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Cogni’classe au collège des Ormeaux de Fontenay-aux-Roses

Cette année (2025-2026), les enseignants d’une classe de 6e du collège des Ormeaux ont adopté collectivement des pratiques inspirées des sciences cognitives. Leur initiative vise à favoriser un climat d’apprentissage dans la classe et à donner aux élèves des outils efficaces pour apprendre et retenir. En septembre, une classe supplémentaire, de 5e cette fois, adoptera ces pratiques.

Apprendre à apprendre

La méthode part notamment d’un constat : on oublie progressivement ce qu’on a appris, ou au moins une partie. Un philosophe allemand, Hermann Ebbinghaus, a mis en évidence cette courbe de l’oubli et montré qu’on pouvait mieux garder en mémoire ce qu’on a appris par la méthode des rappels (on parle de réactivation).

Ces constats ont été présentés aux élèves en début d’année avec la proposition d’une méthode pour retenir une leçon : au lieu de lire les notes prises, il s’agit d’utiliser une fiche décomposant le contenu appris en une série de questions et de réponses (on parle de fiche de mémorisation). Pour réviser, le principe est de cacher les réponses et de les chercher dans sa mémoire, puis de vérifier les solutions (Ainsi, le cerveau est actif, puisqu’il cherche les réponses, ce qui est plus efficace que le leurre de connaissance avec une lecture passive du cours).

Cette méthode peut être utilisée par chaque élève chez lui, mais elle est aussi pratiquée en classe. Un cahier de réactivation passe ainsi de cours en cours. Le professeur qui a fait son cours indique des questions de réactivation qui vont être posées aux élèves par l’enseignant suivant dans la journée, (donc d’une autre matière : on parle d’apprentissage enchevêtré) de façon de plus en plus espacée dans le temps, le lendemain, la semaine suivante, le mois suivant). Chaque élève doit proposer une réponse (ils ont des ardoises pour la montrer). La méthode de rappel est institutionnalisée. Ce sont deux élèves de la classe (différents tous les mois) qui ont la charge du cahier de réactivation.

Ambiance de travail

L’attention d’un élève est vite distraite du cours par toute une série de raisons : la remarque d’un autre élève, une personne qui passe dans le couloir, une notification sur le portable… (pour le travail à la maison, pas de téléphone au collège). Pour garder l’attention des élèves, l’enseignant a plusieurs moyens. Voici ceux utilisés par Morgan Le Gall, professeure de Physique Chimie et professeure principale de la classe.

Elle commence son cours par un rituel qui vise à calmer les élèves (et réduire leur fréquence cardiaque) : elle montre sur une vidéo une bulle qui monte et descend. Les élèves doivent régler leur respiration sur la bulle (cela s’appelle la cohérence cardiaque). Elle affiche ensuite le plan de la séance, ce qu’ils vont faire pendant ce cours. Par exemple, cela donne le déroulement suivant :

  • Apaisement du rythme cardiaque. Rituel d’entrée, pendant lequel ils sortent leurs affaires. Dès que la vidéo est terminée, nous sommes tous prêts à travailler dans le calme.
  • Interrogation du cours avec les ardoises ou sous forme papier (cela permet encore une fois de réactiver, mais aussi de voir où en sont les élèves de l’apprentissage et de la compréhension du cours afin d’adapter la séance à leurs besoins).
  • Correction des exercices
  • Pause attentionnelle
  • Apport de nouvelles notions : découverte, raisonnement ou application en travail de groupe le plus souvent possible.

Les études sur le cerveau ont montré que l’on n’est guère capable de garder son attention plus de 20 minutes. D’où la pause attentionnelle en milieu de cours. Le principe : silence complet pendant deux minutes (avec le minuteur affiché).

Le principe « pas de portable allumé en classe » (principe officiel en collège) est bien sûr pratiqué par tous les enseignants (l’utilisation même du téléphone portable est complètement interdit dans l’enceinte du collège. Si un élève est vu entrain d’utiliser son téléphone, celui-ci est immédiatement confisqué. Les parents doivent ensuite prendre RDV afin de venir le récupérer).

Animation du dispositif

La professeure principale a une heure chaque semaine avec toute la classe afin de sensibiliser les élèves aux sciences cognitives. Ainsi, à l’aide de courtes vidéos et de situations concrètes, ils découvrent les neuromythes :

  • Non, on ne peut pas réaliser correctement deux tâches en même temps, sauf si l’une d’elle est automatisée (comme marcher ou conduire),
  • Non, la mémoire ne se muscle pas, mais on peut mettre en place des stratégies afin de mieux retenir,
  • Non, pour apprendre un texte, il ne faut pas le lire plusieurs fois.

