Lenaïg Held vit à Fontenay depuis 15 ans. Auxiliaire de vie de profession, elle mène en parallèle un travail artistique fait de peinture, d’expositions et, parfois, de ventes. C’est une humaniste dont les créations sont intimement liées à l’accompagnement des autres qu’elle exerce dans son métier, au quotidien, avec cette idée de voyage intérieur.
Elle vient de la région de Morlaix et passe son enfance à Plouezoc’h, un village un peu plus au nord. Sa mère est puéricultrice et son père psychologue pour enfants. La Bretagne reste chez elle une source d’inspiration pour ses paysages ou ses rivages. Si elle aime la montagne, elle n’a connu les Monts d’Arée que les jours de pluie, donc trop peu.
La musique celte fait également partie de son héritage intime. Elle l’a profondément reçue dans l’enfance, au rythme des fest-noz.
Son père jouait (« sonnait ») de la bombarde, et elle se souvient encore des vibrations de la guimbarde tenue entre ses lèvres. De cette expérience, elle garde la mémoire d’une intensité collective, d’un « être ensemble » entre générations, vécu dans sa forme la plus authentique.
Le quotidien des qualités humaines
Avec son diplôme d’aide médico-psychologique, c’est en région parisienne que Lenaïg Held trouve du travail. Pendant vingt ans, auxiliaire de vie, elle exerce dans des foyers pour personnes handicapées. Elle dit « je n’ai pas connu le plus dur ». On comprend au cours de l’entretien qu’elle n’a pas connu le plus léger non plus.
Son travail va de l’aide aux repas et à la toilette à des formes d’accompagnement plus larges, selon les besoins de chacun. Elle évoque notamment son passage à Simon de Cyrène, à Vanves, auprès de personnes victimes de traumatismes crâniens. Pendant le confinement, elle y anime des « voyages immobiles ». Chacun raconte un voyage, son voyage. Manière d’en être sans bouger. C’était le dimanche. Les deux tiers des occupants restaient dans le foyer quand les familles ne venaient pas les chercher.
Elle a été auxiliaire de vie scolaire. Elle suivait des enfants dont les « troubles » engendrent des besoins particuliers qui ne peuvent être couverts par les dispositifs ordinaires de l’école. Ce fut un enfant hyperactif en maternelle ; un autre, mutique à trois ans, que le dessin aidera à acquérir la parole. Dans d’autres structures, de jour ou de réinsertion sociale, elle intervient tantôt autour d’activités artistiques, musicales ou culinaires, tantôt dans un accompagnement très concret vers le logement ou l’emploi
Un cheminement artistique
Voilà pour le métier (les métiers). En même temps, pendant cinq ans, elle participe à un atelier d’art dans le XVe arrondissement. Elle y apprend l’aquarelle, le pastel, l’acrylique. Pas l’huile, dont elle est allergique aux odeurs. En 2009, elle est heureuse qu’une de ses aquarelles participe à une exposition collective à la mairie du XVe. Depuis 2014, à Fontenay-aux-Roses, elle participe aux portes ouvertes. Elle accroche dans les salles municipales, salle du Parc, Pierre Bonnard, Sainte-Barbe. Ce cheminement ne relève pas du hasard.

Dans sa famille, on disait qu’elle avait la fibre artistique. Enfant, elle dessine par goût. Son père est un photographe amateur et persévérant. Adolescente, elle découvre l’Italie et les lumières méditerranéennes. Après le bac, elle fréquente à Brest les musées et lit des livres d’art. Les impressionnistes, les symbolistes, tout ceci est resté.
Elle travaille principalement sur toile et s’appuie sur des techniques mixtes. Parfois du feutre s’ajoute ou un morceau d’alu. Elle privilégie la couleur et elle aime qu’on le remarque. Pas étonnant qu’elle photographie volontiers du street art, (« mais pas les tags ! »).
Vers 2017, elle présente ses travaux au café du marché qui accepte de les accrocher. Ce sont des portraits de musiciens. Ensuite, InnoVizza accrochera des toiles sur l’Italie, A l’Odyssée, le thème est le monde celte. C’est là que Muriel Guilleminot, alors maire adjointe à la Culture, la découvre et l’encourage.
Voyager et faire voyager
L’engagement bénévole prolonge naturellement cette démarche. Lenaïg Held anime des ateliers artistiques auprès de personnes âgées au service de gériatrie de l’hôpital Vaugirard.
Elle accompagne aussi des enfants de familles défavorisées à Fontenay. « Les parents me trouvent patiente. Ils apprécient que je les laisse imaginer ce qu’ils veulent. » Plus récemment, avec FET, elle participe à des actions autour de la récupération de matériaux, notamment à l’occasion du printemps et de Pâques.
Entre ses engagements sociaux et sa pratique artistique, un même élan se dessine : celui du voyage. Faire voyager, aider à s’évader, sortir de chez soi ou de soi, accéder à d’autres horizons culturels et sensibles : telle semble être la ligne de force de son parcours, pour les autres comme pour elle-même.
Lorsqu’elle se définit comme artiste, Lenaïg Held évoque trois portes d’entrée : la peinture, la photographie et la poésie. Trois façons d’ouvrir un espace, de respirer, de rêver, de regarder autrement.
Ce qu’elle cherche dans cette ouverture, ce sont « les différentes beautés du monde ». Pour elle, le beau réside dans les couleurs, mais aussi dans ce détail inattendu qui, soudain, révèle un ensemble. Parmi les peintres qu’elle cite spontanément figurent Van Gogh, Manet, Monet ou Cézanne.
Son travail cherche à faire dialoguer deux sensibilités : un « impressionnisme » attentif à l’instant, à la lumière et aux nuances fugitives, et un « symbolisme » plus discret, qui introduit dans l’image des signes, des présences et des allusions.
Elle superpose les matières, les transparences et les traces. « Ainsi, dit-elle, une toile peut traverser plusieurs états, comme un paysage qui se transforme au fil des saisons. »

