FESTIVAL DU LIVRE DE SCEAUX 28-29/11 Philippe Drobinski est climatologue, auteur principal du prochain rapport du GIEC, directeur de recherche au CNRS et professeur à l’École polytechnique (accessoirement, ce 5e dan y enseigne aussi le karaté !). Ses recherches portent sur la variabilité et les tendances climatiques régionales en zone euro-méditerranéenne. Il est directeur du centre interdisciplinaire Energy4Climate (E4C) de l’Institut polytechnique de Paris. Actif dans la diffusion scientifique, notamment à travers des ouvrages sur le climat et l’énergie, il a publié récemment La météo… ennemie ou amie de la transition énergétique ? aux Editions EDP Sciences.
La Gazette-. Pouvez-vous résumer ce qui anime votre désir de populariser la science en général et les problèmes environnementaux en particulier ?
Philippe Drobinski-. Les sciences du climat visent à comprendre le fonctionnement du système climatique (atmosphère, océan, biosphère, hydrosphère, cryosphère). Ce système est bouleversé par l’action humaine avec des impacts potentiellement catastrophiques pour l’habitabilité même de notre planète, et pour nous, et pour le reste du vivant. Les connaissances produites par les sciences du climat ne sont pas triviales. Or les actions climatiques à mettre en œuvre pour contenir le réchauffement climatique nécessitent une base de compréhension minimale des connaissances produites par les sciences du climat. C’est là que la médiation scientifique prend son sens et c’est cela qui anime ma soif de populariser les sciences du climat et de l’environnement… On a besoin de comprendre pour agir.
Quel est le concept scientifique le plus complexe que vous ayez eu à simplifier ?
Les concepts complexes que j’ai dû simplifier sont nombreux, de la formation des orages, ou des vents, à la variabilité climatique. Les publics avec lesquels j’ai échangé sont très variés. Actuellement ils commencent plutôt au niveau licence. Mais j’ai aussi travaillé pendant plusieurs années avec le public enfant de niveau primaire et adolescent de niveau lycée.
Comment voyez-vous les grandes étapes nécessaires pour transformer une notion complexe en notions compréhensibles en fonction de vos publics ?
Quand j’interviens auprès du public enfant, j’use de dispositifs expérimentaux simples pour expliquer le cycle de l’eau. Actuellement, mon approche est d’expliquer certains mécanismes climatiques complexes par des analogies de tous les jours. Ainsi, le froid après l’orage peut s’illustrer avec le froid qu’on ressent en sortant de la douche. Les gouttes d’eau sur le corps en s’évaporant prennent de la chaleur sur l’environnement. Dès qu’on s’est essuyé avec la serviette, on n’a plus froid.
En matière d’écriture, j’ai une grande habitude de la rédaction d’articles ou d’ouvrages scientifiques dans des revues spécialisées de niveau recherche. J’ai produit également des chapitres d’encyclopédies de niveau master, ce qui demande d’extraire le strict nécessaire pour ne pas perdre le lecteur avec une complexité qu’il ne pourra suivre qu’en thèse.
Mon expertise de médiation par l’écriture est récente. Elle a commencé avec l’écriture de mon premier ouvrage sorti en février 2025 La météo… ennemie ou amie de la transition énergétique ? La démarche est assez claire : avoir un narratif, une histoire à raconter, ensuite avoir un registre d’écriture léger, presque parlé, éviter le registre professoral, et enfin avoir des illustrations les plus simples possible. Ce premier livre s’adresse à un public plus large que mon public habituel et reste accessible si l’on a un minimum d’appétence pour la science. Vous remarquez que le titre évoque plutôt le roman que le traité scientifique ce qui, soit dit en passant, n’est pas dans la ligne habituelle de mon éditeur EDP Sciences, connu pour son sérieux. Cette petite dérogation traduit aussi le fait que j’ai voulu y mettre un peu d’humour.
Je souhaite élargir mon public, car les enjeux climatiques et environnementaux touchent tout le monde. Mais conscient que je ne maîtrise pas les approches adaptées à d’autres publics, je me suis associé à Tatiana Kačan, autrice, présidente de la société Cortex de valorisation du patrimoine scientifique, qui a une expertise large (BD, poésie,..) pour de nouveaux projets de médiation climatique. A court terme, Tatiana Kačan et moi-même avons un projet de BD climatique qui sortira fin 2027 ou début 2028.
Quels auteurs, quelles œuvres voudriez-vous faire connaître ?
J’ai toujours lu et mon travail m’impose de lire beaucoup de littérature scientifique. Mais je lis de tout (romans policiers, biographies, littérature classique, vulgarisation scientifique, poésie), tous genres, tous formats (livres, bandes dessinées) et toutes origines géographiques (je lis beaucoup en anglais).
J’aime beaucoup d’auteurs, Alexandre Dumas, Didier Decoin qui vient de nous quitter, en passant par Guillaume Musso ou Michael Connelly, Jean Boissonat (un économiste), Caroline Criado Perez (je suis en train de lire son livre sur l’invisibilisation des femmes) mais encore Prévert, Ronsard… et Tatiana Kačan dont j’apprécie beaucoup le style d’écriture et les poèmes. La liste est trop longue à détailler… En fait, c’est d’abord la connexion à un livre qui compte plus que l’autrice ou l’auteur. Par connexion, je veux dire que l’éclectisme de mes citations correspond au besoin que j’ai d’une relation immédiate avec un texte ou une musique. L’auteur passe ensuite. Je me souviens peu des auteurs, qu’ils m’en excusent, surtout dans la chanson. Je m’imprègne dans l’instant.
Quelles différences faites-vous entre la lecture sur papier et la lecture en numérique ?
Passant beaucoup de temps sur écran par mon activité professionnelle, je lis principalement sur papier. J’aime le livre papier. J’aime le toucher, j’aime l’odeur du papier, j’aime le son des pages qu’on tourne. Un livre papier est un moment de pause numérique très appréciable. Néanmoins comme je lis beaucoup, le support numérique en vacances peut m’éviter de remplir ma valise de livres. Quant à la position, celle, assise, dans le train par exemple, n’est pas ma favorite. Elle ne me dissuade pas et je lis sans problème. Mais je préfère, et de beaucoup, lire allongé. Je m’abandonne alors au livre.

