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Bennes et bus à hydrogène en 2026 ?

Les 27 bennes à ordures ménagères et 30 bus devraient rouler bientôt à l’hydrogène sur le territoire Vallée Sud Grand Paris. Pour en savoir plus sur l’avancement du programme, La Gazette a rencontré Richard Laurens, Directeur Général de Vallée Sud Hydrogène.

Une réflexion entamée en 2017

En 2017 sous la présidence de Jean Didier Berger, le territoire Vallée Sud Grand Paris engage une réflexion sur la réduction des émissions des gaz à effet de serre dus au transport sur son territoire. En 2018, il soumet un premier dossier à l’ADEME. Il propose une solution d’alimentation en hydrogène vert pour son parc automobile. Début 2020, après analyse, l’ADEME rejette le dossier. Une première évaluation montrait que le tout électrique était économiquement plus rentable pour le parc automobile de VGSP. Il répondait efficacement aux usages urbains pour des véhicules légers effectuant en moyenne 50km par jour.

Malgré ce premier refus, VGSP décide de poursuivre ses études et confie le projet à Vallée Sud Mobilités en juin 2021. En septembre 2021, Vallée Sud Mobilités soumet à l’ADEME un nouveau projet focalisé sur l’alimentation en « hydrogène vert » pour ses véhicules lourds : camions-bennes de collecte des déchets et bus. Il s’appuyait sur le constat que le tout électrique n’était pas adapté aux missions des véhicules lourds tels que les bennes et les bus, circulant sur son territoire. Les capacités des batteries et les temps de charge ne répondaient pas aux contraintes en termes de reliefs, de distances journalières à parcourir, de poids à déplacer et de puissance nécessaire à l’utilisation des presses hydrauliques pour les bennes. La solution « hydrogène » permet par exemple aux camions-bennes de réaliser des tournées de 140 km en totale autonomie et réduit le temps de charge à 15’. Le tout électrique réduit l’autonomie à 50 km et exigerait 2 à 3 passages en charge pour assurer une tournée.

Vallée Sud Hydrogène, filiale de Vallée Sud Mobilités, est créée en décembre 2021. En juillet 2022 l’ADEME valide la nouvelle proposition. Elle la soutient par une subvention de 5 millions d’euros complétée d’une aide de 2 millions de la Région Ile-de-France et de 5 millions de la Communauté européenne. Ces apports rendaient le projet économiquement viable. L’ADEME apporte également des subventions pour l’acquisition des bennes à ordures ménagères et des bus.

La construction

Vallée Sud Mobilités souhaite déléguer rapidement la réalisation de l’usine de production et de distribution à Vallée Sud Hydrogène au travers d’un contrat de concession de services. Le code des marchés publics impose la mise en œuvre d’une procédure d’appel d’offres concurrentiel. Ce qui est fait en août 2022. Vallée Sud Hydrogène sera le seul à répondre et le marché lui sera finalement attribué en juillet 2023.

En août 2023 à l’issue d’un appel d’offres, un contrat clé en main (EPC) de 31 millions d’euros est signé pour l’ingénierie, les approvisionnements, la construction du site de distribution et de production d’hydrogène par électrolyse à Châtenay-Malabry. Hynamics, groupe EDF, est le partenaire industriel de Vallée Sud Hydrogène sur ce projet. Il est aussi, depuis le début, actionnaire minoritaire de Vallée Sud Hydrogène au côté de Vallée Sud mobilités. La Caisse des Dépôts rentrera au capital de Vallée Sud Hydrogène en février 2025.

1er trimestre 2026 : Livraison du site

Le site de production et de distribution de Châtenay-Malabry doit rentrer progressivement en production au premier trimestre 2026. Il devra à terme alimenter l’ensemble des 27 bennes à déchets ménagers du territoire. Les 30 bus hydrogène d’Ile-de-France Mobilités seront alimentés à partir du site de distribution de Châtillon. Ils permettront de charger en 15’ des réservoirs à 350 ou 700 bars suivant le type de véhicule. L’«hydrogène vert» ou bas carbone sera produit par un électrolyseur de 5 MW capable de fournir jusqu’à 2 tonnes d’hydrogène par jour. Il sera alimenté en électricité issue de productions renouvelables. L’hydrogène sera ensuite compressé pour être stocké dans des réservoirs à 450 bars et 950 bars. La plateforme de distribution permettra ensuite de charger des réservoirs à 350 et à 700 bars. Des tests de sécurité ont permis de valider la résistance de l’installation à une pression de 1100 bars.

Les 3 premiers camions-bennes à hydrogène sont annoncés au 1er trimestre 2026. Ce sont des bennes existantes, elles auront fait l’objet d’un « retrofit » (le remplacement d’anciens composants par de plus récents sans modifier la fonction). Les moteurs thermiques sont remplacés par une propulsion électrique, batterie et moteur, alimentée en électricité par une pile à combustible (PAC) et un réservoir d’hydrogène chargé à 350 bars. La mise à niveau est réalisée par la société CGK, pionnier français pour le « retrofit » de véhicules lourds.

