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La dimension oubliée de la modernité

La Gazette. Pourquoi ce désir de traiter de questions de spiritualité ?

Xavier Accart Lors de mes études à Sciences Po Aix, j’ai dû rédiger l’équivalent d’un mémoire de maîtrise. Je ne sais pas très bien pourquoi, j’ai choisi d’orienter mes recherches sur Le Conte du Graal de Chrétien de Troyes, et plus exactement sur la conception de la souveraineté dans ce roman médiéval. Ce travail m’a conduit à découvrir les grandes figures de l’anthropologie religieuse du XXe siècle : Dumézil, Eliade, Corbin, Lévi-Strauss, mais aussi des personnalités plus singulières comme René Guénon, ou encore Henri Le Saux, un moine bénédictin parti en Inde pour y implanter la vie monastique chrétienne.

Tirer ce fil m’a mené jusqu’à la Section des Sciences Religieuses de l’École Pratique des Hautes Études (EPHE), où la plupart de ces figures avaient enseigné. J’habitais alors au pied du Sacré-Cœur de Montmartre. Cette vision anthropologique sur le rôle du symbolisme, les rites et la transmission spirituelle m’a poussé à redécouvrir une dimension que l’homme moderne a souvent oubliée : le spirituel. On parle en effet beaucoup de spiritualité aujourd’hui, mais on y met tout et n’importe quoi. La véritable spiritualité touche à cette dimension profonde qui nous relie à une réalité hors du temps et de l’espace et qui, lorsqu’elle s’éveille, peut combler le cœur.

Ayant redécouvert ce trésor au sein de l’Église dans laquelle j’avais été élevé – l’Église catholique –, j’ai dès lors voulu le partager. Je crois que, dans le désert spirituel de notre monde, cela peut redonner du sens et de la densité à la vie de beaucoup de nos contemporains touchés par la perte de sens et souvent le désespoir. Quand on voit l’état psychologique de nos jeunes en particulier, je crois qu’il est urgent de leur proposer autre chose que la société de consommation et l’hédonisme facile.

C’est devenu le fil rouge de mes publications, qui appartiennent à différents genres littéraires : des ouvrages de vulgarisation comme Comprendre et vivre la liturgie – Signes et symboles expliqués à tous (Plon, 2026) ou L’Art de la prière – 50 méthodes pour faire l’expérience de Dieu (Éditions de l’Emmanuel, 2022) ; du témoignage avec Tro Breiz – Ma Bretagne intérieure (2023) ; des livres d’entretien tels que L’Âme du grégorien (Salvator, 2023) ; un conte pour enfants, Le Lutin du tilleul (Bayard, 2022) ; ou encore le roman, avec Le Dormant d’Éphèse (Tallandier 2019, puis Salvator 2026). Ce livre, qui m’est le plus cher, met en scène les destins d’un père et d’un fils qui s’ignorent et se cherchent, de la Bretagne des expulsions en 1902-1903 à la bataille de Bir-Hakeim en 1942.

Ma démarche d’écriture diffère évidemment selon le genre littéraire. Dans les ouvrages de vulgarisation, je tente de transmettre un patrimoine spirituel de la façon la plus claire, mais aussi la plus profonde possible. Dans un roman en revanche, je procède à une véritable exploration visionnaire qui m’échappe en partie, tout en prenant soin de l’inscrire dans un cadre historique précis.

À qui vous adressez-vous ?

Je m’adresse à un lectorat très large. Mon travail de journaliste m’aide à m’exprimer clairement, de telle façon que mon propos soit accessible à tous. Mais mon passé de chercheur (j’ai fait une thèse à la Ve Section de l’EPHE) m’aide aussi à trouver des données ignorées même de personnes très cultivées.

Sur le fond, mes livres de vulgarisation s’adressent aussi bien à des chrétiens — car la plupart ignorent leur propre patrimoine spirituel et la profondeur de leur tradition religieuse — qu’à des hommes qui, à un moment de leur existence, sentent que la vie ordinaire ne leur suffit plus ; qu’il y a quelque chose qui leur échappe, à découvrir et à approfondir pour trouver la paix, la capacité d’aimer dans la durée, etc.

Le « message principal que j’espère transmettre », c’est tout simplement de faire prendre conscience de cette dimension oubliée de la modernité. Je me souviens d’un jeune homme passionné de voitures qui, à mon étonnement, s’est mis à en témoigner il y a longtemps lors d’une discussion. Il disait que c’était comme avoir une voiture à cinq vitesses, tout en ayant toujours ignoré la cinquième. Et un jour, on la découvre… La métaphore vaut ce qu’elle vaut (rires). On pourrait dire aussi que c’est comme si l’on avait toujours vécu dans la pénombre d’une cave et que, tout d’un coup, on découvre un oculus par lequel passe une lumière chaude et enveloppante, qui fait voir l’espace dans lequel on vit de façon toute différente… Ou peut-être mieux encore, avoir vécu comme un orphelin solitaire et découvrir un jour que l’on a un père aimant qui veut notre bien et va le réaliser maintenant qu’on lui en donne la possibilité.

Quels auteurs ou quelles œuvres aimeriez-vous faire connaître?

Il y aurait tant d’auteurs à citer… Ceux qui me viennent immédiatement à l’esprit sont, dans le domaine spirituel, Matta el-Maskine, un père copte qui a fait refleurir le désert du Wadi Natroun en Égypte, et Jean Tauler, un mystique rhénan du Moyen Âge dont les sermons sont à la fois clairs et très profonds, dans la lignée de Maître Eckhart. Dans le domaine littéraire, le Conrad de Lord Jim, bien que son propos ne soit pas strictement spirituel, ou le Boulgakov du Maître et Marguerite, qui mêle avec brio profondeur et humour.

Où lisez-vous ? Sur papier ou en numérique?

Je lis absolument partout : dans le RER, dans mon lit, au bureau (car je m’occupe du service culture d’un magazine)… En revanche, je ne lis pas sur support numérique. Je n’aime pas la médiation de l’écran. J’ai un besoin viscéral de tourner les pages, de tenir le livre dans mes mains comme dans un corps à corps amoureux !

Parlez-nous de votre lien à la ville de Sceaux

Je prépare une visite guidée de l’église de Sceaux (Saint-Jean-Baptiste) qui sera peut-être prête pour le Festival du livre. C’est un lieu magnifique à découvrir, même pour les non-croyants, d’autant qu’elle a été récemment et totalement restaurée. On peut notamment y admirer Le Baptême de Jésus par Jean-Baptiste, une œuvre remarquable de Jean-Baptiste Tuby — un élève du Bernin — que lui avait commandée Colbert pour le château de Sceaux.

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