La Gazette a présenté récemment la 30e édition de La Science se livre, dont le thème cette année est Sciences et imaginaire(s). Si l’initiative du département est déclinée dans nos quatre communes, c’est vers Fontenay qu’a pointé le premier lancement de dé. Jusqu’au 28 février se tient à la médiathèque, une exposition de tableaux de Florence Huyar, Métamorphoses de l’inconnu. Allez-y, vous serez surpris.
Le rapprochement entre science et imaginaire est interprété ici par une main d’une précision de zoologiste dessinant des profils d’animaux. Si les toiles ont l’exactitude des planches d’encyclopédie, elles en diffèrent tout à fait par les compositions, les couleurs, les références mythologiques, les improbables.
Faune
C’est un vrai bestiaire. Ici des oiseaux, là des serpents, des chevaux, des grenouilles, des hiboux. Sauf que les oiseaux s’envolent en colonie et que leur nuée est montrée dans un grouillement de couleurs et de gestes. La série sur les chevaux reste très proche de l’animal, très proche du dessin, mais la variété des techniques met à distance. Un pur-sang arabe est un acrylique sur toile, un andalou est une polygravure sur papier, un autre est une encre de Chine.
Deux serpents sont en marqueterie, la grenouille, évidemment mouvante, est prise dans les tourbillons d’une eau furieuse qui fait des rouleaux qui complètent sa peau. Le batracien devient un élément d’une lame de fond s’épuisant sur une berge.
Même les poulpes intéressent Florence Huyar. Deux pieuvres jumelles forment un diptyque céphalopode qui attirera les convaincus de l’intelligence qu’on prête à l’animal. De même, le martin-pêcheur l’inspire. La peintre lui consacre plusieurs travaux. Dans l’un d’entre eux, il plonge en piqué dans l’eau (ce qui est normal pour un martin-pêcheur), dans un autre il cherche les poissons, sur d’autres, il en a un dans son bec.
Les hiboux sont aussi célébrés et la part de rêve qui les accompagne vient des leurs yeux surexposés, des contrastes et des matières. Un hibou argenté est une acrylique avec feuille d’argent sur bois, le hibou soleil est un acrylique sur toile.
Mythologies
Mais tout ceci est en sens inverse de la visite. La science naturelle, si l’on peut qualifier ainsi ce qui est réinventé, est dans les salles du fond. Au début est le fantastique. La présentation de l’expo parle d’un « univers où cellules, ossatures et formes du vivant se transforment en silhouettes hybrides et imaginaires. »
Vous verrez trois grandes toiles de presque 2m sur 1,30m qui, telles qu’elles sont accrochées l’une à côté de l’autre, forment un triptyque mythologique. Trois centaures, trois homme-cheval, dans trois postures, dont l’un au centre, armé d’une lance inquiétante, reprennent la symbolique d’une tension éternelle : la cohabitation de deux forces, l’une animale, impulsive, puissance brute et l’autre, humaine, langagière et outillée, culturelle.
Vanités
Mais encore avant, dès l’entrée, des squelettes, nombreux, fugitifs et ondulants, prolongent des corps vivants ou quasi vivants et forment des toiles où se complètent les corps et les ossements. Florence Huyar y est dans l’os, dans le fémur, dans la rotule, dans le métacarpe et le métatarse. Elle met parfois en regard un globe, une terre qui les mettrait dans une relation avec une nature en perspective. L’un d’entre eux, justement dénommé Vanité, rappelle l’intention. On est dans ces vanités de notre XVIIᵉ siècle traversé par les guerres (civiles ou non), les épidémies, les bouleversements religieux et scientifiques. C’étaient des natures mortes qui mettent en scène des objets symbolisant la fragilité de l’existence humaine et l’inéluctabilité de la mort. On était dans l’examen moral de soi, dans notre petitesse. Est-ce l’esprit dépressif de notre temps qui pousse Florence Huyar à renouer avec un réalisme visuel en dispute avec une abstraction morale ?
Ne croyez pas un instant qu’on sorte de l’expo le moral dans les chaussettes. Au contraire, parce que si nous sommes rappelés à une disparition prochaine (pas pressé), la virtuosité charme avant tout. Elle est servie par des textures, des reflets, des transparences, des compositions qui permettent de tout dire puisque c’est bien dit.
A savoir
- Samedi 14 février 2026 à 15h, visite guidée de l’œuvre de Florence Huyar. 30 minutes.
- Médiathèque de Fontenay-aux-Roses : 6 place du Château Sainte-Barbe.