Photo Y. Bellec

Les 30 bus hydrogène sont achetés par Ile-de-France Mobilités au fabricant polonais Solaris. Ils seront mis à disposition du concessionnaire ATM retenu pour leur exploitation. Les 5 premiers arriveront fin 2025. Leur dépôt est localisé à Châtillon. La station de distribution est située au plus près du centre de remisage. Elle sera alimentée en hydrogène par camion à partir de l’usine de Châtenay-Malabry. Le site de Châtillon retenu pour la distribution étant situé sur une zone de carrières, des solutions sont actuellement à l’étude pour consolider le sous-sol avant la construction de la station.

Un démonstrateur écologique

La mise en service du site de production et de distribution de Châtenay-Malabry doit intervenir début 2026. La montée en charge progressive s’adaptera au calendrier de livraison des bennes et des bus. A terme, ils devraient absorber 50% de la production d’hydrogène. Vallée Sud Hydrogène explore les débouchés potentiels pour l’excédent de production.

Parallèlement Vallée Sud Grand Paris, en partenariat avec la ville de Châtenay-Malabry, étudie l’opportunité de la mise en place d’un démonstrateur écologique sur le terrain de la Sygrie ou est localisé la station. Situé à l’orée de la forêt domaniale le site serait complètement réaménagé et re végétalisé. Il intègrerait un démonstrateur de la rénovation énergétique, une ressourcerie et une école du développement durable à l’attention des scolaires.

  1. Joseph MAIRE Joseph MAIRE 4 décembre 2025

    Merci Yvon pour cet article très intéressant qui fait le point sur le projet.
    Comme tu le dis, la spécificité du cahier des charges du ramassage d’ordure a emporté la décision de l’ADEME de soutenir ce projet. Celui ci est sans doute vertueux en terme de réduction des émissions de carbone mais à quel prix ramené à la tonne de carbone économisée !… Il s’agit d’un secteur bien particulier… alors même que l’hydrogène ne sera pas une solution miracle pour les transports comme expliqué par Aurélien Bigo dans cet excellent article abondamment documenté et sourcé : https://www.polytechnique-insights.com/tribunes/energie/lhydrogene-dans-les-transports-10-questions-pour-sy-reperer/
    En cette période de vaches maigres, n’aurait -il pas été plus sage d’investir sur des projets de décarbonation de nos mobilités moins spectaculaires mais plus efficaces en euro investi que ce projet dispendieux ? Poser la question, c’est un peu y répondre…

    • Gérard Bardier Gérard Bardier 5 décembre 2025

      Vu l’enthousiasme délirant qu’a suscité hydrogène il y a quelques années, il était indispensable d’avoir quelques réalisations , ne serait ce que pour avoir des références pratiques pour les réflexions futures. A cet égard je comprends que le projet ait bénéficié de subventions. Mais l’enjeu c’est de pouvoir réaliser un projet sans subvention. A cet égard je reste toujours très sceptique

    • Yvon Bellec Yvon Bellec Auteur de l’article | 5 décembre 2025

      Merci Joseph pour ce commentaire. L’article d’Aurélien Bigo, fort intéressant, fait écho aux choix de l’ADEME et de Vallée Sud de réserver l’hydrogène aux mobilités lourdes Les quelques extraits ci-dessous illustre ses propos :

      « La mobilité lourde constitue le deuxième axe du plan hydrogène français de 2018 ainsi que de la stratégie nationale pour le développement de l’hydrogène décarboné de 2020
      .
      Pour des raisons de rendement énergétique et de bilan carbone, l’électrique est donc à privilégier quand cela est possible, comme pour les véhicules routiers légers (deux-roues, voitures ou encore véhicules utilitaires). L’hydrogène trouvera sa pertinence en complément de l’électrique, notamment lorsqu’il y a besoin de forts emports de charge, d’autonomies élevées et/ou de temps de recharge très courts. C’est d’ailleurs par ces avantages que l’hydrogène laisse espérer ou peut donner l’illusion qu’il sera possible de garder à l’avenir les comportements et usages des transports permis par le
      Pour le transport routier, l’hydrogène n’aura pas de pertinence sur les véhicules les plus légers, plus adaptés pour l’électrique à batteries. Les vélos ou voitures à hydrogène, inefficaces énergétiquement et bien plus coûteux financièrement, sont donc à oublier comme solutions de masse et en dehors de quelques usages de niche. En revanche, l’hydrogène pourrait se montrer plus utile pour les modes les plus lourds (poids lourds, bus et cars…) et lorsque les distances sont trop longues pour l’électrique à batteries.  »

      Il me semble que les cibles retenues se concentrent sur des usages favorisant une démarche bas carbone au quotidien : les bus facilitent les mobilités collectives et les camions bennes arpentent quotidiennement l’ensemble du territoire. Les impacts de la consommation d’eau nécessaire à la production d’hydrogène reste sans doute un point à traiter.

  2. Michel Giraud Michel Giraud 4 décembre 2025

    Bonjour
    J’aime bien aller visiter les usines, ou les abords des usines… Pouvez-vous nous donner les adresses des deux sites à Châtenay et Châtillon ?

    • Yvon Bellec Yvon Bellec Auteur de l’article | 5 décembre 2025

      Bonjour et merci pour votre demande. La station de Châtenay est visible au 9 route de Bièvres à Châtenay-Malabry. L’accès au chantier est interdit. Vous pouvez vous rapprocher de Vallée Sud Hydrogène pour connaître les éventuelles possibilités de visite.

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