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Le textile comme médium artistique

L’Espace Rosa Bonheur de Fontenay-aux Roses accueille du 24 février au 15 mars 2026, des artistes de la ville. L’exposition Rencontres Textiles 2 propose sur la quinzaine de jours de transformer la matière tissée en langage visuel et narratif, invitant le public à découvrir comment fibres et fils peuvent porter des histoires, des émotions et des engagements.

Quelques instantanés recueillis auprès d’artistes lors du vernissage, le 25 février.

LiliCamiron

Avec des installations en fil de fer crocheté, LiliCamiron interroge les normes sociales et les attentes imposées aux femmes. Son approche mêle humour et critique sociale, utilisant la matière avec esprit et inventivité pour poser un regard incisif sur les injonctions contemporaines.

La Gazette: Pour vous, le textile est-il avant tout un support ou un langage en soi ?

En préambule, il est important de souligner que j’ai réalisé cette installation après l’invitation qui m’a été faite d’exposer dans cet espace sur le thème de la féminité.
Je ne peux pas vous répondre de façon générale, mais cette installation par exemple permet un échange : A un homme affirmant « J’aime la lingerie fine », ma réponse était, « est-ce assez fin pour toi ? »

Je me suis inspirée d’un texte lu par Cynthia Nixon (l’actrice de la série TV Sex in the City) lesbienne et féministe assumée. « Be a lady they said » est un spot dans lequel elle liste toutes les injonctions, souvent contradictoires, faites aux femmes, afin que celles-ci répondent à toutes les normes féminines.

Pour autant, ma démarche ne se voulait pas vindicative (le reflet d’un combat entre l’homme et la femme), mais qu’elle prenne une forme plus sensuelle. Comme ses sous-vêtements déposés négligemment sur un lit afin qu’une fois libérée de tous ces carcans, la femme s’offre au regard d’un homme, dans la réalité de sa nudité

Alain Cortesi

Loin de se cantonner au textile traditionnel, Alain Cortesi associe photographie et matières textiles réalisées par des artisans locaux. Ses pièces jouent avec le relief et la profondeur, créant des images où le tissu devient composante narrative.

La Gazette: Vos créations racontent-elles des histoires personnelles, des récits collectifs ou des impressions purement esthétiques ?

J’avais envie d’associer des photos que j’avais prises dans de petits villages isolés d’Inde en y associant le travail réalisé par des artisans locaux. Ma démarche ne revêt pas un souci esthétique. C’est plus une démarche ethnologique qui m’accompagne : découvrir leur quotidien, leurs difficultés économiques, montrer les matériaux qu’ils utilisent, les tissus qu’ils brodent patiemment et qu’ils revendent. Ces photos sont donc un témoignage, pour faire mieux connaître leurs réalisations et leur savoir-faire.

Sylvie Bourgougnon

Brodeuse, Sylvie Bourgougnon mêle finesse et abstraction. À travers des compositions travaillées aussi bien sur tissu que sur papier, elle tisse des formes organiques et géométriques où la couleur dialogue avec le trait du fil, créant des œuvres qui oscillent entre rigueur et poésie.

La Gazette: Pouvez-vous nous raconter comment vous êtes arrivée à travailler le textile comme médium artistique ?

J’ai toujours ressenti comme une nécessité existentielle de m’attaquer à la broderie. Lorsque mes enfants étaient petits et qu’ils dessinaient, cela m’a donné une première envie de les accompagner. Et il y a une dizaine d’années, je me suis lancée. Il ne se passe pas une journée sans que je m’y adonne. J’ai découvert tout à fait par hasard que mon arrière-grand-mère était brodeuse de métier. Ça a été pour moi autant un choc qu’une révélation. J’aime l’idée qu’une transmission générationnelle se soit ainsi opérée. Je ne l’ai pas connu réellement. J’ai qu’une seule photo sur laquelle on me voit, poser avec elle. J’avais un an à peine. J’ai également conservé une lettre sur laquelle elle écrit qu’elle avait été très heureuse d’avoir fait ma connaissance. C’est tout. Je pense beaucoup à elle, en brodant. Cette femme venue de Sicile m’inspire beaucoup de façon inconsciente.
Le textile est un langage pour moi. C’est avant tout des trames, des épaisseurs, des couleurs. C‘est donc de la matière. Et cette matière-là guide mes réalisations.

