Elle travaille la terre, le métal, le bois et la pierre. Elle peint sur papier, toile ou carton. Les deux disciplines relèvent chez elle de deux gestes différents. « En sculpture, je sais où je vais. En peinture, je peins depuis toujours, mais la part du doute est plus importante. » Quand Hélène Krief parle de ses influences, elle invite à découvrir des pages d’histoire de l’art, à les prendre en partage.
La peinture l’a toujours accompagnée, de la Tunisie, au Sénégal ou au Canada. Quand la famille rentre en France, elle rencontre par hasard Joëlle Lionne, sculpteure qui a marqué un petit groupe de fidèles. Une passion naît. C’est ainsi qu’elle s’initie à la sculpture, elle ne la quittera plus.
Ses premiers pas vont vers le travail du bois. Les tempêtes de 1999 ont abattu quantité d’arbres. L’atelier en tire parti. Elle travaille des planches épaisses, non dégrossies, y inscrit des formes épurées… Elle pense à Matisse. Elle cherche dans ces formes un équilibre, une cohérence avec le matériau.
Des rencontres
Plus tard, Hélène Krief suit les cours de Laurent Okroglic, professeur de dessin aux Ateliers Beaux-Arts de la ville de Paris. Son regard se forme. Elle y apprend le dessin d’après modèle vivant. Laurent Okroglic l’encourage à s’affranchir de la figuration. Il a compris qu’elle s’y ennuie. Elle trouve dans des découpages, collages, pliages, papiers et cartons une autre aventure, proches du « cadavre exquis ». En déployant ses pliages, on y découvre un inattendu, qu’elle recompose.

Une autre rencontre importante est celle d’Olivier di Pizio, directeur de Réalités nouvelles et enseignant aux Ateliers Beaux-Arts de la Ville de Paris qui la sensibilise à l’art contemporain et l’ouvre à un questionnement nouveau.
De ses multiples inspirations, elle cite les Fauves, Odilon Redon, et même (incroyable !) Gustave Moreau. Pour elle, « l’essentiel, c’est la couleur ». Matisse encore, qui s’impose à elle quand elle arrange, combine ses « Formes femmes », patterns épurés, conjugués sur la toile.
Dans son cheminement artistique, la sculpture est toujours présente. Une pièce en appelle une autre. Il y a plusieurs années, elle était « dans une géométrisation des volumes ». Ses formes étaient lisses, polies. Elle cherchait dans l’argile des formes simples, un équilibre qui trouvait ses sources chez Constantin Brancusi ou Eduardo Chillida, « ces grands du XXe siècle ».
Elle avait en tête les lacs gelés du Québec, quand la glace se rompt brusquement, se soulève dans un bruit assourdissant. Sa série « Débâcles » se remémore l’émotion ressentie lors de ces insubordinations de l’eau.
L’esquisse libératrice
Ces temps-ci, elle revient à la terre. « J’aime la terre. Tailler la pierre, devient trop éprouvant sourit-elle. » Le modelage de ses « Poupées votives », lui permet de s’affranchir d’une certaine rigueur première, ses repères ont changé. Elle les trouve dans les Figures de Laurent Esquerré, de Germaine Richier ou encore dans les arts premiers, dans lesquels elle puise « un autre imaginaire »,

Ces artistes mettent en évidence ce qu’elle appelle « la maladresse ». Elle fait résonner dans le mot une intention libertaire. Ce qui est en jeu pour elle est « l’authenticité du brut ». En ne cherchant plus le « fini », elle a le sentiment de pouvoir explorer des voies nouvelles. Cette esthétique est présente à chaque instant, « il faut que ça tienne », sinon, c’est mou, informe. La maladresse est une démarche, ce n’est pas un laisser-aller.
Cette expressivité, ce qu’elle appelle son côté baroque, fera que les personnages auront des fantaisies au-dessus de leur tête, des chapeaux farfelus de carnaval ou de bal masqué, des oiseaux, des feuilles.
« Quand j’ai commencé la sculpture, j’étais naïve », c’est-à-dire ignorante de ce que la sculpture supposait comme travail. Entourée des tableaux que son père, grand amateur, achetait sur un coup de tête… avant de les revendre par manque d’argent. Il en achète tant que tous les murs de l’appartement sont couverts. Elle en fut nourrie et grandit entourée de ces toiles. Au fil des dépenses erratiques du père, les tableaux vendus disparaissent et laissent leurs traces sur les murs. Cela l’a marquée. « C’est, pense-t-elle, pour remplir ces vides que je me suis mise à peindre. » Peindre devient comme une réparation de disparitions.

