Appuyez sur “Entrée” pour passer au contenu

Sceaux : quand des jeunes s’engagent contre le harcèlement scolaire

Violences répétées, humiliations, mise à l’écart ou cyberharcèlement : le harcèlement scolaire touche encore des milliers d’élèves en France. À Sceaux, des initiatives locales, comme l’association Fondation Anti-Harcèlement de Marie-Curie, montrent qu’il est possible d’agir concrètement. Encore faut-il être en mesure de reconnaître un phénomène qui, par ses multiples formes, échappe trop souvent à ceux qui en sont témoins.

La violence vécue du silence

J’en parle en connaissance de cause. J’ai été victime de harcèlement scolaire pendant des années, de mes 4 ans à mes 18 ans. Les insultes, les intimidations et parfois les coups faisaient partie de mon quotidien. En classe, il m’arrivait de recevoir des objets ou des mots violents pendant que je passais au tableau. À la sortie des cours, j’étais parfois suivie jusqu’à chez moi. Sur les réseaux sociaux, j’étais diffamée.

Ce qui m’a le plus marquée n’est pas seulement la violence des faits, mais le silence et la lenteur de la réaction institutionnelle. Malgré des alertes répétées, tant de ma part, que de celles de mes parents ou de certains professeurs, la situation a duré jusqu’à devenir insupportable. Le processus était pourtant enclenché : signalement à l’administration, convocation par la CPE, confrontation avec mes harceleurs, intervention de la police en classe pour expliquer les implications pénales de leurs actes. Mais à chaque étape, la réponse institutionnelle s’est révélée inefficace voire, contre-productive. Quand trois harceleurs [GB1] ont finalement été convoqués en conseil de discipline et sanctionnés d’une exclusion de quelques jours de l’établissement, leur réaction a été de dire « Yes ! J’ai pas cours demain ! » Dès leur retour en classe, tout a recommencé. Parce que derrière l’impunité des harceleurs, il y a aussi celle que leur offrait leur environnement familial : parents souvent absents, laissant le soin à leurs frères et sœurs de les éduquer. Quand l’institution punit dans le vide, faute de relais à la maison, ça ne signifie rien. Ce n’est qu’après une tentative de suicide que l’on a commencé à me croire et à agir pour me protéger.

Cette impunité n’est pas le fruit d’un hasard. Elle s’explique d’abord par une confusion persistante entre le « jeu d’enfants » et le harcèlement qui se définit principalement par son caractère répétitif et lourd à porter. Tant que les actes restent isolés ou minimisés, on n’y apporte pas de réponse.

Mais l’impunité des agresseurs n’est qu’une des faces du problème. L’autre, tout aussi lourde, est le silence des victimes. Et ce silence, je le comprends de l’intérieur. On se tait par honte d’abord, parce que dans l’imaginaire collectif, se dire victime de harcèlement revient souvent à être perçu comme « ne supportant pas la moquerie », « celui ou celle qui exagère », « le fautif de l’histoire » ou, pire encore, celui qui « ne sait pas se défendre ». On se tait par peur, aussi. Peur d’être vu comme le « cafteur », peur de la réaction des harceleurs s’ils apprennent qu’on a parlé ou peur que ça empire. Dans mon cas, chaque signalement a été suivi d’une escalade. Parler m’avait placée dans une situation de faiblesse aux yeux de mes agresseurs.

Ce vécu m’a convaincue que se taire ne protège pas, et que le silence, celui de la victime ou de l’Institution, peut devenir une violence supplémentaire.

Prévenir

À Sceaux, la Fondation Anti-Harcèlement incarne une autre manière de lutter contre le harcèlement scolaire. Créée au sein de la cité scolaire Marie-Curie par une élève ayant elle-même été victime, l’association agit directement sur le terrain, au plus près des élèves.

L’association mène des actions de sensibilisation dans les classes, explique les mécanismes du harcèlement, comment reconnaître une situation de harcèlement et encourage les élèves à parler.

Le harcèlement scolaire désigne des violences répétées exercées par un ou plusieurs élèves à l’encontre d’un autre. Il peut être physique ou moral, à travers des insultes, des moqueries, des humiliations, des coups ou une mise à l’écart systématique. Il peut aussi se prolonger sur les réseaux sociaux et autres messageries, se transformant ainsi en cyberharcèlement laissant peu de répit aux victimes.

Ces situations s’installent souvent progressivement et sont encore trop fréquemment minimisées. Pourtant, lorsque les violences se répètent et que la victime se retrouve isolée, les conséquences peuvent être graves, tant sur sa santé mentale que sur sa scolarité.

Libérer la parole

Souvent associés au cyberharcèlement, les réseaux sociaux peuvent aussi devenir un levier de sensibilisation et d’expression pour les victimes. Témoignages, campagnes de prévention et contenus éducatifs permettent de toucher directement les jeunes.

Partager son histoire, en ligne ou auprès d’une association, peut aider d’autres victimes à se reconnaître et à demander de l’aide. La parole collective et publique permet aussi de rappeler aux institutions leur responsabilité.

La FAH propose également des espaces d’écoute et de médiation entre élèves, pour calmer certaines situations avant qu’elles n’empirent et se transforment en harcèlement scolaire.

La FAH est aussi présente lors d’événements locaux, comme le forum de l’Enfance à Sceaux, et développe des supports pédagogiques variés, allant de quiz interactifs à des jeux éducatifs. Son objectif est clair : prévenir plutôt que réparer, et agir avant que le harcèlement ne fasse des dégâts irréversibles.

Le harcèlement scolaire n’est ni un jeu ni une étape normale de la scolarité. C’est une violence qui nécessite une réponse rapide, coordonnée et humaine. Les initiatives locales, comme celles menées à Sceaux, montrent que l’engagement des jeunes et des acteurs de terrain est indispensable pour faire évoluer les mentalités.

Parler, c’est déjà agir. Et agir ensemble, c’est protéger.


Ressources et aides

  • Numéro national de lutte contre le harcèlement scolaire : 3018
  • Numéro gratuit, confidentiel, accessible 7 jours sur 7.
  • Site de la Fédération Anti-Harcèlement Marie Curie : www.fahmariecurie.com

Publié dans la Gazette

Une réunion au CAEL avec ADS sur le harcèlement scolaire et les moyens d’y faire face

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *