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Sellerie et maroquinerie : le cuir selon David Zanini

David Zanini est sellier-maroquinier. Dans son atelier, à Fontenay-aux-Roses rue Boris Vildé, sont accrochés aux murs, des dizaines d’outils et, là, des fauteuils de tous styles en cours de rénovation. Des sacs en cuir épais sont accrochés sur des portants devant la vitrine.

Labellisé Artisan d’art par la Chambre des Métiers et de l’Artisanat (CMA) des Hauts-de-Seine, David Zanini parle volontiers de son métier — ou plutôt de ses métiers.

Ancien cadre marketing chez Renault, David Zanini avait quitté le constructeur pour changer de vie et s’éloigner du monde des PowerPoint. Il voulait « être libre, ne plus dépendre d’une hiérarchie ». Il passe chez les Compagnons du Devoir un CAP sellerie où il apprend à travailler les matériaux souples — tissu, similicuir, cuir, toile ou bâche — destinés à habiller une structure rigide.  

Resté sur sa faim avec le cuir, qu’il apprécie d’emblée, il poursuit chez les Compagnons du Devoir avec un CAP de maroquinerie.

Le cuir respire

Le cuir l’intéresse parce que « c’est la trace de vie » répond-il sans réfléchir. C’est un matériau vivant. Il existe certes des types de cuir à l’aspect « parfait », mais il n’en est pas fan. « Moi, j’aime bien les cuirs où on distingue les traces de vie de l’animal :  C’est une bête qui a vécu. Veines, pliures, cicatrice de toutes sortes : coup de cornes, de barbelés, piqûres d’insectes, traces d’urine… » Animalistes, n’insistez pas ! Oui du vécu et c’est à ce titre que « 100% des gens à qui j’ai montré ce cuir, l’ont retenu ». S’il évitera de mettre les piqûres à un endroit très voyant, « contrairement à l’Hermès, qui veut un cuir avec zéro défaut, j’aime les imperfections. »

Pour la démonstration, il tire une peau avec ses mains. Des nuances de couleurs apparaissent selon l’axe de tension. La peau n’est pas uniforme. Beaucoup peuvent ressemblent à du skaï©, ou de la croûte de cuir enduite. Les « vraies » ont vécu !

Une peau, une fois mise à plat, suit les contours des flancs, des pattes, du collet, du croupon… Le prêtant, c’est la tension, l’élasticité du cuir. Globalement, ça part du centre de la peau vers les côtés, les extrémités. « Il faut respecter le sens du prêtant. On ne peut pas tailler les pièces n’importe comment. Sinon, elles ne se déformeront pas de la même manière et cela peut engendrer des défauts lors de l’assemblage. »

La partie du cuir appelée  « flanc », c’est la peau du ventre, celle qui se tend et se détend en permanence. Elle est hyper élastique. Au contraire, le dosseret, la peau du dos, est plus rigide. Elle se tient dans le temps.

En moyenne, un bovin, c’est 3-4 mètres carrés. Certaines peaux peuvent faire jusqu’à 7m2. Sachant que pour un fauteuil complet, la surface nécessaire est rapidement entre 6 et 7m2.

Devant son établi, David Zanini montre fièrement, toutes ses productions. Il les commente, en explique les moindres détails. Ces peaux-là font entre 6 et 7 mètres carrés. « Pour ce fauteuil, dit-il en montrant l’un d’entre eux, j’ai eu besoin de 7 mètres carrés. »

Objectif fesses

En sellerie d’ameublement, son activité principale est la rénovation d’assise. Partout où vous vous asseyez, il sait intervenir. Objectif fesses ? « Exactement, répond-il en souriant. Ça peut être un tabouret, une selle de moto, un fauteuil de voiture, un fauteuil club, ce fauteuil design, une table médicale, etc. »

Rénover prend tout son sens si l’objet a une valeur marchande (objet signé par un designer comme un fauteuil Eames) ou une valeur affective, qui justifie de le refaire et le maintenir en état.

Du côté affectif, si vous aimez son design et que vous savez qu’en neuf, il n’existe plus, vous retrouverez un vrai confort. David Zanini ajustera l’assise que ce soit en termes de confort, hauteur ou design.

Parce que rénover est coûteux. Avant de commencer la sellerie proprement dite, il faut déjà compter entre 10 et 20 heures de travail. Il faut démonter l’ensemble des couches de garnitures (cuir, toile épaisse, toile de jute, crin, mousse, sangles..), soit des centaines d’agrafes ou semences, mettre le châssis  à nu, le nettoyer et le renforcer. Puis, il offre à sa clientèle du sur-mesure, de l’unique. Que ce soit en tissu, en similicuir, ou en cuir. Tout dépendra du budget ou des attentes et de l’usage surtout. S’il y a des enfants, des petits-enfants, si c’est pour une cuisine, vous aurez besoin d’un matériau qu’on peut nettoyer d’un seul coup d’éponge.

Il est clair qu’au même prix, on peut acheter deux fauteuils neufs chez Ikea, Maison du Monde. Mais ce ne seront pas les mêmes matériaux. Il s’agira probablement de faux cuir à des prix standardisés.

Push pull+

Commercialement parlant, la sellerie et la maroquinerie sont deux activités différentes. La maroquinerie des sacs et des portefeuilles s’appuie sur un mode « push ». La sellerie, prestation de service, est plutôt en mode « pull » : le client vient vers lui pour la rénovation d’un fauteuil en particulier.  

Dans le premier cas, David Zanini promeut et distribue ses produits, souvent par des actions directes (publicité, prospection …). Dans le second cas, il cherche à susciter l’intérêt et le désir chez le consommateur, qui vient alors de lui-même vers le produit ou la marque.

« Vous avez toute la problématique de l’artisan, dit-il, qui doit produire de ses mains pour vivre. Ici, proche banlieue parisienne, les clients  ne mettent pas le prix qu’ils pourraient mettre chez un confrère parisien. « J’ai fait des stages dans les maroquineries artisanales à Paris. On vous vend un sac à 400 euros sans problème. Une fois passé le périph’, les clients n’acceptent plus le même prix. Mes sacs en totalité créés par moi s’affichent entre 200 et 330 euros. »

Ouvrir l’activité

La CMA de Nanterre vient de créer un club d’artisans d’art. Il compte déjà 25 artisans : une souffleuse de verre, une céramiste, une vannière, une chapelière et bien d’autres encore. On est dans le partage d’expérience. La CMA entretient des relations suivies avec les élus locaux en charge du commerce. Lors de la remise du label artisan d’art, David Zanini était ainsi accompagné par l’élue de Fontenay, Nadège Hammoudi.

L’artisanat d’art lui ouvre des perspectives. En sellerie, il s’intéresse aux voitures de collection. Les selleries y sont complexes et passionnantes. Il y a aussi les voiles d’ombrage (celles qu’on place sur une terrasse ou un jardin). Les gens ont besoin d’ombre. Plutôt qu’un store banne fixé au mur de la maison, les voiles d’ombrage permettent des solutions plus esthétiques et originales. David Zanini sait dénicher des tissus remarquables.

Déjà il est dans la transmission. Il est en train de rejoindre De l’or dans les mains, une association qui fait découvrir les métiers manuels aux élèves de 5e. Elle intervient partout en France et lui-même interviendra bientôt au collège Marie-Curie de Sceaux.

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