes écrits, mais mes sujets se sont considérablement élargis avec le temps : physique, climat, matériaux, histoire des sciences, environnement, médecine… Je travaille aujourd’hui aussi bien pour la presse que pour l’édition, notamment sous forme d’articles, de bandes dessinées ou d’essais. Cette diversité fait justement partie de ce qui me plaît dans mon métier d’autrice. Je m’y retrouve dans chacune des expressions. Mon choix dépend de l’humeur du moment.

Quel a été le concept scientifique le plus complexe à simplifier ?

Il m’est difficile de désigner un concept scientifique comme étant le plus complexe que j’aie eu à vulgariser. La difficulté ne vient d’ailleurs pas toujours de la complexité scientifique elle-même. Elle dépend énormément du public auquel on s’adresse et du support choisi. Expliquer une notion à un enfant, à un lecteur de presse généraliste ou dans une bande dessinée ne demande pas les mêmes choix. J’ai par exemple récemment travaillé sur la gravité pour L’Éléphant : c’est un sujet que tout le monde pense connaître, mais qui devient extrêmement riche dès que l’on dépasse Newton et la pomme pour s’intéresser à son histoire, à la relativité ou à la manière dont notre compréhension de la gravitation s’est construite.

Pour vous, « vulgariser, ce n’est pas expliquer moins. C’est transformer la relation entre la science et le monde. » Pouvez-vous éclairer cette position ?

Pour moi, vulgariser ne signifie surtout pas « simplifier » au sens de retirer ce qui serait trop compliqué. Il s’agit plutôt de transformer un savoir sans en trahir le sens, c’est d’ailleurs toute la réflexion que nous développons avec Aurélie Solbach dans notre livre Vulgariser, c’est transformer, paru cette année chez EDP Sciences. Avant d’écrire, je cherche donc à comprendre ce qui constitue le cœur scientifique du sujet : qu’est-ce que le lecteur doit absolument avoir compris à la fin ? Ensuite viennent le choix du fil narratif, des exemples, des analogies, du vocabulaire et du niveau de détail. Et lorsque je travaille directement avec des chercheurs, la validation scientifique fait partie intégrante de mon processus.

A quels publics vous adressez-vous ?

Ils sont nombreux et c’est ce que j’aime. Il y a le grand public, les lecteurs curieux à qui j’aime faire découvrir et comprendre des concepts scientifiques. Mais pas uniquement. Je travaille également pour des acteurs institutionnels et des décideurs politiques qui souhaitent mieux comprendre les enjeux scientifiques pour éclairer leurs réflexions et leurs décisions. Auprès de laboratoires ou d’entreprises, je développe des contenus adaptés à leurs besoins, qu’il s’agisse de rendre leurs travaux accessibles, de valoriser leurs savoir-faire et leurs innovations ou de communiquer sur leurs résultats auprès de différents publics.

Avez-vous des rituels d’écriture ?

Je fonctionne beaucoup par documentation et par construction. Je lis énormément en amont, j’échange avec les chercheurs lorsque le sujet s’y prête, puis j’organise les informations avant de réellement écrire. J’ai besoin de comprendre la logique globale d’un sujet avant de trouver la manière de le raconter. L’écriture vient ensuite assez naturellement, même si elle implique beaucoup de travail. J’apprends en continu et j’en ai besoin.

Qui lisez-vous ?

Quant aux auteurs et ouvrages qui m’accompagnent, mes lectures sont assez éclectiques et ne se limitent absolument pas aux sciences. Je lis aussi bien de la littérature que des essais, des ouvrages scientifiques, de la bande dessinée ou de la presse avec une préférence pour la SF dans mes lectures plaisir. Cette diversité nourrit d’ailleurs directement mon travail : lorsqu’on cherche différentes manières de raconter la science, il est particulièrement utile d’aller voir comment on raconte le monde ailleurs. Je lis pour mon travail, je lis pour mon plaisir. Côté plaisir, je suis très portée sur la science-fiction, la littérature horrifique. Complétement différent des essais que je lis toute l’année, pour les besoins de mes chroniques pour des revues ou pour le media Cortex science et des relectures pour des maisons d’éditions

Entre le papier et le numérique, quelles sont vos habitudes ?

Je lis encore beaucoup sur papier, notamment les livres et les textes sur lesquels j’ai besoin de travailler en profondeur. J’aime pouvoir annoter, revenir en arrière et avoir une représentation physique de ce que je lis. Le numérique reste néanmoins indispensable à mon travail quotidien, en particulier pour la presse scientifique, les publications académiques et la documentation. Les deux formats ont donc une place assez complémentaire dans mes habitudes.

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