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Un étudiant cubain à Jean-Monnet

La Gazette est régulièrement invitée à la journée d’accueil des étudiants en L1 de Jean-Monnet. C’est l’occasion de rencontres, de conversations improvisées sur les communes que les étudiants découvrent, sur leurs espérances. Osmel Bell Aguila, lui, est en deuxième année de master. Il est cubain et s’est spécialisé sur un terrain où le droit, la cybersécurité, les données et l’espace se rencontrent.

Il a soumis à La Gazette une idée simple : écrire un article qui décrive comment la région se voit à travers les yeux de quelqu’un qui la découvre. Avec un itinéraire aussi singulier, comment refuser. Il suit à Cuba des études en ingénierie informatique puis en droit. Puis il passe un M1 en droit du numérique à Avignon, ayant obtenu une bourse d’excellence Mistral du gouvernement français. Il mène cette année universitaire en même temps qu’un contrat d’apprentissage en données personnelles et sécurité.

Osmel Bell Aguila se raconte.

Fontenay-aux-Roses : changer d’échelle

Arriver dans le 92, c’est changer d’échelle. On quitte une ville moyenne du Sud pour entrer dans la petite couronne parisienne, où tout va plus vite et où chaque trajet entre le logement, l’université et l’entreprise fait partie de l’apprentissage.

Le premier mois ne se mesure pas en grands événements, mais en petites victoires : s’orienter dans une ville nouvelle, mettre ses papiers en ordre, fixer un rythme d’études et de travail, commencer à reconnaître des visages. Fontenay-aux-Roses, avec son nom de jardin et sa vie de quartier, offre un point de départ plus calme que ne le laisse imaginer la capitale voisine.

Le premier mois ne s’étudie pas : il s’apprend en avançant.

Paris-Saclay : la technique et le droit sur le campus

L’Université Paris-Saclay occupe la 13e place mondiale du classement de Shanghai 2026 et se classe première université française. Derrière ce chiffre se cache un écosystème peu commun : facultés, grandes écoles d’ingénieurs comme CentraleSupélec et l’ENS Paris-Saclay, et laboratoires de recherche réunis sous un même nom. Le droit y a aussi sa place : la Faculté Jean Monnet, de droit, économie et gestion, se trouve à Sceaux, dans le département 92 lui-même.

Pour un étudiant en droit, cela change le paysage. La technologie cesse d’être un chapitre du manuel. De ce croisement naissent des compétences très concrètes : protéger les données personnelles, comprendre la cybersécurité, encadrer les systèmes numériques et spatiaux. Ce sont des profils hybrides, de plus en plus recherchés sur le marché du travail français, car les entreprises ont besoin de personnes capables de parler à la fois le langage de l’ingénieur et celui du juriste.

DAST : un master et une pratique

Ce qui distingue le M2 DAST, droit des activités aérospatiales et des technologies numériques de l’Université Paris-Saclay, c’est son organisation. Les cours sont dispensés par des professionnels du secteur, et la formation ne s’arrête pas à la faculté : une partie des séances se tient dans des cabinets d’avocats, comme De Gaulle Fleurance & Associés, cabinet parisien doté d’une pratique dédiée au droit spatial.

Changer de salle produit un effet visible : les cas cessent d’être des hypothèses. Celui qui enseigne est celui qui négocie des contrats, conseille des opérateurs et voit chaque jour comment les règles s’appliquent aux satellites, aux données et aux infrastructures numériques. Pour l’étudiant, apprendre dans cet environnement, c’est comprendre le métier et rencontrer en même temps ceux qui l’exercent.

L’addition des trois pièces, salle de cours, cabinet et entreprise, est le pari de l’année : une formation qui ne sépare pas la théorie de la pratique et qui prépare à un marché, celui du numérique et de l’espace, où presque tout reste à réguler.

Travail d’équipe à l’ère de l’IA

La méthode du master s’appuie sur des cas d’usage et des cas pratiques. Au lieu de mémoriser des règles, les étudiants travaillent sur des situations réelles ou très proches de la réalité, presque toujours en groupe, et apprennent à conduire un problème de l’énoncé jusqu’à une solution défendable.

Cette méthode laisse une leçon claire : les problèmes ambitieux d’aujourd’hui, comme encadrer l’intelligence artificielle, protéger des données à grande échelle ou gouverner des infrastructures numériques et spatiales, ne se résolvent ni seul ni avec une seule discipline. Avec l’essor de l’IA, les outils produisent de plus en plus vite un premier brouillon ; ce qui continue d’exiger du jugement humain, c’est de décider, négocier, expliquer et coordonner une équipe.

C’est pourquoi les soft skills deviennent bien plus qu’un complément de CV. Écouter, argumenter, répartir le travail et accepter la critique sont les compétences qui permettent de s’intégrer dans une équipe et, pour un étudiant venu d’ailleurs, dans un pays : travailler en groupe, en français et entre cultures, est à la fois un exercice et une clé d’entrée dans le monde professionnel.

Les problèmes ambitieux ne se résolvent pas en solitaire.

Cybersécurité : la matière qui traverse la décennie

Derrière presque tous les enjeux de cette décennie, de l’intelligence artificielle aux services numériques et aux infrastructures spatiales, il y a une même matière première : les données. Les entreprises de l’écosystème européen gèrent des volumes considérables d’informations personnelles et stratégiques, et un incident de sécurité n’est plus seulement un problème technique. C’est aussi un problème juridique, économique et de réputation.

L’Europe a répondu par un cadre de plus en plus dense, avec des textes comme le RGPD, NIS2, DORA, l’AI Act ou le Cyber Resilience Act, qui font de la sécurité une obligation et non une option. Les respecter exige des personnes capables de comprendre à la fois la règle et le système qu’elle protège.

C’est là que la connaissance de la cybersécurité devient une protection clé dans la gestion des données. Celui qui maîtrise les deux côtés peut traduire un risque technique en décision juridique, et inversement, ce qui est exactement le terrain d’un département comme celui des données personnelles, de la sécurité et des fraudes, où l’étudiant fera son alternance. C’est aussi le pari de fond de sa formation : dans l’espace comme dans le numérique, rien ne fonctionne si les systèmes ne sont pas sûrs.

Protéger les données n’est plus l’affaire du seul service technique.

Premier pied dans l’entreprise

En France, l’alternance est bien plus qu’un stage. Le contrat d’apprentissage est un contrat de travail : celui qui le signe intègre une équipe, avec de vraies responsabilités, un tuteur et un salaire, tout en poursuivant sa formation universitaire.

Pour un étudiant international, ce premier pied dans l’entreprise compte double. Il permet de vérifier au quotidien ce qui s’apprend en cours, de comprendre comment on travaille réellement dans une organisation française et de commencer à bâtir un réseau professionnel dans le pays où l’on veut s’installer. Il permet aussi de saisir que les problèmes de protection des données et de cybersécurité s’appliquent chaque jour et pas seulement dans les manuels.

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