Les élèves découvrent également les besoins et le fonctionnement du cerveau, la notion de plasticité cérébrale, le besoin de se tromper pour apprendre. Ils sont sensibilisés sur le fonctionnement de leur attention, les distracteurs internes et externes et comment faire pour remédier à un problème d’attention en classe ou à la maison. Enfin, l’accent est mis sur le fonctionnement de la mémoire, afin qu’ils comprennent l’importance et l’efficience des outils qui leur sont proposés.

Elle a également une séance de vie de classe tous les 15 jours. La séance de vie de classe permet notamment de donner la parole aux élèves sur leur scolarité au collège, de mieux comprendre et s’approprier les bulletins de fin de trimestre afin qu’ils aient un réel impact sur la suite de leur scolarité.

Mobilisation des enseignants, information des parents

Morgan Le Gall est coordinatrice des Devoirs faits depuis 2019. Lors d’une journée de formation, elle a découvert les sciences cognitives et elle s’y est intéressée. Avec une autre enseignante du collège, elle s’est inscrite au réseau des Learninglabs (https://learninglabs.fr/ ). L’idée de cogni’classe est venue naturellement et a eu le soutien de la principale, Madame Dordé. Il s’est trouvé suffisamment d’enseignants volontaires pour pouvoir organiser une formation locale. Seule limite : les enseignants arrivés en début d’année ne sont pas formés.

La classe a été choisie parmi celles qui ne sont pas à option (théâtre…) et n’a rien de particulier parmi les autres classes.

Une réunion d’information des parents a eu lieu le soir de la rentrée avec une insistance particulière pour qu’ils soient présents. La principale inquiétude des parents était que ce dispositif ait été conçu pour des élèves en difficulté (et donc que leur enfant ait été jugé faible). Une nouvelle réunion aux alentours de la Toussaint a également eu lieu afin d’échanger : comment les familles avaient-elle vécue cette entrée au collège ? S’étaient-elles saisies des outils mis à disposition ? Les familles étaient très réceptives et l’explication des outils a été appréciée.

Résultats

Les résultats ont été suffisamment positifs par les enseignants et la direction du collège pour continuer l’an prochain le dispositif en classe de 6e et même l’étendre à une classe de 5e (mais pas avec les élèves actuellement dans la cogni’classe).

Les points retravaillés en classe grâce au cahier de réactivation sont davantage maîtrisés par rapport aux autres classes et les parents sont plus à même d’aider leurs enfants à l’aide des fiches de mémorisation.

Un point doit cependant être revu : les enfants ne semblent pas s’être emparés de la méthode pour réviser leurs cours. Les élèves de la classe ont eu du mal à accepter la réalité du fonctionnement du cerveau et l’utilité des outils proposés. Par exemple, laisser leur téléphone dans une autre pièce lorsqu’ils font leurs devoirs à la maison était pour eux inenvisageable. De plus, la nécessité de s’interroger plusieurs fois sur une leçon leur apparaît encore comme une contrainte inutile. Pour surmonter cette difficulté, l’équipe compte mettre en œuvre l’an prochain des outils améliorant la motivation.

Un exemple de définition

Un collège parisien présente ainsi les cogni’classes :

Un projet mené par une équipe éducative pour mettre en œuvre dans une ou des classes des pratiques pédagogiques éclairées par les apports de la recherche en sciences cognitives.

 Ce n’est pas une révolution pédagogique mais une mise en œuvre de pratiques revisitées et rendues plus efficaces à la lumière des sciences cognitives.

 Quels sont les objectifs ?

  • Donner des outils et des stratégies d’apprentissage efficaces à tous les élèves
  • Réduire les inégalités de réussite
  • Développer l’autonomie

Les 5 axes d’exploration dans une cogni’classe : Mémorisation – Attention – Implication active – Compréhension – Métacognition

Des pratiques soutenues nationalement

Une association soutient le développement de l’utilisation en classe des sciences cognitives. Elle est présidée par un proviseur honoraire et ingénieur de formation à l’École IH2EF des cadres du ministère de l’Éducation nationale.

Le collège des Ormeaux s’appuie notamment sur ce site qui propose des mises en œuvre pratiques et des partages en réseau d’enseignants.

Une formation de 2,5 jours a eu lieu localement l’an dernier pour une quinzaine d’enseignants sur l’attention et la mémorisation. Elle a été poursuivie cette année avec une formation sur les spécificités du cerveau de l’adolescent et la motivation.

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