Tatiana Oléa

Plasticienne textile, Tatiana Oléa place la matière au cœur de sa démarche. En réutilisant fils, tissus et objets déjà vécus, elle invite le spectateur à s’interroger sur le rapport au corps, à la féminité et à l’expression de soi.

La Gazette: Y a-t-il un message ou un questionnement que vous cherchez à transmettre à travers vos créations textiles?

J’ai débuté par la réalisation de bijoux. En même temps, j’ai toujours été attiré par le textile. Cette réalisation par exemple, représente mon pays, le Pérou. Elle est singulière. D’habitude, je réalise des œuvres purement monochromes. (j’ai beaucoup de mal avec les couleurs). Mais paradoxalement, j’ai eu envie, en récupérant des tissus très colorés, d’inviter la couleur. Parce que mon pays est un pays de couleurs.

J’ai aussi réalisé et accroché des œuvres en fonction du cahier des charges de l’exposition : « la féminité ». Dans un triptyque, on découvre trois œuvres célébrant la femme : la virginité (une réalisation de couleur blanche et écrue), le sang (de couleur rouge qui rappelle les menstruations) et les interdictions (une composition beaucoup plus sombre). Vous pourrez observer qu’une place est toujours laissée au mouvement.

Solange Lasbleis

Les œuvres présentées s’apparentent à des portraits textiles inspirés de la peinture, où le visage féminin occupe une place centrale. Solange Lasbleis transpose la matière textile en un langage expressif, donnant au fil la même puissance que le pinceau.

La Gazette: Est-ce que votre démarche artistique est influencée par des expériences, des souvenirs ou des lieux spécifiques ?

Ici, c’est plutôt par des œuvres. J’ai découvert le textile grâce à une artiste très connue, Fanny Viollet dont j’ai été l’élève. Elle m’a appris les techniques particulières du travail sur machine (le piquet libre, etc.)  à l’aide de fils.

Je travaille en m’inspirant du travail du peintre : l’aiguille avance progressivement en évitant toute reprise. Ce qui permet d’offrir le même ombrage qu’un pinceau sur une toile. Je reproduis ici, trois figures féminines, réalisées par trois maîtres : Picasso, Modigliani et Derain. C’est un hommage à la femme à travers trois époques différentes de l’histoire de l’art : Le Cubisme, l’école de Paris et le fauvisme.

Bénédicte Dubois

Son travail engage une réflexion sociétale sur l’environnement et les questions de genre. Bénédicte Dubois utilise la broderie pour interroger l’écologie et le féminisme, transformant un savoir‑faire traditionnel en outil critique et contemporain.

La Gazette: Pouvez-vous présenter et dire comment vous dialoguez, consciemment ou non, avec les autres artistes rassemblés dans cette exposition collective ?

R – Après l’obtention de mon diplôme des Métiers d’Arts et de textile, je me suis lancée dans la création. Mes œuvres interrogent la place des femmes dans la société, leurs combats. Sur cette robe ancienne blanche, j’ai reproduit par écrit « l’hymne des femmes » créé collectivement par des militantes féministes parisiennes devenu un emblème du Mouvement de libération des femmes.

Le dialogue se produit parfois au hasard des rencontres comme ici, avec LiliCamiron quitravaille avec des fils de fer et qui interroge également le corps et la place des femmes dans la société.


A NOTER : Les samedis 7 et 14 mars, à 16h (sur inscription), des artistes animeront un atelier d’initiation à la broderie pour découvrir les points de base et créer de premiers motifs.

POUR EN VOIR PLUS : Le site Insta de l’expo.

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