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Celle qui a dansé avec le chaos

Rachel Charrie est connue des amateurs des Félibres, le café restaurant en face de l’église de Sceaux. Elle y est serveuse, ce qui démontre que les salles ou les terrasses ne sont pas des exclusivités des théâtres. Elle est aussi comédienne. Le spectacle qu’elle donne du 3 au 5 septembre à Paris, On verra, est un seule en scène, un récit de vie, de blessures, de rages et d’espérances, de « danses avec le chaos » dit-elle. En entremêlant l’humour et le drame, elle fait de son histoire intime un universel : elle dit qu’on peut être heureuse, le défendre, malgré un passé rongé de méchancetés.

Elle est longue, fine, ses mains surtout, de longs doigts très mobiles, son visage est plus doux que ses nombreux shootings (comme modèle d’artistes photographes) plus sculptés, contrastés, où sa beauté apparaît dans la rigueur des lumières. Au café où se tient l’entretien, derrière son expresso et son jus d’orange, son visage est émouvant et ingénu. Son spectacle est prêt. Elle est rassurée, bien que la perspective doive l’angoisser sur les bords aussi cuirassés soient-ils.

Son enfance a été une souffrance. Elle est abandonnée à un an, est recueillie à la DASS jusqu’à 8 ans, reprise par une mère pour qui elle ne compte pas. Elle raconte ça, ce pourrait être un long cri tragique, et cela n’est pas. Elle n’est pas voûtée par les années de peine, elle est grande, élancée, énergique. Elle raconte avec distance ses années de promiscuité et d’indécences, de violences, elle n’est pas soumise à elle-même. Elle est seule en scène, mais le spectacle montre un double, une autre, Camille. En scène : Rachel et Camille. Deux femmes se parlent et désintègrent ce qui aurait pu être un monologue.

La lutte avec l’ange

Camille est l’ange gardien. À côté de la table, de la chaise et du miroir qui composent le décor, se trouveront deux ailes d’ange. Le deux, le couple est au centre du récit que Rachel Charrie a écrit. Et ce couple est un lieu d’échange et de lutte. Qu’est-ce qu’être deux ? Quand elle rentrait de l’école où, timide, elle était une proie facile, sa mère tout occupée à son chaos personnel et à ses amants violents n’avait que faire de ses désarrois. Elle se souvient qu’en 3e, son professeur d’histoire géographie s’intéressait à elle. Elle lui demandait « comment ça va ? » C’était la seule.

(c) Alexia Vic

Et la magie du théâtre, pour elle, est de pouvoir dépasser la réalité en y semant l’ironie et la joie sans lesquelles elle n’aurait pas vécue. Son ange gardien est successivement protectrice et dépressive. Rachel prendra le dessus et la soutiendra ensuite. Elle a de bonnes raisons de croire que les protections ne sont pas inaltérables. L’ange gardien l’a préservée du désespoir absolu en lui rappelant la douceur de sa famille d’accueil, mais cette présence mystérieuse demande qu’on la combatte, comme Jacob avait combattu l’Esprit qui lui était apparu.

Et si elle recouvre ses forces, l’ange doit perdre des siennes. C’est le principe de la boxe et des vases communiquant avec peut-être le soupçon qu’il n’existe pas de « sauveur suprême ». Qu’il faut savoir remettre en cause les apparitions, même les plus secourables.

Rachel, après quelques saisons en enfer, plusieurs sortes d’enfers, a connu ses Illuminations. Ses formations théâtrales l’ont transformée. Son corps et ses cris, de comprimés qu’ils étaient, sont devenus avec les ans et l’ardeur, des moments exprimés. Elle a appris que la dérision est une des figures de la résistance. Sur scène, elle est joyeuse, imaginative, grave, animée, corporelle, elle dira que le bonheur existe et qu’elle l’a connu petite fille.

Peter Tournier, le directeur d’acteurs dont elle a suivi le cours à l’Intercultural method, l’a beaucoup inspirée lorsqu’elle a conçu la mise en scène. Alexia Vic, artiste photographe avec qui elle est liée d’amitié, d’admiration et d’une expérience de modèle, a créé l’affiche troublante de son spectacle.

Ici l’ombre ! une femme parle aux femmes et même aux hommes « armés » ou désarmés. Elle affirme que la résilience existe et que la flamme ne s’éteint pas tant que demeure l’empire sur soi. Venez le vérifier vous-mêmes, allez voir On verra. Le spectacle, écrit et interprété par Rachel Charrie, passe les jeudi 3, vendredi 4 et samedi 5 septembre 2026 au théâtre du Gouvernail, Passage de Thionville, Paris. Métro Ourcq.


Horaires des spectacles
◆ Jeudi 3 septembre à 20h
◆ Vendredi 4 à 20h30
◆ Samedi 5 à 20h

Billetterie en ligne

Accès transport en commun
◆ RER B prendre en queue, ce qui facilite la correspondance à Gare du Nord vers la ligne 5. Descendre à la station Ourcq. C’est tout près.

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